Chronique | Une bien triste façon d’aborder le logement!

Par Réjean Porlier 4:00 PM - 07 juin 2022
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Photo Alexandre Caputo

Tout comme vous, je prenais connaissance de cet article intitulé « Un promoteur immobilier veut faire le ménage », lequel devait donner quelques frissons dans le dos aux occupants des résidences acquises par ce promoteur de l’extérieur.

Qui va se plaindre qu’un propriétaire veuille mettre à niveau ses logements? Mais s’il devait en résulter l’éviction d’une partie de la clientèle actuelle, on pourrait certainement parler d’une inquiétante opération pour élargir le déjà trop grand fossé des classes sociales.

Une chose est sûre, si ce n’est qu’une question de communication, on peut minimalement parler d’une entrée remarquée… une bien mauvaise entrée dans la région.

Il n’y a rien de simple à être propriétaire, je le sais, je l’ai déjà été, mais la vie ce n’est pas que des locataires modèles, qui acceptent toutes les augmentations sans réagir et ce n’est pas non plus que de bons propriétaires qui comprennent les difficultés que rencontres parfois leurs locataires.

La vie, c’est un mélange de tout ça, avec un lot d’imperfections.

Est-ce que les propriétaires devraient être mieux protégés de ces abuseurs de système qui, d’ordinaire, finissent par perdre leur nom?

La réponse à cette question, c’est oui!

Certains locataires sont créatifs lorsqu’il est question de ne pas payer le loyer pendant de longues périodes, pour ensuite déménager et recommencer ailleurs leur petit manège.

Et que dire de ceux qui quittent sans prévenir et laissent l’appartement dans un pitoyable état, sans le moindre scrupule.

De l’autre côté de la médaille; est-ce que les locataires devraient être à l’abri des spéculateurs qui voient une opportunité de les évincer pour profiter de la manne qui s’annonce lors de grands projets, particulièrement avec l’arrivée de travailleurs « fly in, fly out » qui ont de généreuses primes pour se loger? Il faut aussi répondre oui à cette question.

Il y a quelques décennies, le gouvernement amorçait la désinstitutionalisation, remettant nombre de citoyens désorganisés dans la rue, les forçant à essayer de se sortir la tête de l’eau.

Face à une société craintive et souvent hostile à leur égard, il fallait bien qu’ils se logent quelque part, ici et là, noyés dans un monde de plus en plus aseptisé et réfractaire à la différence.

Avec le temps, l’intégration est devenue l’affaire de tous, une responsabilité collective, parce que ce sont des membres à part entière de la collectivité. Heureusement, il y a ces organismes communautaires pour prendre soin des plus démunis, mais leur cri du cœur doit être entendu lorsqu’ils sonnent l’alarme.

Lorsqu’un propriétaire décide d’exclure la marginalité, il ne fait qu’ajouter de la pression sur tout le système et sincèrement, j’espère que ce nouveau propriétaire qui détiendra 1/5 des logements n’optera pas pour ce choix.

Souhaitons que cette transaction ne conduise pas à un lot d’évictions et que l’exclusion ne soit pas le nouveau goût du jour. S’il est un propriétaire responsable, il prendra soin de notre monde. S’il n’est animé que par le profit et les affaires en or, il ne fera qu’accentuer la crise du logement et ne servira en rien la communauté, ce qui serait bien malheureux.

Coïncidence ou pas, le jeune directeur du Transit, quotidiennement aux prises avec des difficultés à loger ceux qu’il tentait de réintroduire dans le système et sans doute épuisé, nous a lancé un cri d’alarme avant d’annoncer qu’il quittait son poste.

À mon avis, les villes qui se démarqueront dans les années à venir, seront celles qui auront su favoriser la mise en place d’une offre de logement juste et équitable pour l’ensemble de leurs citoyens. Pour que nos villes soient attrayantes, elles doivent pouvoir offrir une panoplie de services et de loisirs qui font la différence entre une ville dortoir et une terre d’accueil.

Nombre d’emplois reliés à ces services et ces loisirs, qu’il s’agisse de restauration, d’activités plein air ou de petites entreprises, sont moins bien rémunérés que ceux offerts dans les grandes entreprises et souvent assujettis au salaire minimum.

Lorsqu’il est question de logement, une attention particulière devrait être portée à cette classe de travailleurs moins fortunés, sans quoi c’est tout le dynamisme de la Ville qui en souffre.

Nous apprenions aussi dans la dernière édition du Nord-Côtier que l’OMH avait des ambitions de desservir temporairement des travailleurs de passage à Sept-Îles.

Je suis loin d’être convaincu que les représentations de l’OMH auprès du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation devraient viser la clientèle « fly-in/ fly-out », car cela ne garantit en rien l’accès à nos familles et nos citoyens moins fortunés à un logement décent.

Si la ministre est réellement prête à faire une exception pour ces travailleurs, pourquoi ne pas plutôt le faire pour les résidents.

À ne pas en douter, les besoins sont là! Il y a longtemps que ces appartements vides auraient dû être accessibles pour nos gens et les représentations doivent se poursuivre en ce sens, ce qui respecterait, à mon avis, davantage la mission de l’OMH.

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