Projet Romaine : la vie pendant et après le chantier

Photo de Frédérick Jolicoeur Tétreault
Par Frédérick Jolicoeur Tétreault
Projet Romaine : la vie pendant et après le chantier
Inauguration Romaine-3 (Le Nord-Côtier)

Le Complexe de la Romaine est une immense fourmilière à l’intérieur de laquelle des centaines de travailleurs d’un peu partout au Québec se relayent afin de mettre à terme ce méga projet hydroélectrique. Au camp Mista de Romaine-3, les avis sont partagés. Si certains ont trouvé une carrière grâce au projet, d’autres n’ont aucune idée de ce qu’ils feront après 2020, année où le projet devrait se compléter.

Même si l’inauguration officielle de Romaine-3 n’a eu lieu que le 19 octobre lors de la visite du premier ministre Phillipe Couillard, le barrage est en fonction depuis la fin du mois d’août. Avec 75% du projet de complété, il ne reste plus que le barrage de Romaine-4 à construire et à mettre en fonction d’ici 2020.

Pour une équipe d’électriciens et de menuisiers d’Hydro-Québec rencontrés à la cafétéria du camp Mista, le projet de la Romaine signifie une carrière à long terme. Ces derniers ont préféré conserver l’anonymat, mais tous natifs de la région et majoritairement dans la vingtaine, ils considèrent qu’ils possèdent maintenant «des emplois à vie». «C’est sûr qu’on est chanceux de faire partie de l’équipe qui va faire opérer le barrage, ça nous donne une certaine sécurité d’emploi», a dit l’un d’eux.

Pourtant, cette situation n’est pas nécessairement représentative de celle de la plupart des travailleurs rencontrés ce jour-là, et encore moins de celle des Nord-Côtiers. «Moi, j’ai un emploi pour la vie, alors qu’ il y en a plein ici qui ne savent pas ce qu’ils vont faire après Romaine-4. Par chez nous, je ne peux pas vraiment dire que le projet a changé la situation. Moi, j’en profite, mais ce n’est vraiment pas le cas de tout le monde», a expliqué un charpentier-menuisier, originaire d’Havre-Saint-Pierre.

Entre insécurité et optimisme

Dans la tête de certains de ces travailleurs qui sont affectés à la construction des barrages, et dont le mandat viendra à échéance après 2020, ce sont des sentiments à la fois d’incertitude et d’optimisme qui se bousculent. « On ne  sait pas ce qu’on va faire après Romaine-4, alors c’est sûr que ça amène une certaine insécurité. La plupart d’entre nous sont là depuis 2009. On a donc développé une expertise pour les barrages, mais malheureusement, on ne sait pas s’il va y a voir d’autres projets», a indiqué un arpenteur d’Hydro-Québec.

En effet, le premier ministre Couillard a déjà dévoilé son intention de ne plus développer de nouveaux projets hydroélectriques, afin de se tourner vers de nouveaux procédés. Malgré cette nouvelle, les travailleurs gardent espoir. «On se dit qu’il va y avoir d’autres grands projets. Si ce n’est pas des barrages, ça sera autre chose», a dit le travailleur.

Santé et sécurité

Beaucoup de choses ont changé au complexe de la Romaine depuis la mort du travailleur Luc Arpin, en décembre 2016. À partir de ce quatrième incident mortel sur le chantier, Hydro-Québec a entrepris un virage à 180 degrés en changeant sa philosophie en matière de santé et sécurité au travail. Ainsi, la société d’État a revu  ses standards de sécurité, a intensifié la surveillance sur ses chantiers et a repensé ses formations en plus d’en augmenter la fréquence.

Selon certains jeunes travailleurs, depuis l’incident, la société d’État serait beaucoup plus stricte en matière de sécurité.

«Il ne passe plus un jour sans qu’un avertissement, ou une sanction ne soit donné», a dit l’un d’eux.

D’autres travailleurs plus âgés jugent que ces modifications sont un mal nécessaire, même s’ils ralentissent considérablement les opérations quotidiennes. «On voit ça d’un bon œil. C’est sûr que ça prend un temps d’ajustements, mais la sécurité, c’est nécessaire. On est jamais trop prudent», a affirmé un travailleur.

Un spécialiste en santé-sécurité pour une compagnie d’asphaltage du Lac-Saint-Jean souligne que les nouvelles procédures demandent beaucoup d’adaptation aux travailleurs. «Hydro-Québec apprend la santé-sécurité en même temps qu’elle l’applique. Il faut donc qu’on anticipe les changements pour mieux s’adapter», a-t-il dit.

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