Florent Vollant nous amène sur sa grande route

Florent Vollant nous amène sur sa grande route

Florent Vollant.

Crédit photo : Jean-Charles Labarre

Florent Vollant a lancé vendredi son 5e album, Mishta Meshkenu. Dans cet opus, les auditeurs voyagent sur la grande route, la mishta meshkenu, au son de la musique country acoustique de l’artiste innu.

La mishta meshkenu fait évidemment référence à la route 138. Cette unique route qui relie tous les villes, villages et communautés autochtones de la Côte-Nord, Florent Vollant l’a arpentée d’innombrables fois. En 40 ans, il l’a parcourue dans toutes les situations et conditions possibles, incluant même à pied.

«C’est long la 138, on peut rouler là-dessus longtemps. Des histoires, j’en ai plein, parce que j’ai rencontré plein de monde sur cette route-là. J’ai été inspiré beaucoup par le déplacement, le voyage, le «nomade», explique-t-il.

Le chanteur de 59 ans adopte donc un «langage de nomade» pour parler du thème du déplacement, du mouvement et de l’espace, de Kahnawake à Nutashkuan.

Il livre son message en langue innue, mais nul besoin de comprendre les paroles pour se laisser transporter sur les quelques 1 420 km de la mishta meshkenu. Les guitares, la guitare à résonnance, le banjo, l’harmonica et le violon s’ajustent tout naturellement à la voix du chanteur. Le résultat est un son à la fois simple et riche, doux, mais vivant.

«Pour moi, c’est le son que j’entendais quand j’étais enfant, quand ma parenté se mettait à chanter. Mes oncles jouaient du violon, de la guitare. C’est un petit peu un retour dans mon univers familial», confie-t-il.

Vers la lumière

La seule chanson en français de l’album Mishta Meshkenu est une reprise du succès d’Offenbach Mes blues passent pu dans’ porte. Dès les premières notes, la guitare à résonnance introduit un son complètement nouveau et unique, presque cajun, pour ce classique du répertoire rock québécois.

Dans la pièce Iame iame (au revoir), Florent Vollant fait part des gens qui partent, qui s’éloignent. Il pense entre autres à son frère Réginald, décédé cet été, mais aussi aux gens simplement éloignés au fil des ans.

«J’ai écrit une chanson pour ceux qui partent et qui vont vers la lumière. J’ai écrit une chanson aussi où je dis que j’ai perdu des amis. C’est toutes des peines comme ça que j’ai vécues sur mon parcours», dévoile-t-il.

Il aborde la question de l’itinérance qu’il voit souvent lors de ses déplacements, en particulier à Montréal. Dans Tshiam tshiue (retourne bien), il s’adresse aux itinérants autochtones.

«Je dis qu’il y a de la place encore dans le cœur de vos proches et que ce serait peut-être le temps de rentrer», les encourage-t-il.

Dans Pmutetau – La ballade de Stanley, l’artiste de Maliotenam rend hommage au Dr Stanley Vollant. Il a parcouru une partie de la 138 avec le chirurgien innu dans le cadre de sa marche de 6 000 km visant à promouvoir de saines habitudes de vie dans les communautés autochtones.

Sur l’autoroute de l’information

L’album Mishta Meshkenu est en vente entre autres sur iTunes Store et Google Play, ainsi que disponible pour écoute sur Spotify.

Florent Vollant considère que l’apport de l’ère numérique est positive pour les autochtones. Selon lui, les YouTube, Facebook et autres applications et réseaux sociaux aident à développer la culture innue, malgré qu’ils nuisent aux ventes de disques.

«Quand je vais dans des endroits maintenant, je reçois une belle écoute. Ça a développé, les gens connaissent de plus en plus les artistes autochtones. Ça a aidé beaucoup à faire connaître des artistes. Et moi aussi ça m’a aidé.»

Il pense entre autres à des artistes émergents comme Elisapie Isaac, Matiu, Shauiat, Scott Pien-Picard et Natasha Kanapé-Fontaine. Il ajoute que les évènements comme la venue récente de l’Orchestre symphonique de Montréal à Maliotenam aident à faire tomber les barrières.

«On est sur une vague maintenant. Si la culture est bien entourée, on va avoir de plus en plus de gens qui vont écouter ce que les autochtones proposent. Les gens sont curieux. Les jeunes veulent savoir. Cette génération-là veut savoir, veut entendre c’est qui les autochtones, les Premières Nations», estime-t-il.