Les Innus veulent gérer leur système d’éducation

Par Alexandre Caputo 7:53 AM - 01 novembre 2022 Initiative de journalisme local
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Le chef de bande de Uashat mak Mani-utenam, Mike McKenzie, accompagné par l'élu du secteur Éducation d’ITUM, Kenny Régis.

Se souvenir d’où on vient pour inspirer notre futur. C’était le discours véhiculé lors d’un important Sommet en éducation organisé par ITUM.

Depuis plus de 40 ans, le conseil de bande de Uashat mak Mani-utenam travaille d’arrache-pied pour reprendre le contrôle absolu sur son système éducatif.

Ce sommet, qui se tenait du 26 au 28 octobre, est un autre pas dans la bonne direction pour la communauté innue.

Ils étaient plus de 200 à avoir répondu présents pour cette importante discussion concernant le futur de la langue et de la culture innue.

«La sauvegarde de notre culture doit absolument passer par l’éducation», a dit M. Gilbert Whiteduck, un aîné survivant des pensionnats, ayant œuvré toute sa vie en éducation.

Le conseil de bande de Uashat mak Mani-utenam sort de ce sommet encore plus convaincu que jamais de vouloir assurer la prise en charge complète de son système d’éducation.

C’est donc à travers des témoignages touchants, des présentations concrètes et des discussions pertinentes que les deux journées et demie de colloque se sont déroulées.

Un projet de longue haleine

Entre ce premier sommet d’une telle envergure en éducation à Uashat mak Mani-utenam et la fermeture des pensionnats au début des années 1980, les peuples des Premières Nations ont parcouru un long chemin. Uashat mak Mani-utenam est loin d’avoir joué un rôle de figurante dans cette épopée.

1972
La Fraternité des Indiens du Canada (aujourd’hui Assemblée des Premières Nations) réclame plus d’enseignants autochtones et l’intégration des valeurs traditionnelles. Une première entente non-officielle est signée avec le fédéral.

1976
Signature de la convention de la Baie-James et du Nord québécois. Cette entente confère aux peuples Cris et Inuits une voix dans la gestion du territoire, mais aussi dans la gestion de la justice et des services sociaux de leurs communautés.

1997-2000
Des communautés autochtones de la Colombie-Britannique et de la Nouvelle-Écosse obtiennent le pouvoir de promulguer des lois pour leurs écoles respectives.

2021
La Loi sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones devient effective. Elle stipule que le Gouvernement canadien doit mettre en place un plan d’action visant à s’attaquer aux injustices et au racisme à l’égard des peuples autochtones, tout en encourageant le respect et la compréhension mutuels.

Sources d’inspiration

Dans le but d’approfondir la réflexion et d’obtenir une meilleure idée du modèle à privilégier pour son système éducatif, ITUM a invité d’autres communautés à partager leurs expériences en lien avec le processus d’auto-détermination en éducation.

Il a été question, entre autres, de la communauté Mohawk de Kahnawake, qui mise sur le sentiment d’appartenance pour développer les potentiels des élèves.

Pour ce faire, beaucoup de cours sont donnés en nature et l’exploration du territoire est mise de l’avant. Les cours sont également montés de sorte que les étudiants se sentent interpellés par la matière.
Cette communauté insiste aussi sur le fait que la hiérarchie et l’autorité existantes dans le système d’éducation conventionnel et le manque de proximité enseignant/élève ne correspondent pas aux valeurs éducatives des Premières Nations.

«Des élèves qui doivent appeler leur professeure ‘’Madame’’, ou qui doivent les vouvoyer, ça ne cadre simplement pas avec nos mentalités», explique Me Michelle Corbu, avocate en droit autochtone.
Les Mi’kmaqs de la Nouvelle-Écosse ont également pris la parole, mentionnant qu’un des points négatifs de leur prise de contrôle en éducation est l’absence de subvention de la part du gouvernement provincial.

Pour M. Régis, il est important de voir ce qui se fait ailleurs au pays.

«Ça nous permet de prendre ce qu’on aime de chaque façon de faire et de créer un système à notre image», se réjouit-il.

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