Les États-Unis pourraient menacer directement l’industrie de l’aluminium

Par Jean-Christophe Beaulieu 12:00 AM - 02 mars 2018
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Alors que près de 80% de la production canadienne d’aluminium est exportée vers les États-Unis, les Américains prévoient une nouvelle taxe qui pourrait menacer l’industrie. Le président de l’Association de l’aluminium du Canada expose sa vision de l’enjeu et analyse les mesures protectionnistes envisagées par nos voisins du sud.

Le secrétaire au Commerce des États-Unis a émis dernièrement un rapport au président américain, qui propose des mesures pour contrer «les importations massives d’aluminium». Il estime que celles-ci nuisent à l’économie nationale. Il recommande trois mesures visant à augmenter la capacité de la production américaine d’aluminium à 80%. Elle se situe actuellement à 48%. Ce taux permettrait d’assurer une viabilité à long terme pour l’industrie américaine, selon le rapport.

Différentes options sont sur la table. Elles consistent principalement à imposer des tarifs aux pays qui exportent la matière en terre américaine. Mi-avril, les États-Unis devraient annoncer ce qu’ils entendent adopter comme mesures.

Impact prévisible au Canada?

Neuf alumineries canadiennes sur dix se trouvent au Québec. Sachant que 80% de la production du pays est exportée vers les États-Unis, certains joueurs craignent des impacts potentiels sur l’industrie.

D’emblée, le président de l’Association de l’aluminium du Canada (AAC), Jean Simard, tient à préciser que le rapport remis au président n’a pas de pouvoir décisionnel.

«Le président pourrait donner suite à l’une des mesures, ou même à aucune d’entre elles, et arriver avec une décision complètement différente. Cependant, quand on fait référence au Canada dans le rapport, ce n’est pas de façon négative comme s’il faisait partie du problème», assure-t-il.

On y mentionne que l’aluminium primaire en provenance du Canada est «important pour les États-Unis». Le rapport fait aussi état que des exemptions aux tarifs et quotas proposés seraient possibles.

«On comprend que si un pays peut bénéficier de ces exemptions, c’est bien le Canada», précise M. Simard.

Bien positionné sur l’échiquier

Le président de l’AAC croit que parmi tous les pays qui exportent aux États-Unis, le Canada est celui avec le meilleur alignement pour tirer profit de la situation. Il déduit qu’en fin de compte, rien ne va changer. «Pour l’instant, on a zéro tarif quand on exporte aux Américains. La Russie, elle, par exemple, est au tarif de l’Organisation mondiale du commerce (entre 2,4% et 6,5%). Si demain matin un tarif de 5% est appliqué à tous, on est encore favorisé au Canada par rapport aux autres exportateurs mondiaux», conclut-il.

Jean Simard veut toutefois ne rien tenir pour acquis et continuera de se faire entendre auprès des instances américaines.

«Notre travail à l’AAC a plus d’impact, du fait que l’on travaille de pair avec l’Association américaine de l’aluminium. On se parle chaque semaine. Nos stratégies sont convergentes, parce que nos membres sont les mêmes, des deux côtés de la frontière.»

Chaîne de valeur intégrée

La bonne position du Canada découlerait de ce que Jean Simard nomme la chaîne de valeur intégrée.

«Une chaîne de valeur intégrée, c’est ce que nous avons dans l’industrie automobile nord-américaine, où l’aluminium de Baie-Comeau est exporté vers les États-Unis pour être transformé en produits laminés, qui se retrouvent ultimement dans les Ford 150», explique-t-il.

La majorité des pièces circulent ainsi plusieurs fois à travers les frontières du Canada et du Mexique. Les entreprises sont en lien continu, assurant les besoins des unes et des autres.

«Le risque des mesures protectionnistes est de rompre ces relations, d’engendrer de la délocalisation d’entreprises et d’augmenter le coût final des produits», estime M. Simard.

C’est près de 10 000 travailleurs canadiens qui produisent l’aluminium exporté aux États-Unis, qui est par la suite transformé par 150 000 travailleurs américains dans les secteurs de l’automobile, de l’aérospatial et de la construction.

«C’est la fluidité des relations commerciales qui risque d’être affectée. Surtout au détriment des clients américains qui vont payer plus cher, sans valeur ajoutée.»

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