Construction: Québec adopte une loi spéciale

Par Fanny Lévesque 12:00 AM - 29 mai 2017
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Des dizaines de travailleurs de la Côte-Nord se sont joints aux 4000 autres qui ont convergé vers Québec pour dénoncer l’adoption d’une loi spéciale pour forcer leur retour au travail.

Le gouvernement de Philippe Couillard est passé de la parole aux actes lundi en adoptant une loi spéciale pour mettre fin à la grève de l’industrie de la construction, à compter de mercredi. Les mesures adoptées d’urgence à l’Assemblée nationale donnent néanmoins cinq mois aux parties pour s’entendre sur un nouveau contrat de travail, sans quoi c’est un arbitre qui tranchera.

Des dizaines de travailleurs de la Côte-Nord ont fait la route dimanche pour converger vers la Capitale nationale où quelque 4000 des leurs ont fait du bruit devant le parlement. Les ouvriers manifestaient contre l’adoption annoncée par Québec d’une loi spéciale forçant un retour au travail. À Sept-Îles, les travailleurs ont poursuit leur mobilisation au coin du boulevard Laure et de la rue Smith.

La loi spéciale fixe à 1,8% l’augmentation salariale, le temps de la négociation. Selon la ministre du Travail, Dominique Vien, le délai de cinq mois offert pour en arriver à une entente servira d’incitatif pour éviter qu’un arbitre tranche des points en litige, en octobre. L’Alliance syndicale, tout comme l’Association de la construction du Québec, appréhendent déjà la décision d’un arbitre.

Non à une loi spéciale
Lundi, les syndiqués ont dénoncé l’adoption d’une loi spéciale par le gouvernement. La CSN a pour sa part souligné que l’État se trouvait d’ailleurs «en conflit d’intérêts» pour agir de la sorte puisqu’il est l’un des plus «gros donneurs d’ouvrage de l’industrie». Selon la CSN, une loi spéciale contrevient «à la libre négociation» des parties.

«Le gouvernement veut contraindre les travailleurs à renoncer à leurs demandes, qui sont plus que raisonnables», a dénoncé le président du Conseil central Côte-Nord de la CSN, Guillaume Tremblay. «En tant que donneur d’ouvrage, il semble jouer un jeu parallèle (…) Il donne toutes les apparences de conflits d’intérêts. Cette situation est tout simplement intolérable», a-t-il ajouté.

De son côté, l’Alliance syndicale s’est dite «sous le choc» dans une entrevue au Soleil. Au moment d’écrire ces lignes lundi, l’Alliance invitait déjà sur son site Internet, les manifestants à reprendre les piquets de grève aux endroits habituels, dès mardi. Dimanche, les syndicats ont rejeté les dernières offres déposées par les associations patronales pour tous les secteurs de l’industrie.

Conciliation travail-famille
Selon les syndiqués, qui sont sans contrat de travail depuis la fin avril, les pourparlers achoppent sur la conciliation travail-famille. Les travailleurs dénoncent le fait que les employeurs souhaitent des horaires plus flexibles qui pourraient devancer ou prolonger les journées de travail à l’extérieur de ce qui existe présentement, soit de 8h à 17h pour une semaine de 40 heures par semaine.

Pour l’Alliance, les offres patronales «sont insuffisantes» et «appauvrissent» les travailleurs. De son côté, l’Association de la construction du Québec estimait avoir fait «des reculs significatifs sur la question de la flexibilité» et renoncé à «implanter de nouvelles plages horaires» et à «la reprise volontaire des travaux le samedi à taux simple en cas d’intempérie».

Le conflit de travail touche quelque 175 000 travailleurs au Québec, dont environ 6000 sur la Côte-Nord. La dernière grève de l’industrie de la construction remonte à juin 2013. Avec Charlotte Paquet

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