Gaz Métro met son projet sur la glace

Par Fanny Lévesque 12:00 AM - 25 mars 2013
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Les mauvaises nouvelles liées aux aléas du marché du fer continuent de s’abattre sur la Côte-Nord. Jeudi, la société Gaz Métro a annoncé qu’elle mettait sur la glace son projet de relier Baie-Comeau, Port-Cartier et Sept-Îles à son gazoduc de Jonquière. La décision du distributeur d’énergie s’explique par la décroissance du prix du fer, qui rend difficile la conclusion d’ententes à long terme avec la grande industrie.

Gaz Métro affirme que le ralentissement et la suspension de projets de développement de gros joueurs miniers ont fait en sorte que les volumes de gaz naturel, nécessaires à la réalisation du projet évalué à 750 millions $, «ne sont pas au rendez-vous selon l’échéancier prévu.» Dans une lettre envoyée aux médias, le directeur des relations avec les communautés, Pierre-Yves Boivin, exprime que malgré les besoins exprimés par la région, la société ne peut faire abstraction de la nécessité de «compter sur un volume minimal de conversion afin de pouvoir lancer un projet d’une telle ampleur sur des bases solides.»

Déception
À Sept-Îles, où le milieu économique multiplie depuis plusieurs années les efforts pour que la Côte-Nord soit desservie par le gaz naturel, la nouvelle a été accueillie avec regrets. «C’est une réelle déception pour la région, a indiqué le président de Développement économique Sept-Îles, Luc Dion. C’est certain qu’avec les récentes annonces, le climat qui perdure n’est pas idéal.»

Le géant Cliffs Natural Resources, qui a récemment mis un frein à la deuxième phase d’expansion de sa mine du lac Bloom, mettra aussi la clé dans son usine de bouletage de Pointe-Noire en juin, pour une période minimale de six mois. «Disons que Cliffs aurait été un très bon client potentiel pour Gaz Métro, qui aura besoin d’une locomotive, comme une usine de bouletage par exemple, pour justifier son implantation», soulève M. Dion.

Des rumeurs circulent également voulant que Rio Tinto cherche à vendre sa participation majoritaire dans la Compagnie minière IOC tandis qu’ArcelorMittal Mines Canada a retardé l’implantation d’une seconde usine de bouletage à Port-Cartier. Selon M. Boivin, Gaz Métro ne reverra pas sa décision tant que le contexte économique sera le même.

Porte fermée?
Malgré tout, Gaz Métro ne ferme pas définitivement la porte au prolongement de 450 km de son gazoduc. La société affirme qu’elle «continuera à suivre de près l’évolution des marchés des métaux et des besoins énergétiques potentiels des entreprises et institutions de la Côte-Nord.»

En ce sens, la Coalition pour le gaz naturel sur la Côte-Nord estime que les travaux préparatoires doivent se poursuivre pour que le projet puisse être relancé rapidement. «Le prolongement jusqu’à Sept-Îles représente le meilleur levier que la région puisse espérer et il est clair que les intervenants vont continuer à en faire la promotion avec conviction», ont affirmé conjointement les maires de la région.

La mobilisation du milieu nord-côtier a d’ailleurs été soulignée par la société. «L’appui public de plusieurs organisations qui ont annoncé leur intention d’être clientes de Gaz Métro, de même que la création de la Coalition pour le gaz naturel sur la Côte-Nord, sont des marques de confiance qui motivent toute l’équipe de Gaz Métro à continuer de suivre de près l’évolution des marchés des métaux et des besoins énergétiques de la Côte-Nord», a conclu M. Boivin.

La Côte-Nord mise sur une desserte en gaz naturel pour diversifier son économie, et convaincre des investisseurs de développer des projets de deuxième et troisième transformation. Selon Développement économique Sept-Îles, la venue du gaz naturel permettrait à la Côte-Nord de réaliser une économie de 43 millions $ par année en terme énergétique. Pour les écoles, les hôpitaux et d’autres institutions, cette économie est estimée à 1,5 million $ par an et de 3,6 millions $ pour les petites et moyennes entreprises.

Au début des années 2000, un projet de gazoduc sous-fluvial, reliant la Gaspésie à la Côte-Nord, avait été abandonné.

(Photo: courtoisie – Gaz Métro)

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