Grève de la faim : Jeannette Pilot cesse de s’hydrater

Par Fanny Lévesque 12:00 AM - 19 mars 2013
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Au moment d’écrire ces lignes, Jeannette Pilot, qui effectue une grève de la faim depuis le 1er janvier 2013, manifestait toujours contre les politiques du gouvernement Harper et la gouvernance des conseils de bande. N’ayant pas obtenu d’engagements concrets des autorités, l’Innue a choisi de cesser de s’hydrater le 11 mars dernier, mettant ainsi sa vie en péril.

Jeannette Pilot, qui a célébré ses 48 ans dimanche, devait rencontrer des représentants du conseil Innu Takuaikan Uashat mak Mani-Utenam, lundi. Jusqu’à présent, l’Innue avait eu l’occasion de s’entretenir avec deux conseillères. «Je suis prête à aller jusqu’au bout, je ne veux pas de paroles en l’air», martèle-t-elle, comme la création d’un comité de citoyens permanent et reconnu.

Jeannette Pilot exige que le gouvernement fédéral applique un moratoire sur la loi C-45, qui modifie entre autres la Loi sur les Indiens et la Loi sur la protection des eaux navigables. Mme Pilot se dit aussi contre le Plan Nord. De façon plus locale, la gréviste revendique une meilleure communication entre le conseil de bande et les populations. Elle demande qu’un nouveau mécanisme de consultation soit mis en place afin de favoriser un plus grand dialogue avec les familles. «C’est dans le but de déterminer ensemble de la direction et l’orientation à entreprendre en fonction de nos coutumes et de notre projet de société.»

Des lettres de revendications ont été envoyées à Québec et Ottawa, ainsi qu’à tous les conseils de bande, dont les territoires ne font pas l’objet de traités avec les gouvernements.

Le député de Manicouagan, Jonathan Genest-Jourdain, qui a reçu la lettre de Mme Pilot, s’est dit très préoccupé par la méthode utilisée pour faire valoir ses revendications. «Je me dois de formuler certaines réticences quant à l’incidence que son jeûne peut comporter sur sa santé, a-t-il expliqué. Maintenant, les idéaux et les forts éléments identitaires exprimés dans sa lettre méritent d’être portés au grand public.» Le néo-démocrate, qui occupe le rôle de critique adjoint en matière aborigène, a affirmé son ouverture à rencontrer la gréviste, si elle en manifeste l’intérêt.

État de santé

Depuis les derniers jours, Mme Pilot dit voir sa santé se dégrader plus rapidement. L’Innue éprouve de la difficulté à dormir, des douleurs au ventre et aux reins. «Je n’ai pas peur d’avoir des ennuis de santé, a confié Mme Pilot, visiblement affaiblie. Ce qui me fait le plus peur, c’est de voir mon peuple se faire assimiler par les gouvernements.» Celle qui a perdu jusqu’à présent 43 livres a également renoncé à tout traitement médical, et transport en ambulance. «À moins que je meure», exprime-t-elle.

Le 1er janvier, Mme Pilot a cessé de s’alimenter en appui à la chef de la communauté d’Attawapiskat, Theresa Spence, symbole d’Idle No More, qui a mis fin à sa grève de la faim après six semaines. Une seconde Innue de Uashat mak Mani-Utenam, Aniesh Vollant, avait également entrepris une grève similaire avant d’y renoncer, pour des raisons personnelles, après une quarantaine de jours. Le mouvement Idle No More milite pour une meilleure qualité de vie des peuples autochtones à travers le Canada.

Jeannette Pilot, le 13 mars, est entourée d’Innus de Mashteuiatsh, venus pour la supporter. (Photo : Le Nord-Côtier)

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