Terminal Grand Nord : Schefferville au cœur d’un polar

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Par Louise Savard
<i>Terminal Grand Nord</i> : Schefferville au cœur d’un polar

Schefferville hiver 2012, les corps de Natasha et de sa sœur Gina sont retrouvés aux abords de la forêt à des centaines de kilomètres de Maliotenam où elles habitent. Les deux adolescentes innues ont été assassinées. C’est ainsi que s’enclenche le polar Terminal Grand Nord, premier roman troublant d’Isabelle Lafortune, qui tenait depuis longtemps à mettre en scène cette petite ville si méconnue du Grand-Nord qu’elle a fréquentée pendant une dizaine d’années.

«J’y ai découvert un monde fantastique, parfois dramatique, fragile aussi. J’avais envie d’en témoigner pas juste en donnant mes impressions, mais en l’installant dans une fiction qui pourrait plaire à beaucoup de gens», a-t-elle expliqué.

Scheffer, comme l’appelle les gens qui l’habitent, est paradoxalement de par la nature de son territoire, un lieu de grande liberté certes, mais isolé et inaccessible par la route. Pour cette raison, l’angoisse et le huis clos qu’elle y a parfois ressenti ont nourri le choix du roman policier.

Une histoire aux relents politiques

Sous couvert d’intrigues politiques et commerciales, la minière Métal d’Or semble manœuvrer pour obtenir l’exploitation privilégiée d’une mine de fer. Abus de pouvoir, bavures policières envers les autochtones, problèmes sociaux liés à l’isolement, consommation d’alcool et de drogues, conflits familiaux, mais également solidarité de toute une communauté tissée plutôt serrée, voilà le portrait social d’un lieu énigmatique dans lequel s’immergera avec doigté Émile Morin, le directeur des enquêtes criminelles de la Sûreté du Québec et son ami Giovanni Celanni, écrivain reconnu qui y a longtemps résidé.

Isabelle Lafortune tenait depuis longtemps à mettre en scène Schefferville, cette petite ville si méconnue du Grand-Nord qu’elle a fréquentée pendant une dizaine d’années.

Déboulonner les mythes et les préjugés

N’est-ce pas risqué d’alimenter les préjugés concernant les Premières Nations en exposant les problématiques sociales et humaines soulevées dans le récit?

«C’est une question très intéressante parce que j’ai l’impression d’avoir mis dans la bouche de certains des préjugés que je pense déboulonner […] Quand j’ai mis en scène Natasha et Gina, je n’ai pas mis en scène des filles qui se droguaient! Non. J’ai mis en scène de vraies adolescentes qui pourraient être de n’importe où».

Déjà en réimpression

Mais qui a tué les deux adolescentes adorées de leurs parents résilients, Jerry et Rita Mackenzie, et pour quelles raisons? On ne le saura qu’à la toute fin, polar réussi exige!

Pour l’auteure de Terminal Grand Nord, il est manifeste que l’on s’intéresse de plus en plus aux réalités vécues dans le Nord québécois.

«Mon livre est sorti le 30 janvier officiellement. On a fait un double tirage parce que mes éditeurs y croyaient vraiment beaucoup et on s’en va en réimpression. Les gens sont intéressés, intrigués. Ils lisent et disent, mais voyons donc! On veut y aller![…] Ils veulent savoir ce qui se passe parce qu’on en parle beaucoup. C’est une très bonne chose. J’espère que les Innus verront ceci comme main tendue».

Film à venir

Coup de chapeau! Non seulement le livre d’Isabelle Lafortune s’en va en réimpression, mais il sera aussi traduit en film.

«On a commencé à recevoir des subventions de la SODEC et de Téléfilm. Y’aura des premiers rôles innus qu’on verra au grand écran».

D’ici là Terminal Grand Nord d’Isabelle Lafortune publié chez XYZ, un polar réussi mettant en scène le monde innu de la Côte-Nord à travers sa culture, ses forces, ses problématiques et ses aspirations, est offert dans toute bonne librairie. À consommer sans hésiter!

 

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