Quand l’alimentation devient malsaine

Par Sylvain Turcotte 7:02 AM - 02 février 2021
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La Septilienne Nelly Bouchard s’est ouverte sur son passé dans le cadre de la Semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires.

La Septilienne Nelly Bouchard ne peut rester insensible face aux troubles alimentaires. Il y a quatre ans, la jeune femme, aujourd’hui âgée de 22 ans, sortait de sa dernière hospitalisation en lien avec les troubles alimentaires, l’anorexie dans son cas. C’était le 12 janvier 2017, la fin d’un combat de quatre ans, marqués de hauts et de bas. Depuis, elle est sur la bonne voie, mais rien n’est pleinement gagné.

Avant de frapper un mur, voire des murs, au cœur de son adolescence, Nelly niait la présence d’anorexie. Elle se voyait comme une experte en calcul des calories, des lipides et des glucides. « Je niais totalement. Je n’avais selon moi aucun problème », raconte-t-elle.

Son corps, son désir d’être en forme, c’était son défi. Sain? Oui, mais non quand on connaît la suite des choses.

« Le problème, c’est que j’avais le contrôle. C’était ma fierté les livres perdues. Je ne me contentais jamais de ce que j’étais. Car à mes yeux, je ne serais jamais correcte, jamais assez mince », souligne-t-elle au sujet de cette première partie de la maladie.

L’anorexie aura été un long combat pour la Septilienne. Avec ses victoires, ses défaites, ses humeurs. Quatre hospitalisations entre l’âge de 16 ans et de 19 ans.

« Je n’ai pas que perdu du poids et de l’énergie, j’ai perdu beaucoup d’amies, de la famille. Les gens se sont éloignés parce qu’ils avaient peur. Comme si le mot anorexie était gravé sur mon front ».

Le dernier épisode d’hospitalisation qu’elle a vécue, Nelly le décrit aujourd’hui un peu comme ce que l’on vit depuis quelques temps avec la pandémie. « Ça me fait penser au confinement. J’étais comme en prison ». En psychiatrie, elle a eu peur. Une peur qu’elle ne veut plus revivre.

Heureusement, elle dit avoir retrouvé un poids santé et la bonne humeur.

Toutefois, « ce n’est pas toujours facile ». Pour continuer à vaincre ses démons, elle consulte une fois par mois une psychiatre, la même qui la suit depuis le tout début de cette aventure.

La jeune femme de 22 ans dit apprendre à vivre avec son passé, ses troubles alimentaires. « C’est moins excessif qu’avant, mais il faut que je me parle. Je ne m’empêche pu de manger et je reste suivie, ça aide ».

Faire appel aux ressources

Après toutes ses aventures, Nelly Bouchard a travaillé pour Eki-Lib Santé Côte-Nord, organisme vouée à la prévention et au soutien pour les personnes concernées par les troubles du comportement alimentaire, notamment la boulimie, l’anorexie et l’hyperphagie.

« Ça me tenait à cœur d’aider les gens. Je ne voulais pas faire d’intervention, car ça me rappelait trop de souvenirs, mais je faisais de la sensibilisation. Ça me faisait du bien, et je restais low profile ».

Aujourd’hui, Nelly Bouchard dit se concentrer sur sa personne et non sur son apparence. Le sport continue d’occuper sa routine, mais pour le plaisir, que ce soit avec la course à pied ou le ski alpin.

Si elle a un message à lancer aux personnes vivant avec des troubles alimentaires ou à l’entourage de ceux qui en souffrent, « c’est d’aller chercher de l’aide. Tout le monde a essayé avec moi, de m’allumer des étoiles, mais il faut faire appel aux bonnes ressources ».


Le récit en bref

Le premier chapitre de l’histoire de Nelly Bouchard face à l’anorexie a été écrit alors qu’elle était en troisième année du secondaire. Une histoire qui se sera transposée sur plus d’un chapitre, avec une fin en janvier 2017, tout en souhaitant qu’il n’y ait plus de nouveaux épisodes.

Commençons du début. Lors d’une conférence sur les saines habitudes de vie et l’entraînement, Nelly décide de se mettre en forme et de mieux manger. Elle coupe les desserts et les cochonneries. « Au début, c’était sain », confie-t-elle.

C’est cependant devenu excessif. Elle sautait des repas, comptait les calories consommées et s’entraînait une fois par jour, se réveillant même la nuit pour y aller d’une deuxième séance. C’était sa façon d’être en forme, en santé.

« Je mentais à mes parents pour dire que je ne soupais pas à la maison, que j’allais chez une amie ». Elle niait alors toute forme d’anorexie.

Même si elle perdait du poids, Nelly, même avec ses quelque soixante-dix livres à cette époque, se trouvait trop grosse. « C’est de la distorsion cognitive », précise-t-elle. Dans ce temps-là, elle souhaitait devenir actrice. L’apparence prenait le dessus, pour celle qui étudie maintenant pour être éducatrice spécialisée.

Malgré des signaux lancés par ses amis, Nelly n’en fait qu’à sa tête, « avec mon caractère de cochon ». Tout basculera lors du Tournoi Volley-Soleil de juin 2015, quelques temps après le fameux bal de secondaire 5, de ses 16 ans. Elle ne voulait pas se baigner, il faisait trop froid pour elle. En pleurs, elle appellera alors sa mère.

Quelques jours après, une première hospitalisation à Sept-Îles, transférée par la suite à l’hôpital Sainte-Justine. Son cœur bat trop bas, elle est en chaise roulante, plus aucune autonomie. Elle y passera trois mois.

« Tout était contrôlé. Je mangeais plus qu’une personne normale ». Elle prendra vingt livres avant de revenir à Sept-Îles.

C’est le retour en classe, le début du Cégep. Elle retombe dans l’entraînement, coupe notamment les viandes rouges et les produits laitiers. Il s’en suit une deuxième hospitalisation, un court séjour cette fois, d’une semaine et demie.

La troisième fois, c’est Nelly elle-même qui demande à être hospitalisée pour ses troubles alimentaires. C’est peu de temps avant ses 18 ans. Elle ressort de l’hôpital Sainte-Justine un mois plus tard, le 15 juin, la veille du jour de son anniversaire de naissance, le début de l’âge adulte.

« Je me disais que j’étais guérie, alors que les médecins auraient voulu que je reste au moins deux mois de plus ».

Quatrième épisode

En octobre 2017, Nelly a perdu encore trop de poids. Son cœur en souffre. Elle est hospitalisée contre son gré, même si elle est maintenant une adulte. Deux semaines à Sept-Îles en cardiologie, après en psychiatrie, un département qui lui a fait peur. Elle se retrouve au CHUL à Québec, où elle y passera neuf semaines.

« Ç’a été rough. Je braillais tout le temps ». Thérapie, yoga, rencontres nutritionnelles, ergothérapie,…. La totale pour la Septilienne, qui pouvait bénéficier de rares congés, mais si elle perdait du poids, il y avait des conséquences. Nelly pourra venir à Sept-Îles pour Noël. Le 12 janvier 2018, c’est la fin. Elle a assez eu peur. « Plus jamais! »

Il reste que depuis, c’est toujours un éternel combat, mais elle est suivie une fois par mois, ce qui l’aide à ne pas replonger dans ce côté sombre.

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