Mine Arnaud prête à faire ses devoirs

Par Fanny Lévesque 12:00 AM - 24 février 2014
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Mine Arnaud ne se laisse pas décourager par les conclusions du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) qui a jugé que le projet d’exploitation d’une mine d’apatite dans le canton Arnaud n’était «pas acceptable sous sa forme actuelle». Au contraire, la minière se dite prête à faire ses devoirs et confirme avoir déjà commandé une étude sur la stabilité des sols, comme le recommande la commission d’enquête dans son rapport, rendu public il y a une semaine.

Le président de la commission d’enquête, Joseph Zayed, et les commissaires, Nathalie Drapeau et Michèle Goyer, sont d’avis que «l’ensemble du dossier est incomplet et ne répond pas adéquatement aux enjeux relatifs à la contamination des eaux de surfaces et des eaux souterraines ainsi qu’aux risques de glissement de terrain et de tassement de sol.» Le BAPE recommande des évaluations complémentaires, essentielles pour «une juste appréciation des impacts.»

Le promoteur a bien accueilli ces recommandations. «On y voit là, la recette pour la suite du bon développement du projet Mine Arnaud», a fait savoir la porte-parole, Kateri C. Jourdain. «On a fait une analyse rigoureuse et si on va au cœur du rapport, on constate qu’il y a beaucoup d’enjeux auxquels on a répondu, comme la question de la source d’eau potable, de la qualité de l’air et le bruit et vibration.»

Le promoteur indique également avoir commandé une étude sur la stabilité des sols dès la fin des travaux du BAPE, cet automne. Les conclusions de cette étude seront d’ailleurs rendues publiques, assure Mme Jourdain. Mine Arnaud soutient aussi devancer certains de ses travaux, habituellement exécutés lors de l’ingénierie de détails, pour permettre la publication de données jugées manquantes par le BAPE.

Activités quotidiennes de 75 000 tonnes
En matière de qualité de l’air, le BAPE suggère que le promoteur s’en tienne à l’extraction maximale quotidienne de 75 000 tonnes, «toute augmentation de la production entraînant notamment des concentrations plus élevées de manganèse et de poussières fines.» À ce niveau d’extraction, la commission conseille aussi à Mine Arnaud de mettre en place des mesures d’atténuation «particulières» pour respecter les niveaux sonores prescrits.

«On n’a toujours dit que notre production tournerait autour 70 000 tonnes par jour, c’est ce que le projet prévoit jusqu’à présent», rappelle à ce sujet Mine Arnaud. Le promoteur soutient de plus qu’il s’est engagé à mettre en place des mesures serrées de suivi.

«Dossier incomplet»
La société concède avoir été surprise de constater que le BAPE a qualifié le dossier d’incomplet. «Avec 10 000 pages d’information, effectivement ça peut être surprenant», a indiqué Mme Jourdain. La commission d’enquête ajoute que le «dépôt tardif et en continu de nombreux documents» a exacerbé le climat social.

La publication hâtive de l’étude d’impacts sur l’environnement ne serait pas étrangère à ces commentaires, selon le promoteur. «Il y a eu tout un échange de questions-réponses, ç’a peut-être été perçu comme un irritant, mais le but était de bâtir un projet avec la population», soutient la porte-parole. «On aurait pu attendre le processus normal et l’étude aurait été disponible que quelques jours avec le début du BAPE.»

La question de la rentabilité
Le BAPE va jusqu’à remettre en question la rentabilité du projet de 750 millions $, dans un contexte économique mondial où la production de roche phosphatée (apatite) est «quasi-stagnante.» La commission, qui craint ainsi un engorgement de l’offre, rappelle néanmoins que la décision d’investissement n’appartient qu’à Mine Arnaud, propriété d’Investissement Québec (61,7%) et Yara International (38,3%).

Cette mise en garde n’a d’ailleurs pas ébranlé la confiance des actionnaires, qui ont réitéré leur volonté de voir naitre le projet minier. «C’est un peu tôt pour dire que le projet sera viable ou non, il y a beaucoup d’informations à amener, dont l’ingénierie de détails, le marché, le taux de change, les coûts de production», a ajouté Mme Jourdain.

Prochaine étape
Tenant compte des conclusions du BAPE et de l’expertise environnementale de son ministère, qui est toujours en cours, le ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, Yves-François Blanchet, émettra une recommandation au Conseil des ministres, qui décidera de la réalisation du projet.

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