Quand la Manic GT se rend à Manic-5

Par Steeve Paradis 6:00 AM - 09 septembre 2022
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Gérard Deltell croit être le tout premier à avoir conduit sa Manic devant l’ouvrage hydroélectrique qui lui a donné son nom. Photos courtoisie

Gérard Deltell a réalisé durant le weekend de la Fête du travail ce qu’il appelle son « rêve absolu ». Il a conduit sa voiture de collection, une Manic GT, directement à l’endroit qui a inspiré son nom, le barrage Daniel-Johnson à Manic-5. Il serait vraisemblablement le premier à faire la route avec son bolide jusqu’aux confins de la rivière Manicouagan.

En fait, le député conservateur de Louis-Saint-Laurent à la Chambre des communes rêvait de ce moment depuis trois ans, soit depuis qu’il a acquis cette automobile, seule voiture de série conçue et construite au Québec, en 1971.

Une des principales motivations de ce passionné pour ce périple était qu’à sa connaissance et également après quelques vérifications, il serait le seul à avoir conduit sa Manic jusque-là.

« Le voyage de la Manic à la Manic, c’est le summum absolu pour moi », a lancé M. Deltell en entrevue téléphonique quelques jours après son retour à la maison. « Ce qu’on m’a dit, en parlant avec des gens qui ont travaillé là-bas, avec Hydro-Québec et d’autres personnes, c’est que c’était la première fois qu’une Manic se rendait à la Manic. »

Évidemment, les Manic ne sont pas légion sur les routes du Québec et d’ailleurs. La belle aventure a été de courte durée. On en a construit que 160 « et actuellement, il n’y en a qu’une quinzaine qui roulent », soutient M. Deltell.

La Manic a bien sûr attiré les curieux lors de ses arrêts.

Si Gérard Deltell connaît ce chiffre, c’est que la communauté de propriétaires et d’artisans de la Manic est tissée serrée et ne craint pas de s’échanger de l’information. « On s’entraide énormément, confie le député. Il y a une expertise ici qui m’a donné l’occasion de pouvoir me rendre jusqu’à Manic-5. »

Cette expertise, le politicien en a notamment reçu d’un fin connaisseur, soit Maurice Gris, chef mécanicien de la Manic et compère du fondateur de la marque, Jacques About. « C’est important de trouver les gens capables de travailler sur ces autos. C’est toujours un défi de remonter ces voitures, mais ça fait partie du folklore de faire ça comme ça. »

Trois Manic en un an

La Manic GT que conduit actuellement M. Deltell est la 104e à être sortie de l’usine de Granby. Il l’a acquise en 2019 et il a passé un an et demi à la remonter de A à Z, avec des pièces d’origine.

Quelques mois plus tôt, il avait mis la main sur les voitures numéro 66 et 143. La 66, qui n’avait pas son moteur d’origine, s’est retrouvée au cégep de Saint-Jérôme, au programme de véhicule électrique, tandis que la 143 a été acquise par Jean-Pierre Broutard, qui a remonté le moteur de la 104.

Fait à souligner, le député n’est pas un collectionneur de voitures au sens où on l’entend généralement. Outre son véhicule de promenade, Gérard Deltell n’a qu’une seule autre voiture, la Manic numéro 104, immatriculée comme telle. « La collection va s’arrêter là, mais je vais conduire cette voiture tant et aussi longtemps que je vais avoir du plaisir. »

Redoubler de prudence

Évidemment, avec une voiture qui date de 1971 avec ses pièces d’origine, on ne part pour un périple de plus de 1 300 kilomètres le coude sur la portière, sans penser plus avant que de se laisser porter par la route et sans rien prévoir. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que Gérard Deltell a redoublé de prudence avant de conduire sa Manic à la Manic.

« Sans avoir mes craintes, j’étais tout de même sur mes gardes », révèle-t-il d’emblée. « Je planifiais ce voyage depuis plus d’un an déjà. D’entrée de jeu, j’avais convenu de ne pas passer par Charlevoix parce que certaines côtes auraient été trop exigeantes pour la voiture. J’ai donc passé par la rive sud et pris le traversier à Matane. »

Quelques jours avant de s’élancer sur la route 389, qu’il a jugé « en parfait état, à part cinq kilomètres », M. Deltell avait même téléphoné au garage Pierre Lavoie, qui assure le remorquage sur cette route, pour les prévenir qu’il s’aventurait avec une voiture d’époque. « La dame m’a répondu que c’était la première fois qu’elle avait un appel avant d’avoir besoin d’une remorqueuse », a-t-il lancé en riant.

Finalement, nul besoin de remorquage ou de réparation d’urgence, la Manic s’est comportée à merveille et a bien sûr attiré plusieurs curieux. Et pour rester dans le thème, son conducteur a dormi au motel Manic 2000.

Gérard Deltell ne pouvait pas non plus passer par Baie-Comeau sans s’arrêter devant le 99, Champlain, là où Brian Mulroney, une des personnes qu’il admire le plus, a passé son enfance et une partie de sa jeunesse.

Gérard Deltell s’est arrêté devant la maison où l’ex-premier ministre Brian Mulroney a passé une partie de sa jeunesse. Il est en compagnie du propriétaire des lieux, Marc André Lemieux.

Un rêve de courte durée

Le créateur de la Manic, Jacques About, voyait grand à la fin des années 60 pour ce coupé sport, construit sur le châssis de la Renault 8. Les premières présentations en 1969 et 1970 font un tabac, mais la concrétisation du projet de bâtir une voiture en série au Québec tourne rapidement mal en 1971.

Évidemment, avec ce nom, About veut souligner le génie québécois, qui s’exprime dans le vaste chantier Manic-Outardes, le plus imposant au monde à l’époque. « La Manic ne porte pas ce nom par hasard », de rappeler Gérard Deltell.

Un manque de financement et des problèmes d’approvisionnement en pièces viennent toutefois à bout du projet. Renault est incapable de fournir toutes les pièces nécessaires à la Manic, entre autres pépins majeurs.

Pour l’amateur d’automobiles, « l’histoire de la Manic se termine mal, mais ça ne l’empêche quand même pas d’être belle ». Avec ce périple aux presque confins de la rivière Manicouagan, M. Deltell a voulu « rendre hommage aux hommes et aux femmes qui ont construit la Manic et la Manic ».

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