Les Innus veulent protéger leur identité

Par Mathieu Morasse 29 janvier 2019
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Les Innus de Uashat mak Mani-Utenam (ITUM) ont tranché la semaine dernière en modifiant leur Code électoral: ils veulent rester maîtres chez eux pour préserver leur identité.

Les candidats aux élections d’ITUM devront dorénavant se soumettre à un test oral d’innu-aimun (langue innue). Cette modification majeure est une réponse directe au puissant vent de changement qui souffle sur le droit autochtone depuis l’entrée en vigueur de la Charte canadienne des droits et libertés en 1982.

Ainsi, les membres vivant hors réserves pourraient bientôt obtenir droit de vote dans les communautés.

De plus, toutes les femmes (et leurs descendants) ayant perdu leur qualité de membre du fait d’un mariage avec un non-autochtone pourraient être réintégrées dans leurs communautés. Les enfants (et leurs descendants) nés d’un parent autochtone et un parent non autochtone pourraient aussi obtenir leurs cartes de membres.

Le cas échéant, des milliers de nouveaux membres pourraient s’ajouter aux 4 500 membres actuels d’ITUM.

Conserver leur identité

C’est dans ce contexte que le vice-chef Antoine Grégoire a relancé le processus de réforme du Code électoral innu après son élection en mars 2016. Une vaste consultation a été faite auprès de la communauté et onze modifications ont été proposées aux membres en novembre dernier.

Après des échanges parfois passionnés, les Innus ont choisi d’exiger que leurs futurs dirigeants maîtrisent l’innu-aimun. Seulement sept personnes se sont opposées formellement à cette modification.

«La journée où moi, mes enfants ou mes petits-enfants ne parlerons plus la langue, c’est fini l’identité. C’est comme les Québécois et la langue française», soutient Antoine Grégoire.

«C’est comme une protection au cas où la Cour donnerait le droit de vote aux membres hors réserves. La langue va être là pour nous protéger. [Nos services juridiques] disent qu’on a le droit vu que la langue première ici est l’innu», explique Antoine Grégoire. «On veut juste se protéger, rester ensemble, garder nos coutumes, sauvegarder la langue», ajoute-t-il.

Innus et Québécois, même combat

Les Innus mènent présentement une lutte qui ressemble beaucoup à celle des Québécois pour préserver le français.

«[Avec les pensionnats autochtones], on est passé proche de l’extinction de la race et de la langue. Mais là, on va le rechercher. […] On a créé du travail, de l’éducation, et là on est rendu à l’identité», expose le vice-chef d’ITUM.

Selon lui, environ 75 à 80% des gens vivant à Uashat et Mani-Utenam parlent l’innu-aimun. Même sa fille parle maintenant autant innu que français à la maison.

«J’aime ça entendre ma fille parler en innu», confie-t-il. «La journée où moi, mes enfants ou mes petits-enfants ne parlerons plus la langue, c’est fini l’identité. C’est comme les Québécois et la langue française», soutient-il.

Antoine Grégoire souligne aussi la grande résilience du peuple innu.

«Je suis sûr d’une chose par exemple, c’est que je suis fier d’être Innu et fier de ma communauté. On a réussi à s’en sortir pendant des millénaires avec pas grand-chose», affirme-t-il.

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