Devenir religieuse avant la quarantaine

Par Fanny Lévesque 12:00 AM - 21 septembre 2016
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La Septilienne, Isabelle Normand, avait tout ce dont elle avait besoin. Un bon boulot, un appart, une voiture. Mais un vide l’habitait. Persistant; elle choisit de l’explorer. Sa quête la mènera à donner sa vie à Dieu. Sœur Isabelle n’a pas 40 ans.

La jeune sœur qui vit maintenant à Québec est loin d’avoir pris l’habit de religieuse sur un coup de tête. Voilà maintenant huit ans qu’elle chemine chez les Dominicaines missionnaires adoratrices, une communauté qui a pignon sur rue à Beauport. Elle y est entrée à 31 ans. «J’ai trouvé le sens à ma vie», lance-t-elle au bout du fil, d’un ton assumé.

Mais l’appel à la vie consacrée a pris du temps à devenir aussi clair. «À l’adolescence, ça ne me tentait pas trop d’aller à la messe», se souvient-elle. En vieillissant, elle n’est pourtant jamais bien loin de l’église, s’impliquant notamment en pastorale jeunesse. Elle quitte Sept-Îles pour les études. À son retour, un diplôme de biologiste en poche, Isabelle Normand trouve du travail.

Tout baigne, mais quelque chose cloche. «Il manquait le sens profond à ma vie», dit-elle. La voix du Seigneur devient plus forte, elle quitte sa «Côte-Nord bien aimée» pour vivre une année de discernement vocationnel dans la Vieille Capitale, qui se prépare à l’accueil du Congrès eucharistique international. «C’était l’occasion de trouver ma voie».

«Il fallait que j’aille plus loin si je voulais être honnête», poursuit sœur Isabelle. C’est au cours de son séjour qu’elle fera la rencontre des Dominicaines. «J’avais mes résistances, mes préjugés face à la vie religieuse alors j’avais besoin de les connaître de l’intérieur». Elle y entre et ne les quittera plus. Il y a un mois, elle a dit oui à la profession perpétuelle.

Un choix de vie

«C’est ce qui répond à ce que je suis, à mes aspirations profondes», admet-elle. À 39 ans et la plus jeune de sa congrégation, elle défend son choix de vie. «On me parle par exemple des vœux qu’on a faits comme de pauvreté. Mais ce n’est pas comme une loi imposée, c’est une forme de vie que l’on choisit (…) On vit de façon cohérente avec nos choix», nuance-t-elle.

La jeune sœur démonte du même souffle l’image des religieuses sévères, cloitrées à l’église. «Notre vie bouge, on est occupé, on ne se tourne pas les pouces à s’emmerder à prier à la chapelle», rigole-t-elle. «On n’est pas non plus toujours sérieuses, qu’on ne peut pas faire de farce, au contraire! On mène une vie fraternelle et simple», résume-t-elle.

La prière meuble néanmoins la moitié de son horaire, ce qui est loin de lui déplaire, explique-t-elle. «Je ne me voyais pas dans un monastère, mais en même temps, la vie de prière est importante», raconte sœur Isabelle. «J’ai besoin de me ressourcer, de me plonger en Dieu pour ensuite aller à la mission des Dominicaines, de donner Dieu aux autres».

Le reste de sa journée est dédiée aux «tâches». La sienne est de, entre autres, alimenter la page Facebook et le site Internet de la congrégation. Un virage qui n’a rien de surprenant à l’heure où l’église aussi cherche à se moderniser. «Les moyens sont différents, mais la mission demeure la même, c’est d’être présent au monde, peu importe où se trouve».

Croit-elle que les jeunes trouvent leur place dans l’église actuelle? «Je pense que oui, il y a de l’espoir, mais c’est discret. Des communautés seront appelées à disparaitre, mais d’autres émergent. L’Esprit saint fait surgir du neuf pour les besoins d’aujourd’hui», estime-t-elle. «Des petites pouces, il y en a. Il faut juste être capable de les voir».

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