Mine Arnaud: 2000 Septiliens sortent dans la rue

Par Fanny Lévesque 12:00 AM - 14 mars 2014
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Les Septiliens ont bravé le froid sibérien pour offrir leur support aux musulmans. (Photo : Le Nord-Côtier)

Plus de 2000 Septiliens ont répondu présents à la marche organisée en faveur du projet Mine Arnaud, en descendant dans les rues de Sept-Îles, vendredi après-midi. Les citoyens demandent au promoteur de refaire ses devoirs et bonifier son projet d’exploitation d’une mine d’apatite dans le canton Arnaud. Pas moins de 150 entreprises septiliennes avaient accepté de fermer leurs portes spécialement pour l’occasion.

Il y a un mois, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) concluait que l’important projet minier n’était «pas acceptable dans sa forme actuelle.» Cette conclusion défavorable n’a vraisemblablement pas découragé les marcheurs, qui refusent d’écarter un projet porteur de 300 emplois.

«Il n’est pas vrai qu’on va rejeter du revers de la main un projet qui frise le milliard, qui va ajouter 25 à 30 millions dans les coffres de la ville (…) sans avoir examiné toutes les avenues qui s’offrent à nous», a martelé le porte-parole de Citoyens pour Mine Arnaud, Claude Harvey, avant de donner le départ.

Gens d’affaires, syndiqués, petites familles et retraités ont marché sous le bruit des trompettes et des klaxons pendant plus d’une heure. «On a besoin de ce projet pour les générations futures, il ne se passe pu rien à Sept-Îles», a lancé un travailleur. «J’ai 10% de mes gars qui travaillent ces temps-ci, ce n’est pas juste pour la mine que je suis ici, c’est pour montrer aux investisseurs qu’ils sont les bienvenus et refaire notre réputation», a ajouté un entrepreneur en construction.

D’autres ont montré leur appui en faisant défiler un convoi d’une vingtaine de machineries lourdes. Un représentant de l’Association minière du Québec s’est aussi joint au mouvement.

Des commerces ferment leurs portes
Au dernier décompte, pas moins de 150 commerçants avaient répondu à l’invitation de la Chambre de commerce de Sept-Îles en fermant leurs portes vendredi après-midi. «Je suis fière de voir que les gens se lèvent pour l’avenir de notre ville», a exprimé la présidente de la Chambre de commerce, Manon Langlois. «Nous disons GO pour la poursuite de l’analyse du projet, pour que le promoteur en fasse ses devoirs, et fasse de ce projet, un projet exemplaire», a-t-elle ajouté avec émotion.

La dizaine d’entreprises sondées par Le Nord-Côtier ont expliqué qu’elles avaient laissé libre choix à leurs employés de participer à la marche. «Chez nous, il y en a qui sont restés à l’ouvrage, c’est correct comme ça», a confié un employeur. «J’ai une employée qui n’était pas à l’aise avec ça, elle a préféré rester au bureau», a ajouté un autre.

Des représentants syndicaux étaient aussi sur place pour montrer leur appui à leurs syndiqués. L’économie de Sept-Îles a été fragilisée par les aléas du marché du fer, qui a récemment entraîné 220 mises à pied chez Cliffs Mine Wabush. «La vague se ressent dans les PME, mais le ressac viendra dans six ou huit mois, quand nos travailleurs seront au bout de leurs prestations, a lancé le représentant des syndiqués, Robert Roy. «Je salue les élus qui sont là, et au diable les absents», a-t-il ajouté avec vigueur.

Absence remarquée
Les conseillers municipaux et des candidats à l’élection provinciale dans Duplessis étaient aussi du nombre. Le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier, qui refuse d’appuyer le projet à ce stade-ci, brillait par son absence. Des marcheurs lui ont d’ailleurs demandé de se rallier derrière eux, et de les supporter. «C’était l’occasion rêvée de montrer à sa population l’importance du développement économique, que ce soit ce projet-là ou un autre, et il a raté le rendez-vous», a exprimé son prédécesseur, Serge Lévesque.

Joint au téléphone en fin de journée, M. Porlier s’est dit d’emblée heureux que la marche se soit déroulée dans le respect. «Depuis deux ans, tout le monde se laisse croire que la solution à tous nos problèmes est Mine Arnaud», a-t-il expliqué. «Ce n’est pas une attitude responsable en tant que maire, de m’afficher en faveur d’un projet qui inquiète une partie de ma population. Je n’irai pas plus marcher contre.»

Marche «prématurée»
Le projet d’exploitation d’une mine d’apatite non loin de secteurs habités de Sept-Îles soulève les passions depuis près de deux ans. Les tensions sont palpables entre différents groupes de citoyens, surtout depuis la publication très attendue du rapport du BAPE. Le comité de citoyens du Canton Arnaud, le Regroupement pour la sauvegarde de la grande Baie de Sept-Îles et le Comité de défense de l’air et l’eau ont jugé «prématurée» la marche d’appui au projet minier.

«Pour nous, les revendications de cette manifestation sont confuses. Nous ne comprenons pas pourquoi marcher à ce stade, c’est prématuré. Pourquoi marcher alors que les études ne sont pas faites ni concluantes? Pourquoi en période électorale sans gouvernement pour écouter?», ont-ils questionnés.

Pour sa part, la coalition Québec meilleure mine félicite les citoyens et les élus, dont le maire, qui ont eu «la sagesse» de ne pas participer à la marche. «Il est désolant de voir que la Chambre de commerce de Sept-Îles se soit associée à l’Association minière du Québec dans une marche dite «citoyenne» alors que le BAPE vient de conclure que le projet est «non acceptable dans sa forme actuelle», a affirmé le porte-parole, Ugo Lapointe.

En septembre 2013, quelque 400 citoyens avaient répondu à l’invitation d’un groupe de jeunes qui s’opposaient au projet de mine, en marchant dans les rues de Sept-Îles.

(Photo : Le Nord-Côtier)

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