Shauit : chanter pour préserver l’innu-aimun  

Shauit : chanter pour préserver l’innu-aimun   

Shauit revient sur sa jeunesse, ses étés à Mani-Utenam et le rôle qu’a joué le festival Innu Nikamu dans sa carrière.

Crédit photo : Yanissa De Granpré

L’auteur-compositeur-interprète Shauit est l’une des têtes d’affiches du festival Innu Nikamu. Il revient jouer dans la communauté qui l’a vu naître et qui l’a vu se révéler en tant qu’artiste.

Né à Mani-Utenam, Shauit quitte toutefois la communauté à un très jeune âge, alors qu’il est à la maternelle. Ses parents s’étant séparés, il part avec son père pour la campagne tranquille de Manseau, entre Québec et Montréal.

«Ma mère est demeurée à Mani-Utenam et je n’ai pas vraiment eu l’occasion de la voir souvent, jusqu’à l’âge de mes 12 ans, où j’ai passé l’été avec elle. C’est à ce moment que j’ai commencé à connaitre qui j’étais vraiment, à découvrir mes racines innues», raconte-t-il.

Jusqu’à ses 18 ans, il passera ainsi chaque été avec sa mère sur le territoire qui l’a vu naître, découvrant petit à petit les particularités de sa propre culture.

«C’est important d’être fier de notre culture, parce que ça nous a été enlevé. À l’époque des pensionnats, les gens se faisaient dire qu’ils n’étaient bons à rien ou incapables de mener une vie digne. À force de se le faire répéter, beaucoup ont fini par y croire malheureusement.»

Le chemin de la guérison peut s’avérer très long pour les gens qui ont vécu cette période sombre. Sa mère en fait d’ailleurs partie.

«Un jour, je lui ai demandé pourquoi elle ne m’avait jamais appris la langue innue. Elle m’a dit qu’elle pensait que j’aurais plus de chance d’aller plus loin si j’apprenais le français, d’avoir accès à des études et tout. J’ai fait la paix avec ça, elle voulait mon bien», affirme l’artiste.

L’innu-aimun par la musique

Voulant absolument comprendre la langue de sa nation, c’est la musique qui lui en donnera l’opportunité.

«En passant mes étés à Mani-Utenam, j’ai vu qu’il existait autre chose que ce que j’étais habitué d’entendre à la radio de Manseau. J’ai découvert la musique innue. C’est le festival Innu Nikamu qui a été l’élément déclencheur. Je voulais chanter moi aussi!», se rappelle-t-il.

À 13 ans, il obtient sa première guitare et il apprend, avec l’aide de sa mère, à chanter en innu. Le copain de celle-ci lui enseigne quant à lui quelques accords. De quoi le sustenter pendant un temps.

«À 21 ans, j’ai monté sur la scène du festival Innu Nikamu et donné mon premier spectacle. C’était en 1997.»

Cet été-là, il avait réussi à obtenir un emploi au festival.

«J’étais très gêné à l’idée de performer sur scène devant tout le monde. Mais en travaillant sur le site, j’ai pu me familiariser et apprivoiser la scène. Alors quand est venu le temps pour moi d’y monter, j’étais très confiant et ne ressentais aucune nervosité. À la fin, le public m’a surpris et demandé un rappel. Ça a été la piqûre», raconte Shauit.

Préserver la langue

Depuis cette première fois, Shauit est demeuré très proche du festival et y a participé près d’une dizaine de fois. L’évènement, une fierté pour la communauté, est l’occasion parfaite de se rassembler selon lui.

«Personnellement, j’aime le fait qu’on y retrouve des gens de plusieurs communautés, de plusieurs nations.»

Demeurant maintenant à Montréal depuis près de cinq ans, Shauit a énormément voyagé au courant de sa carrière et a pu visiter plusieurs communautés autochtones.

«Ce dont je me suis rendu compte, c’est que les enjeux des autres communautés et des autres nations sont sensiblement les mêmes. Le mal de vivre, qui pouvaient être particulièrement intense dans certaines communautés éloignées m’a profondément marqué. On vit pas mal tous les mêmes combats», explique-t-il. La préservation de la langue innue, l’innu-aimun, fait partie des combats qui doivent être menés. Dans sa propre communauté par exemple, les jeunes maîtrisent très bien le français, mais très peu parlent innu.

«Ça me fait peur de voir qu’on pourrait être en train de la perdre. En chantant en innu, j’essaie de faire ma part.»

En plus de sa carrière d’artiste, Shauit s’investit beaucoup auprès des adolescents en donnant des ateliers dans des écoles. Il revient d’ailleurs d’une tournée des écoles du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et du Québec.

«Lors d’un atelier à Manikoutai, où je parlais de mon apprentissage de la langue, j’avais remarqué un jeune Innu dans le fond de la classe. À la fin de la conférence, je suis allé le voir pour l’encourager. Le soir même, sa mère m’a écrit pour me dire que son garçon souhaitait désormais apprendre la langue de ses ancêtres. Ça m’a fait du bien, ça m’a montré que je peux vraiment avoir un impact positif.»

L’occasion de festoyer ensemble

Shauit sera sur la scène du festival le samedi 4 août à 20 heures. Il dit espérer y voir les gens des deux communautés, autochtones et non autochtones, en grand nombre.

«Je me rappelle qu’avant 1990, il y avait pas mal de non autochtones qui venaient au festival. Mais avec la crise d’Oka, ça s’est vidé», rapporte-t-il en riant. «Moi je suis de ceux qui sont pour la réconciliation et je pense que le festival Innu Nikamu est un bon moyen d’aller dans cette direction. Je vous invite à venir, surtout vous qui n’êtes jamais venus. C’est quelque chose à découvrir. Et on aura le plaisir de festoyer ensemble!»