Regard sur les enjeux électoraux à Uashat mak Mani-Utenam

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Par Mathieu Morasse
Regard sur les enjeux électoraux à Uashat mak Mani-Utenam
La langue innue, la lutte contre les drogues, l'éducation et l'emploi font partie des nombreux enjeux électoraux de la communauté de Uashat mak Mani-Utenam. (Photo : Le Nord-Côtier)

L’élection du conseil de bande de Uashat mak Mani-Utenam (ITUM) le 26 juin prochain s’annonce fort intéressante vu les grands défis qui attendent les futurs élus et vu les importants changements survenus dans les trois dernières années.

Les mises en candidatures se faisaient ce lundi 27 mai. On dénombre trois candidats au poste de chef et 23 candidats aux six postes de conseillers. Voici un aperçu des enjeux électoraux pour la communauté.

Santé et sécurité

Les communautés autochtones de la Côte-Nord veulent intensifier la lutte contre les stupéfiants, lesquels sont considérés comme un véritable fléau. Vu leur position géographique, Uashat et Maliotenam sont une plaque tournante de la drogue vers les communautés situées au nord et à l’est. Les Innus, notamment sous l’impulsion de Nutashkuan, travaillent à mettre sur pied une escouade régionale mixte pour lutter contre le phénomène.

En janvier 2017, le coroner Bernard Lefrançois a déposé son rapport sur les suicides dans les communautés de Uashat mak Mani-Utenam. Le tabou autour du délicat sujet commence à se fissurer et des actions commencent à se mettre en place. Un grand colloque de quatre jours sur la santé mentale et le suicide a d’ailleurs eu lieu en novembre 2018 à Uashat.

La crise du logement continue de sévir à Uashat mak Mani-Utenam, où il manquerait actuellement environ 300 logements.

Économie et éducation

Le manque de main-d’œuvre sur la Côte-Nord n’est plus un secret pour personne. ITUM souhaite profiter de cette situation pour offrir des programmes de formation professionnelle afin de permettre aux membres de prendre leur place sur le marché du travail.

L’éducation, avec à la clé une hausse du taux de diplomation au secondaire, demeure un défi pour la communauté. Aucune solution magique ne se dessine toutefois pour ce travail de longue haleine. Ce dossier est aussi intimement lié à la protection de la langue.

La gestion de la rivière Moisie a fait couler beaucoup d’encre à la suite des manifestations des pêcheurs innus sur la Mishta Shipu en 2017. Une entente a été signée en mai 2018 avec le gouvernement provincial pour aider les Innus d’acquérir des pourvoiries. Ils ont ainsi acquis la pourvoirie Moisie-Nipissis en janvier dernier et des négociations seraient en cours pour une deuxième acquisition.

Les revendications territoriales globales, la promotion du projet éolien Apuiat et le litige judiciaire de 950 millions de dollars contre la Compagnie minière IOC continueront aussi d’occuper le conseil de bande pour les années à venir.

Langue et culture

La protection de la langue innue préoccupe beaucoup la communauté. Les électeurs ont d’ailleurs modifié le code électoral d’ITUM cet hiver pour que seuls les membres maîtrisant l’innu-aimun puissent se porter candidat. Le prochain conseil continuera d’avoir fort à faire sur ce dossier à long terme.

Si elle est bien canalisée, l’éclosion de l’innu-aitun, à travers par exemple les festivals et les artistes locaux, peut aussi constituer un fort levier de changement pour la communauté. La culture innue est d’ailleurs un produit phare du tourisme dans la région, en particulier pour les croisières. Le partenariat autochtones-allochtones est destiné à se renforcer et de nouveaux produits et activités sont en développement, notamment pour le développement du tourisme hivernal.

Réconciliation

ITUM et Sept-Îles ont tenu une rencontre historique de tous leurs élus en novembre 2018. Les deux voisins souhaitent poursuivre cette démarche de réconciliation en tenant régulièrement de telles rencontres et en formant des comités stratégiques pour travailler en équipe sur des dossiers et des projets communs.

L’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées dévoilera son rapport final le 3 juin 2019. On ignore quels constats et recommandations pourraient concerner les communautés autochtones et leurs organismes internes.

Du côté de la Commission d’enquête [provinciale] sur les relations entre les autochtones et certains services publics, le rapport final est attendu pour le 30 septembre 2019. Il est probable que les communautés soient directement interpelées pour participer à la mise en œuvre des recommandations.

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