Des Port-Cartois veulent retrouver leurs droits traditionnels de pêche

Des Port-Cartois veulent retrouver leurs droits traditionnels de pêche

Ce sont plus de 200 personnes qui auront participé à la marche du 21 juillet.

Crédit photo : Réal Bezeau

Un comité de citoyens de Port-Cartier et Pentecôte vient de se former pour faire pression sur Pêches et Océans Canada. Ils organisaient une marche le samedi 21 juillet, pour réclamer le retour de leurs droits à la pêche récréative.

Selon la définition de Pêches et Océans Canada, la pêche récréative est une activité pratiquée pour le plaisir et les captures sont destinées uniquement à l’usage de la personne qui les prend. Il est strictement interdit de vendre les produits de cette pêche.

«Le ministère reconnait deux types de pêche récréative, la pêche au poisson de fond (la pêche en bout de quai) et la pêche en mer. Elle permet à certains pêcheurs, particulièrement depuis le moratoire de la morue des années 90, de s’approvisionner à des fins de subsistance. C’est aussi pour maintenir une certaine tradition collective où les gens se regroupent le soir, après le travail, sur les quais, pour envoyer leurs lignes à l’eau», explique Denis Gros-Louis, directeur de la gestion de la ressource, de l’aquaculture et des affaires autochtones du bureau régional de Québec.

La pêche récréative est possible pour certaines espèces de poissons seulement.

Pêche à pied

Le comité de citoyens nouvellement formé souhaite retrouver ses droits à ce qu’ils appellent «la pêche à pied». Celle-ci s’effectue sur la batture et concerne des espèces tels le homard, le colimaçon, l’oursin, le petit crabe et la moule.

«En fait, on souhaite pouvoir pêcher les espèces non menacées. Quand j’étais jeune, on pouvait aller chercher ces espèces et même prendre des homards pour notre consommation personnelle. Ça fait partie de la coutume des villages côtiers de la Côte-Nord», mentionne Brigitte Langevin, membre du comité.

C’est dans les années 80 qu’il serait devenu interdit de pêcher crabe, homard et autres espèces de la batture selon Jean Dars Morin, porte-parole du comité de citoyens.

«Aujourd’hui, quelqu’un qui se promène à marée basse sur la berge avec une canne a de bonnes chances de se faire interpeller par les gardes-chasses qui surveillent le braconnage», soutient-il.

Selon M. Morin, les interdictions contribuent plutôt à encourager le braconnage des espèces comme le crabe et le homard.

«Avec un adoucissement puis un certain contrôle, en instaurant des quotas par exemple, je suis certain que la problématique du braconnage serait moindre. Chacun deviendrait le gardien de la batture en quelque sorte et surveillerait son voisin», mentionne M. Morin, qui se dit prêt à travailler avec Pêches et Océans Canada pour développer la réglementation.

En tant que porte-parole du comité, il explique vouloir collaborer avec le gouvernement.

«Ça fait trois ans environ qu’on réfléchit à mettre quelque chose sur pied dans la région. Suite à la manifestation à Havre-Saint-Pierre au début du mois, on a décidé d’embarquer dans le mouvement. En se mobilisant, on peut faire bouger Pêches et Océans et éventuellement, s’assoir avec eux à la même table.»

Soutien du maire

Le maire Alain Thibault est aussi d’avis que bien encadrée, la pêche récréative aux espèces non menacées pourrait fonctionner. Il accompagnait d’ailleurs le comité à la marche de samedi.

«Je les comprends de vouloir retrouver des droits pour ces activités traditionnelles. Auparavant, lorsqu’on avait envie de manger un homard, on allait en chercher un sur la batture. Je comprends qu’il y ait des mécontents, mais ce qui se passe aujourd’hui, c’est que certains y vont quand même et ça devient du braconnage».

De rétablir la pêche sur la batture en tant que pêche récréative favoriserait les citoyens les moins fortunés croit aussi le maire de Port-Cartier.

«C’est rendu tellement dispendieux le crabe et le homard. C’est près de 40 $ pour un homard seulement. Les gens à salaire minimum, les mères monoparentales, les personnes sur l’assistance sociale n’ont plus les moyens de se payer ça.»

Une possibilité

Du côté de Pêches et Océans Canada, on affirme qu’il pourrait y avoir des consultations avec les citoyens au sujet de la pêche récréative au crabe et au homard.

«Lors des consultations que l’on a effectuées l’an dernier, on a eu beaucoup de demandes de citoyens pour le crabe et le homard. Étant donné les changements ministériels récents, on est dans l’attente de savoir si on reviendra consulter les citoyens à ce sujet et quand cela se fera», laisse entendre Denis Gros-Louis.

Quant à savoir si le fait de réintégrer le crabe et le homard dans la pêche récréative aurait des impacts sur leur pêche commerciale, M. Gros-Louis soutient que cela dépendra du nombre de citoyens qui souhaitent pêcher ces espèces.

«Je ne peux pas évaluer l’impact, on ne connait pas les données ou l’intérêt potentiel des citoyens. Si c’est 100 personnes au Québec en tout qui vont chercher deux crabes versus si c’est l’ensemble des localités qui y vont… Comme on n’a pas fait la consultation, je ne peux pas spéculer.»