Pêche sportive en mer : des pêcheurs commerciaux inquiets

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Par Emy-Jane Déry
Pêche sportive en mer : des pêcheurs commerciaux inquiets

Les pêcheurs commerciaux sont préoccupés et estiment qu’il faudra un encadrement strict si Pêches et Océans va de l’avant en autorisant la pêche sportive d’espèces en mer.

Les premières consultations publiques sur la question se tenaient lundi à Sept-Îles et Havre-Saint-Pierre. Elles se poursuivent en Basse-Côte-Nord. Pêches et Océans Canada envisage modifier la loi pour permettre aux pêcheurs sportifs d’obtenir des permis afin de récolter des espèces en eau salée. Le ministère souhaite commencer par des poissons de fond, tel que le maquereau. Éventuellement, des permis pour le crabe et le homard pourraient aussi être attribués.

Le vice-président des pêcheurs de crabe de l’office de la zone 16, Ian Brian, a pris part aux consultations et dit craindre les «dérapages». Il estime que si un contrôle sévère est imposé aux pêcheurs commerciaux, c’est justement parce que des abus se sont produits par le passé et que la même chose pourrait survenir au sein des pêcheurs récréatifs.

«On est contrôlé nous, c’est pire que si nous étions des trafiquants de drogue», a-t-il illustré. «On est surveillé, on a une boîte noire qui donne notre position aux 15 minutes à Pêches et Océans. Je vois mal comment on pourrait laisser des gens aller piger dans une ressource protégée à l’extrême, sans une supervision adéquate», a-t-il ajouté.

Pêches et Océans Canada ne s’est pas encore prononcée officiellement sur comment elle gérerait l’octroi de permis de pêche sportive en mer.

«Ce que j’entends, c’est qu’on se fierait sur la bonne foi des gens. Pas besoin de se conformer à un pesage à quai, il faudrait seulement déclarer sa prise par internet, ou par téléphone», s’est inquiété M. Brian.

Le pêcheur n’est toutefois pas contre l’idée et dit comprendre la motivation des gens pour un tel changement de législation.

«Je comprends ça, je suis un professionnel dans le crabe, et moi-même je ne suis pas fermé à l’idée d’aller me chercher un repas de crabe récréatif, mais il faut que ce soit comptabilisé.»

Les pêcheurs sportifs gardent espoir

Le porte-parole du Comité des pêcheurs sportifs en eau salée de la Minganie, Jean-Claude Cormier, continue de croire qu’une telle pratique n’impacterait pas les pêcheurs commerciaux.

«Ils [les pêcheurs commerciaux] sont un peu craintifs, c’est normal que ça les tracasse un peu. On ne veut rien leur enlever, on ne veut pas que les quotas soient coupés pour qu’on obtienne un droit d’aller pêcher pour manger, on est loin de ça», a-t-il réitéré.

À la suite des consultations, le Comité se dit plus «réaliste» par rapport à l’ampleur du travail entourant une telle modification de la législation.

«Après les communications qu’on a eues hier, on comprend que c’est un processus qui est lourd que de changer ces lois à Ottawa», a dit M. Cormier. «On garde bon espoir, mais pour l’année prochaine, ce serait surprenant de pouvoir pêcher le crabe», a-t-il admis.

Il rappelle cependant que la pratique déjà autorisée ailleurs au pays soit en Colombie-Britannique.

«Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas y arriver ici», a-t-il conclu.

 

 

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