Martin Petit: Casser la langue de bois

Photo de Éditions Nordiques
Par Éditions Nordiques

Pour son dernier spectacle, Le micro de feu, l’humoriste (et comédien et scénariste) Martin Petit a sondé les tabous qui nous rongent. Pas tant dans le but de choquer les gens, mais parce qu’ils sont simplement des sujets inspirants et plus riches qu’on ne le pense. Et comme si le nom de son spectacle était prémonitoire, le comique semble véritablement en feu, récoltant prix par-dessus prix, sans parler du succès de son film Starbuck.

«J’ai toujours abordé, ou tenter de trouver une manière de parler des zones interdites, des trucs un peu tabous, sans tomber dans la vulgarité, raconte Martin Petit au bout du fil. Les tabous, ça va plus loin que le sujet qui peut être cru, ce sont souvent des images fortes, mais je ratisse large. Ce qui est intéressant, c’est ce que le tabou dit sur nous-mêmes. On se révèle en refusant de parler d’un sujet. La commission d’enquête que refuse de faire Jean Charest est un bon exemple d’un tabou qui peut en dire long sur des politiciens.»

Non seulement le tabou est révélateur de nos craintes et de nos complexes, ils sont également nombreux. Un peu comme l’adage qui veut que nous soyons tous le con de quelqu’un, les tabous changent selon la classe sociale, la religion, la culture, etc. Preuve de ce nombre, l’humoriste en évoque 70 durant son spectacle. «Je joue sur cette ligne de la relativité du tabou.»

Actualité sur le grill
Sur son blogue (blogue.martinpetit.com) et sur Twitter (@Lemicrodefeu), Martin Petit se permet d’ailleurs d’aborder plusieurs sujets d’actualité. Est-ce que l’humoriste pourrait un jour faire de l’humour politique? «Twitter, c’est une super soupape. C’est instantané, ça permet de dire ce que l’on pense. Mais suivre l’actualité, pour des spectacles, c’est dur. On cherche plus l’essentiel et l’intemporel, afin de pouvoir vivre deux ans avec.»

Plus encore, il en va aussi de la qualité du spectacle. «Un show doit être supérieur aux jokes qu’on fait sur Twitter. Je veux surprendre les gens. Je ne veux pas que quelqu’un dise avoir déjà entendu la blague ailleurs. Avec Internet, tout le monde peut faire des blagues sur tout, il faut aller plus loin que ça.»

Un Petit écrivain
L’été dernier, le film Starbuck, qui mettait en vedette Patrick Huard dans le rôle d’un homme père de plus de 500 enfants, a connu un immense succès au Québec, passant même à deux doigts de représenter le Canada aux Oscars. Ce qui ne rend pas peu fier Martin Petit, qui a coécrit le film avec Ken Scott. «C’est tellement beau de voir un projet qui rayonne sans moi. Il est autonome, je n’ai plus besoin d’être là.»

Aurait-il pris goût aux scénarios de films? «J’ai toujours des idées. Sur la route, durant les tournées, je m’occupe en pensant à des idées. Sans écrire, avoir le temps de construire dans sa tête est un luxe.» Il l’admet, la route devient plus dure à faire depuis qu’il a des enfants. Sa tournée de deux semaines dans l’Est-du-Québec est la plus longue qu’il fera. «Ça va prendre quelques années avant que je retourne sur la scène. Peut-être que je me mettrai à écrire un autre scénario. C’est un rythme qui me plait.»

Avant d’avoir un autre film de Martin Petit, il visitera Havre-Saint-Pierre le 20 octobre et Sept-Îles le 21 octobre. Et il prévient son public. Il n’est pas cru comme pourrait l’être un Mike Ward, mais vu la nature des sujets et sa manière de les amener, il ne croit pas qu’un jeune de moins de 16 ans pourrait vraiment y trouver son compte. «Sans être vulgaire, c’est un plaisir d’adulte.»

Photo : Karine Dufour

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