L’industrie forestière ne veut plus attendre à la dernière minute avant de prévoir

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Par Steeve Paradis
L’industrie forestière ne veut plus attendre à la dernière minute avant de prévoir
Les entreprises forestières ont besoin de savoir à l’avance les travaux qu’elles auront à faire et l’argent dont elles disposeront pour ce faire, réclame Alliance forêt boréale. Photo La forêt de demain

L’industrie forestière de la Côte-Nord réclame que le gouvernement du Québec donne les outils nécessaires aux industriels de passer à travers la crise qui les affecte et qui date bien avant de la pandémie de COVID-19. Une prévisibilité à long terme des travaux forestiers est leur principale demande.

« Ce n’est plus le temps de former des comités qui ne font que faire miroiter des solutions et qui finalement n’aboutissent à rien. Il nous faut passer à l’action », de clamer le préfet de la MRC de Manicouagan, Marcel Furlong, qui dirigeait ce point de presse organisé par Alliance forêt boréale.

M. Furlong, accompagné de deux responsables d’entreprises forestières, a fait valoir que l’industrie forestière n’a pas « la flexibilité, l’agilité et la marge de manœuvre » pour être compétitive. C’est pourquoi tout ce monde exige une prévisibilité. « Le système est créé pour que ce soit impossible pour les entreprises de s’impliquer dans la planification », a-t-il ajouté.

William Lebel, directeur général de la coopérative forestière La Nord-Côtière, sise en Haute-Côte-Nord, a donné en exemple le fait qu’il doit démarrer l’embauche de travailleurs dès janvier pour la saison estivale, mais il reçoit seulement fin avril sa planification de travaux pour l’année, et l’argent qu’il aura pour ce faire, de la part du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Le directeur reçoit ainsi au printemps des appels de candidats potentiels intéressés à savoir quelle sera leur tâche, leur salaire et leur durée d’emploi, « je leur réponds que je ne le sais pas encore. Ça ne fait pas très attirant comme employeur. Si j’avais une prévisibilité sur cinq ans, je saurais où je m’en vais. Là, ce ne sont vraiment pas des conditions idéales pour me permettre de recruter du personnel ».

Pas juste des reboiseurs

Et le personnel de La Nord-Côtière ne comprend pas seulement que des ouvriers sylvicoles. C’est aussi des mécaniciens, des ingénieurs, des opérateurs de machinerie, des cuisiniers, des responsables en santé-sécurité. « On n’est pas juste un groupe de reboiseurs », de lancer M. Lebel, dont l’entreprise reboise entre sept et millions de plants forestiers par année.

En sachant à l’avance quels seront les travaux à venir et quelle sera l’enveloppe, « je peux par exemple m’attacher avec un cuisinier, à qui je pourrais garantir par exemple quatre mois de travail par année durant trois ans », d’enchaîner M. Lebel. Dans les conditions actuelles, il ne peut s’entendre à long terme de la sorte.

Pour Rémi Paquet, copropriétaire de Nord-Forêt de Baie-Comeau, l’absence de prévisibilité fait mal à l’industrie en général, « car il y en a qui changent de métier pour avoir plus de sécurité », a-t-il lancé en soutenant que le principal enjeu est le nombre de semaines que les employeurs peuvent offrir. « Les travailleurs sont en droit d’avoir plus de précisions sur leurs conditions de travail. »

Et la pandémie de COVID-19 aggrave le portrait. « Des entrepreneurs ont décroché des appels d’offres et aujourd’hui, ils sont entre deux chaises. On leur dit d’attendre avant de débuter les travaux, mais ils ont déjà embauché des travailleurs et engagés des coûts », a soutenu M. Paquet, qui disait pourtant croire que « les travaux sylvicoles pourraient être un vecteur de relance ».

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