L’IESI réitère son besoin de fonds publics

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Par Jean-Christophe Beaulieu
L’IESI réitère son besoin de fonds publics
Des élèves de l'IESI en classe.

Alors que les deux partis progressistes envisagent de revoir le financement des écoles privées au Québec, le directeur de l’Institut d’Enseignement de Sept-Îles revendique la place du seul établissement scolaire privé sur la Côte-Nord. Il réitère avoir besoin de l’aide gouvernementale pour continuer à fonctionner en région éloignée.

Le Parti Québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) se sont prononcés dernièrement sur le sujet tabou du financement des écoles privées par l’État. Le parti de Jean-François Lisée veut diminuer de façon significative le financement public des écoles privées. Pour «redémarrer» le réseau public de l’éducation, QS envisage même mettre fin «aux privilèges» de l’école privée. Abolir les subventions gouvernementales redonnerait 100 millions $ par années aux écoles publiques.

Dans ce contexte, le nouveau directeur de l’Institut d’Enseignement de Sept-Îles (IESI), Mathieu Brien, dit vouloir démystifier certaines idées reçues.

«À chaque élection, c’est la même chose. Il y a toujours un débat qui tourne autour des écoles privées, surtout quant aux subventions que l’on reçoit. Nous, on croit être une richesse dans la communauté», soutient-il.

M.Brien croit que plusieurs faussetés circulent, tout d’abord en ce qui a trait à l’élitisme dont ferait preuve le réseau privé.

«Ce n’est pas complètement vrai de dire qu’il n’y a que les mieux nantis qui peuvent envoyer leurs enfants ici. On a plusieurs familles de classe moyenne qui viennent ici et trouvent des solutions au quotidien pour réussir à payer cette éducation à leurs enfants. Il n’y a pas d’élitisme, la seule chose qui fait qu’on refuse un élève, c’est si on n’a pas les outils pour l’aider», assure-t-il.

Il ajoute qu’un jeune dans le réseau public coûte plus cher à la société (9000 $) que dans le réseau privé (6000 $).

Subventionner le réseau privé

L’IESI existe depuis 1976 et est la seule école privée sur la Côte-Nord. Subventionnée à 60%, la balance des revenus provient des parents qui fournissent entre 3000 $ et 4000 $ par élèves. Le directeur ne se dit pas pour autant mal à l’aise de demander des fonds publics.

«Il n’y a pas de malaise parce qu’on offre une alternative sur la Côte-Nord. Il y a des jeunes qui, pour des raisons comportementales par exemple, ne fonctionneront pas bien à Jean-du-Nord», explique Mathieu Brien. «On est une école différente qui fait les choses différemment. Je considère qu’on a notre place. En région éloignée, on a besoin de cet appui gouvernemental pour nous aider à offrir cette diversité», répond-il aux représentants du PQ et de QS.

Écoles privées subventionnées par le public, un faux pas ?  

Selon un professeur et chercheur universitaire spécialisé en éducation, il faut arrêter toute forme de financement public des écoles privées. C’est du moins ce que le Québec devrait faire pour rejoindre les systèmes les plus performants.

Selon les plus récents chiffres du ministère de l’Éducation, la fréquentation des écoles privées a légèrement diminué ces dernières années. En tout, ce sont 121 828 élèves qui fréquentent les écoles privées versus 907 000 dans le réseau public.

Au secondaire, 20% des jeunes vont au privé. Mais les établissements sont financés entre 65 et 75% par le public déplore Martin Maltais, professeur au Département des sciences de l’éducation de l’UQAR.

«Les écoles privées financées par l’État le sont donc dans les mêmes proportions que les universités. Les parents pourraient penser que ça vaut la peine de mettre de l’argent de leur poche pour que leurs enfants aient une meilleure formation. Mais ce n’est pas toujours le cas en fait», rétorque-t-il.

Il cite l’Institut national de recherche scientifique, mentionnant qu’un enfant inscrit au public dans un programme «concentration» (sport-étude, théâtre) et un enfant inscrit au privé ont à peu près tous les deux la même probabilité de fréquenter le Cégep.

«Il n’y a pas de solution miracle pour faire progresser le taux de diplomation des jeunes Québécois. Plusieurs mesures doivent être mises en place. Mais les systèmes performants ont tous une caractéristique semblable : ils financent peu ou pas du tout les écoles privées», souligne M. Maltais.

Les écoles privées sont là pour rester

Selon le professeur spécialisé en financement de l’éducation, il y aura toujours des écoles privées.

«Ce qu’il faut arrêter, c’est d’avoir des écoles privées financées par l’État. Comme en Ontario, les établissements privés qui ne sont pas capables de survivre seuls ou qui ne sont pas intéressés à faire ce qu’il faut pour aller chercher du vrai argent privé, ils vont intégrer le public», assure-t-il.  Ce n’est pas vrai que ça va fermer, ça c’est une campagne de peur. Les écoles privées vont s’adapter», poursuit-il.

C’est ce qu’il s’est passé dans les années 60 quand les établissements religieux sont éventuellement entrés dans le giron public.

Financées à 75% par des gens qui n’y vont pas

Les établissements privés sont subventionnés à 75% par des gens qui n’envoient pas leurs enfants au privé. Étant donné ce financement, M. Maltais croit qu’au minimum, on pourrait avoir des attentes plus élevées envers elles.

«Qu’ils prennent une proportion d’élèves en difficulté équivalente à celle du public par exemple. Ça permettrait premièrement au privé de faire la démonstration de la qualité exceptionnelle de leur environnement de formation. Deuxièmement, considérant qu’on vous finance, on pourrait attacher une partie de cette subvention directement aux élèves en difficulté».

Selon lui, pour atteindre les objectifs nationaux visant à faire diplômer 90% des jeunes, il faudra une véritable volonté politique et donner les ressources suffisantes au réseau public.

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