Le diable de la Côte-Nord, le portrait choquant et juste d’un fin manipulateur

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Par Éric Martin
<i>Le diable de la Côte-Nord</i>, le portrait choquant et juste d’un fin manipulateur
La journaliste Magalie Lapointe, le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, la nièce d'Alexis Joveneau, Marie-Christine Joveneau et le journaliste David Prince. Les deux journalistes sont les co-auteurs de ce livre.

À partir du témoignage de Mary Mark, une femme de La Romaine victime d’agressions sexuelles, lors des audiences de l’Enquête nationale sur les femmes et filles autochtones disparues et assassinées en 1997, Magalie Lapointe et David Prince ont uni leurs forces pour mener une enquête conjointe sur Alexis Joveneau, un père oblat dont les agissements sont dénoncés dans Le diable de la Côte-Nord.

Installé sur la Basse-Côte-Nord pendant près de 40 ans, Alexis Joveneau aurait abusé d’une dizaine d’Innus et même de blancs. Décédé en 1992, il n’a malheureusement jamais eu à répondre de ses actes. Un élément marquant de cette enquête journalistique a été la rencontre avec sa nièce, Marie-Christine Joveneau, l’une de ses victimes qui aurait vécu neuf mois à ses côtés.

« Par la suite, les preuves n’ont fait que se multiplier. Elle nous a fourni des lettres écrites de la main d’Alexis Joveneau. Nous en avons eu la confirmation par une graphologue. Ces lettres sont assez explicites et viennent confirmer hors de tout doute qu’il a eu des relations sexuelles avec elle à cette période », soulève David Prince, un des deux journalistes de cette enquête.

Une emprise impitoyable

Fait assez intéressant, le père oblat s’est rapidement intégré à sa communauté d’accueil en raison du fait qu’il parlait la langue montagnaise. Un précieux atout qu’il a visiblement utilisé à de mauvaises fins.

« Il est devenu, en quelque sorte, le chef du village sans en avoir le titre officiel. Tout devait passer par lui. Il était un incontournable », indique M. Prince. « Ce fut un lavage de cerveau collectif. Tout le monde était sous son emprise. Certaines personnes ont tenté de dénoncer ses agissements, mais elles n’ont pas été crues. »

Alors qu’il se qualifiait de défenseur des valeurs traditionnelles innues, il apparaît évident qu’il a contribué à leur sédentarisation. « Quand on lit ce livre et qu’on regarde les films faits sur Alexis Joveneau par Pierre Perrault, on se rend compte qu’il menait une double vie. Même s’il s’est opposé à l’ouverture d’un bar dans Le goût de la farine, il n’en demeure pas moins que c’est lui qui fournissait l’alcool aux membres de ces communautés et en tirait avantage », déclare-t-il.

Une enquête nécessaire

David Prince considère que la première phrase du livre revêt une grande importance. « En effet, ce cas n’a rien d’unique. Des actions comme celle-là, il y en a plusieurs au Québec », mentionne-t-il. « La différence avec Alexis Joveneau c’est qu’on avait en main des preuves. On est fier d’être parti de témoignages et d’avoir réussi à en confirmer leur véracité. »

En guise de solidarité pour les victimes d’Alexis Joveneau, les personnes intéressées sont invitées à se prendre en photo avec le livre et de la publier sur les médias sociaux en indiquant le mot-clic #jelescrois. « On voulait que les victimes sachent qu’elles sont crues. On a constaté que les Autochtones sont très présents sur les médias sociaux. Le mouvement #moiaussi a favorisé leur prise de parole », conclut-il.

Publié par Groupe Livre Québecor, Le diable de la Côte-Nord est disponible dans toutes les librairies. Il est important d’ajouter que le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, en signe sa préface.

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