La rivière Magpie reconnue comme une « personne juridique »

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Par Vincent Rioux-Berrouard - Initiative de journalisme local
La rivière Magpie reconnue comme une « personne juridique »

L’Alliance Muteshekau-shipu a annoncé le mardi 23 février qu’elle octroie une « personnalité juridique » à la rivière Magpie ( Muteshekau-shipu) pour en assurer la protection.

La MRC de Minganie et le Conseil Innu de Ekuanitshit ont chacun adopté une résolution qui reconnaît des droits à la rivière. Parmi ceux-ci, on retrouve le droit d’être à l’abri de la pollution ou le droit de maintenir son intégrité.

L’adoption d’une telle mesure fait suite à de nombreuses pressions des élus de la Minganie, autochtones et allochtones, pour que le gouvernement du Québec octroie un statut de protection à la rivière Magpie. Cette demande est restée vaine. Par contre, Alain Branchaud, directeur général de La Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), précise que l’Alliance reste ouverte à discuter avec le gouvernement du Québec pour assurer la protection de la rivière.

Le fait de nommer une rivière comme « personne juridique» est une première au Canada. Selon Yenny Vega Cardenas, présidente de l’Observatoire international des droits de la Nature, la démarche de l’Alliance Muteshekau-shipu s’appuie sur de nombreux fondements juridiques. Elle donne en exemple le droit international ou les droits autochtones. Bien qu’il s’agisse de la première initiative de reconnaissance des droits de la Nature au Canada, plusieurs démarches semblables ont eu lieu dans le monde comme en Nouvelle-Zélande avec les Maoris.

Parmi les mesures qui accompagnent cette reconnaissance de « personnalité juridique », il y aura la nomination de gardiens. Ceux-ci auront la responsabilité de veiller sur le respect des droits de la rivière et d’en assurer la mise en valeur. Les gardiens seront nommés conjointement par le Conseil des Innu de Ekuanitshit et la MRC de Minganie. Pour le chef de la communauté innue de Ekuanitshit, Jean-Charles Piétacho, cette annonce fait que les populations qui habitent à proximité de la rivière n’en deviennent pas les propriétaires, mais bien les gardiens et les protecteurs.

Non aux barrages

Avec cette annonce, l’Alliance Muteshekau Shipu, souhaite aussi envoyer un message fort à Hydro-Québec indiquer leur opposition au développement de nouveaux barrages sur la rivière Magpie, c’est non. Dans son plan stratégique 2009-2013, la société d’État avait identifié la rivière Magpie comme endroit potentielle pour développer des barrages hydroélectriques, mais a depuis indiqué qu’il n’y avait aucun plan de développement pour ce cours d’eau. Le préfet de la MRC de Minganie, Luc Noël, a affirmé :  « Il y aura bientôt quatre barrages sur la Romaine et il y en a déjà un sur la rivière Magpie. Sur la Côte-Nord, on ne veut pas seulement être des réservoirs pour Hydro-Québec. Collectivement, on dit non à un deuxième barrage sur la Magpie et on espère que le gouvernement va respecter la volonté des gens.»

Longue de 300 km, la rivière Magpie est un lieu de renommée mondiale pour la pratique du kayak ou du rafting.

L’Alliance Mutehekau-shipu est composé du Conseil Innu de Ekuanitshit, de la MRC de Minganie, la SNAP Québec et l’Association Eaux-Vives Minganie.

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