Journaliste et expat’

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Par Laurence Dupin
Journaliste et expat’
Pas de promenade au jardin du Luxembourg à Paris avant un bon moment.

Certains s’en seront sans doute déjà rendu compte en me rencontrant ou en me parlant, je suis une expatriée. Née en France, j’ai obtenu il y a un bon moment la citoyenneté canadienne. À mon arrivée sur la Côte-Nord fin février, je me faisais une joie de découvrir un nouvel environnement, mais rapidement la situation m’a coupé les ailes…

Lorsqu’est survenue cette pandémie, je ne pouvais me douter que j’allais me retrouver complètement coupée de ma famille avec une quasi impossibilité de rentrer en France, même en cas d’urgence. Et ne comptez pas sur le consulat pour vous venir en aide… Le téléphone, Internet, fonctionnent à tout va, comme pour beaucoup d’entre nous.

Mais vue la situation en France, l’inquiétude est là et bien là! Au début, j’étais la première à dire qu’il fallait arrêter d’être paranoïaque, que ce virus ne serait pas pire que celui du SRAS que j’avais vécu au cœur de Toronto! Aujourd’hui, je reconnais m’être trompée. Plus je me renseigne, plus je suis les informations d’Europe et d’ici, et plus je me rends compte que j’étais bien loin de la vérité.

C’est de ce genre de situation que le terme expatriée prend tout son sens. L’éloignement et le décalage horaire deviennent des obstacles qui semblent parfois insurmontables.

À peine arrivée à Sept-Îles, me voilà confinée chez moi alors que je me faisais une joie de découvrir cette belle Côte-Nord que mes collègues me vantent depuis mon arrivée. Et encore, je ne me plains pas trop puisque je fais un métier considéré comme essentiel par nos gouvernements et j’ai donc la chance d’avoir les informations en direct et de pouvoir parler à des personnes toutes plus formidables les unes que les autres, qui se mobilisent sans compter pour que nous puissions passer au travers de tout cela.

J’ai aussi la chance de pouvoir sortir un peu plus que la moyenne pour les reportages, tout en respectant à la lettre les mesures barrière pour ne pas ramener cette cochonnerie à la maison.

Mais je suis aussi très heureuse d’être ici et d’exercer ce métier, car c’est dans ce genre de crise qu’il prend tout son sens. Nous sommes là pour informer nos lecteurs, pour être au plus près de l’actualité afin de vous aider à traverser cette période. Comme tous mes collègues, je pense, j’aimerais pouvoir à nouveau écrire sur des choses plus légères comme des concerts, des sorties en plein air… mais, même si depuis deux semaines un petit vent de fraîcheur commence à souffler, il va falloir patienter encore un peu et continuer à suivre les annonces des premiers ministres.

Cette période m’a permis de rencontrer (par téléphone bien sûr) des personnes très intéressantes que j’ai bien hâte de pourvoir rencontrer en vrai. Cette expression est d’ailleurs devenue une partie importante de mon vocabulaire : rencontrer les gens en vrai!

Plongée toute la journée et tous les jours de la semaine dans la COVID-19, je suis comme tout un chacun à rêver d’espace, de plein air, de barbecues entre amis, de voyage à l’étranger… Et je me dis que j’ai évité le pire puisque avant mon arrivée à Sept-Îles j’habitais un appartement près du Saint-Laurent à Lasalle sur l’île de Montréal! J’ai juste eu le temps de déménager entre la grosse tempête et l’annonce du confinement.

Le plus difficile dans tout cela? Ne pas savoir quand cela va s’arrêter. N’avoir aucune visibilité sur ce que l’avenir nous réserve. Et regarder le nombre de morts qui ne cesse d’augmenter. L’inquiétude est là et bien là, pas pour moi, mais pour tous mes amis de Montréal, ma famille à Toronto ou en France.

Plus de voyages

Pigeon voyageur en temps normal, j’avais prévu pour 2021 un voyage au Japon qui sera reporté en 2022 pour cause de Jeux Olympiques décalés (j’aime voyager, mais j’évite en général ces grands événements). Le jeu des chaises musicales en quelque sorte… Mais je me console en me disant que c’est le lot de tout un chacun aujourd’hui. Cela va me laisser l’occasion de rencontrer les personnalités locales de la Côte-Nord, en vrai cette fois et non plus au téléphone, et visiter aussi ce dont j’ai été privée jusqu’ici.

Mais il reste aujourd’hui bien des questions. Les vols vont-ils un jour être rétablis? Voyager entre mes deux pays redeviendra-t-il aussi simple que cela l’était précédemment? Ma famille est-elle réellement à l’abri alors que le gouvernement français dit tout et son contraire et que le déconfinement à commencé dans un pays qui compte plus de 67 millions d’habitants sur une surface trois fois plus petite que le Québec? Autant de questions qui restent sans réponse.

Il ne reste qu’une seule chose à faire : croiser les doigts pour que tout se passe bien ici comme en France et attendre que l’on trouve un vaccin à ce fichu virus et continuer à tout prix à respecter les gestes barrière.

Mais en attendant il faut bien tenter de reprendre une vie normale… Si le vaccin ne survient que dans un an ou deux nous n’avons pas le choix. Souhaiter que la Côte-Nord reste fermée peut être compréhensible en raison de la peur de ce virus, mais attention à ne pas se replier sur soi-même! En tant que journaliste, nous devons être ouverts d’esprit et, pour avoir aussi beaucoup bougé, j’avoue avoir parfois du mal à comprendre ce genre de réflexe.

La vie, quoi qu’il en soit, va devoir reprendre son cours petit à petit. Il nous faut sans aucun doute repenser nos façons de vivre pour éviter de retomber dans les mêmes travers. Cette crise aura eu le mérite de nous montrer les limites de la mondialisation et ce que cela implique de tout faire faire à l’étranger.

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