Innu Nikamu : Chanter la résistance, une ode à la musique et à la résilience

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Par Karine Lachance
<i>Innu Nikamu : Chanter la résistance</i>, une ode à la musique et à la résilience
Le documentaire de Kevin Bacon Hervieux sur le Festival Innu Nikamu est en nomination au Gala Cinéma Québec. (Photo : courtoisie )

Assimilation, orphelinat, résistance, résilience, rassemblement, musique. Voilà des termes abordés dans le film documentaire Innu Nikamu : Chanter la résistance, réalisé par Kevin Bacon-Hervieux, originaire de Mani-Utenam. En mars, il a reçu un honneur encore irréel à ses yeux, une nomination parmi les plus grands du cinéma québécois pour son long métrage sur le festival du même nom, qui a lieu depuis 35 ans sur des terres symboliques pour sa communauté.

Kevin Bacon-Hervieux est un artiste dans l’âme et un amoureux du Festival Innu Nikamu depuis qu’il est tout jeune. Au début comme simple spectateur, il a par la suite approché le comité organisateur, afin de leur offrir son aide, peu importe les tâches qui lui seraient demandées.

Graduellement, il a fait sa place parmi cette équipe solide, qui travaille sans relâche pour offrir un festival apprécié par les Innus de partout, tout autant que les allochtones qui participent par milliers, depuis des décennies, à ce rassemblement musical.

«J’ai tenté de me rapprocher lentement des organisateurs, essayer de voir comment je pouvais m’impliquer. Graduellement, au fil des années, l’idée de faire ce film a mûri. C’est mon amour pour ce festival qui m’a donné l’envie de développer quelque chose», partage Kevin, qui est maintenant le directeur artistique et aux communications d’Innu Nikamu.

Le syndrôme de l’imposteur

Kevin ne se considère pas comme un réel réalisateur. Il se voit davantage comme un amoureux d’Innu Nikamu, qui a décidé d’en faire un film pour partager sa passion et faire connaître l’historique derrière cet événement.

«Je n’ai jamais prétendu être un cinéaste. C’est quelque chose que je n’imaginais aucunement devenir. Ce qui m’a guidé, c’est seulement mon désir de faire découvrir aux gens ce qu’est le Festival Innu Nikamu. J’ai par le fait même l’opportunité de partager une histoire beaucoup plus grande et symbolique qui se cache derrière cet événement», raconte le réalisateur.

Une douce manifestation

Acquis par le gouvernement fédéral en 1948, Mani-Utenam, qui signifie «village de Marie», a été désigné comme réserve l’année suivante. Le Festival Innu Nikamu s’y déroule depuis ses débuts, sur des lieux qui ont autrefois abrité le Pensionnat Notre-Dame. C’est entre ces murs que des jeunes autochtones y ont vécu, après avoir été enlevés de leurs familles par le gouvernement de l’époque.

«Quand ils ont découvert la capacité industrielle de notre territoire, ils ont ramassé tous les jeunes Innus qui y vivaient, comme moi et ma famille. Ils nous ont amenés dans la réserve de Mani-Utenam et évidemment il y avait un pensionnat qui faisait partie du projet», témoigne au cours du film le chanteur Florent Vollant, qui a vécu au Pensionnat Notre-Dame de 1965 à 1972.

Florent Vollant est débarqué à Mani-Utenam alors qu’il était âgé de 6 ans. Il raconte que certains de ses amis ne se sont jamais remis de ce qu’ils ont vécu à cette époque, alors que lui, c’est la musique qui l’a sauvé.

«On était devenus orphelins, orphelins de notre langue, orphelins de nos parents, orphelins de notre territoire, orphelins complètement. Je m’en suis quand même bien sorti, parce que la musique m’a aidé», partage-t-il dans le documentaire.

Innu Nikamu est passé d’un prétexte à un immense rassemblement. Selon Kevin Bacon-Hervieux, derrière le volet musical se cachent plusieurs messages politiques, mais également l’importance de la culture et des valeurs de ses ancêtres.

«On ne veut pas repousser le changement. Le festival se veut une manifestation douce qui traverse les airs politiques», précise le réalisateur.

Le Gala Cinéma Québec, anciennement connu sous le nom des Jutra, sera présenté sur les ondes de Radio-Canada le 2 juin à compter de 20h. Kevin est en nomination dans la catégorie Meilleur film documentaire avec Innu Nikanu : Chanter la résistance. Le film est disponible pour quelques semaines sur le site Tou.tv.

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