Impasse pour Apuiat?

Impasse pour Apuiat?

Le projet d'éoliennes dans la région fait encore couler beaucoup d'encre.

Crédit photo : Boralex

Dans une lettre datée du 6 août, le PDG d’Hydro-Québec, Éric Martel, a tenu à avertir les chefs de la nation innue qu’ils pourraient ne pas avoir leur juste part dans le projet éolien Apuiat. De plus, dans le contexte actuel de surplus énergétique, les pertes financières quant à l’achat de l’électricité produite pourraient se chiffrer entre 1,5 et 2 milliards $ pour la société d’État. La nation innue accuse désormais Hydro-Québec de faire de l’obstruction au projet.

Dans sa stratégie énergétique 2006-2015, le gouvernement indiquait octroyer 4 000 mégawatts pour développer l’industrie éolienne au Québec. En décembre 2015, les derniers 200 mégawatts furent attribués à la nation innue.

S’associant avec l’entreprise Boralex, les communautés innues de la Côte-Nord se sont regroupées pour développer Apuiat, un parc éolien qui serait ultimement situé à Pentecôte. En négociations depuis plusieurs mois avec Hydro-Québec pour le contrat d’achat d’électricité, les chefs des communautés viennent de recevoir, le 6 août, une lettre du PDG de la société d’État. Il y fait mention de doutes quant aux retombées économiques pour la nation innue étant donné le contexte de surplus énergétique actuel.

Dans sa lettre, M. Martel mentionne aussi que le tarif de l’électricité acheté à Apuiat pourrait occasionner à Hydro-Québec des pertes financières importantes. Le directeur des affaires publiques et médias de la société d’État, Serge Abergel, abonde dans le même sens. Il rappelle que le Québec a plus d’énergie que de besoins en ce moment.

«Les pertes financières, qui pourraient se situer entre 1,5 et 2 milliards$ pour Hydro-Québec, sont des montants très importants. On se doit d’être rigoureux. Ça représente des coûts d’acheter de l’énergie pendant 25 ans dans un contexte de surplus», affirme M. Abergel. «Notre travail est de négocier une entente qui soit non seulement gagnante pour Hydro-Québec, mais gagnante aussi de point de vue des retombées économiques pour la Côte-Nord et les communautés innues. Avec les données que l’on a aujourd’hui, on ne peut recommander ce projet dans une perspective de développement économique. On ne peut affirmer que ce projet aura des retombées économiques positives pour les communautés innues», poursuit-il.

Serge Abergel indique que ce sera à Boralex et à la nation innue, en tant que promoteurs du projet éolien, de rassurer Hydro-Québec quant aux retombées économiques.

«On a besoin de précisions, de réponses à nos questions. Les négociations continuent, mais on ne peut actuellement recommander ce projet à notre conseil d’administration», concède M. Abergel, ajoutant espérer pouvoir dénouer la situation.

Un ton condescendant et paternaliste

Les chefs des communautés innues ne sont pas en accord avec les propos avancés dans la lettre du PDG d’Hydro-Québec. Serge Ashini Goupil, de l’équipe de la nation innue, la commente durement.

«Le ton de la lettre de M. Martel est condescendant et paternaliste à l’égard de notre nation. C’est déplorable. Apuiat demeure un projet rassembleur, porteur et structurant pour la nation ainsi que pour l’ensemble de la Côte-Nord», tranche-t-il. Il souligne que la nation innue continuera son travail, malgré l’attitude de la société d’État.

«Hydro-Québec fait de l’obstruction à ce projet depuis que le gouvernement nous a octroyé le bloc de 200 mégawatts en 2015. Mais nous poursuivrons sans relâche nos efforts pour réaliser ce projet», assure M. Ashini Goupil, ajoutant que ce sont près de 400 emplois qui seront créés sur la Côte-Nord et en Gaspésie-Bas-Saint-Laurent.

Rencontre à venir entre la nation innue et le gouvernement

La réaction de Pierre Moreau, ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, ne s’est pas fait attendre. Son attachée de presse, Catherine Poulin, explique que le gouvernement n’a pas la même lecture qu’Hydro-Québec quant au projet éolien Apuiat.

«Ce projet est trop important pour le développement économique et social des communautés innues, de la Côte-Nord et de l’industrie éolienne pour baisser les bras», signale-t-elle. Elle rappelle que le gouvernement du Québec a donné son appui «indéfectible» au projet et souligne l’importance de la filière éolienne.

«Ça représente 10 milliards $ dans l’économie du Québec, 5000 emplois, dont 4000 en région».

Le ministre Moreau, accompagné du ministre des Affaires autochtones et du ministre responsable de la Côte-Nord, rencontreront d’ailleurs les chefs de la nation innue en milieu de semaine prochaine à Québec. La rencontre visera entre autres à donner suite aux discussions entourant le projet éolien Apuiat.

Munitions pour la CAQ

Hydro-Québec semble bien abonder dans le même sens que le chef de la CAQ François Legault. Ce dernier n’a pas souhaité accorder d’entrevue au Journal. Son attachée de presse mentionne toutefois que M. Legault vient de «rédiger une longue publication à ce sujet» sur sa page Facebook.

«Ce qui est révoltant, c’est que le chef libéral veut absolument obliger HQ à signer avant les élections, parce qu’il sait que si je deviens premier ministre, je n’approuverai jamais un projet qui appauvrit les Québécois de milliards de dollars. […] En voulant précipiter une signature avant les élections, Philippe Couillard va attacher les Québécois pour les 25 prochaines années […] Qu’il expose les chiffres, les faits et qu’il nous explique les raisons qui justifient d’appauvrir les Québécois de milliards de dollars», peut-on y lire.