Fin du gaz naturel d’ici 2050: Les propos de Couillard sèment le doute sur la Côte-Nord

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Par Éditions Nordiques
Fin du gaz naturel d’ici 2050: Les propos de Couillard sèment le doute sur la Côte-Nord
Gordon St-Gelais, René Richard et Jean-Claude Pinet.

Présent à la conférence internationale sur les changements climatiques à Paris (COP21), le premier ministre Philippe Couillard a prédit la fin du recours au gaz naturel en 2050 et a affirmé que l’exploitation des hydrocarbures sur Anticosti ne suscitait «aucun enthousiasme» chez lui. Des propos qui ont fait réagir sur la Côte-Nord.

Rappelons que les intervenants régionaux travaillent depuis 16 ans à ce que la Côte-Nord soit alimentée en gaz naturel. Une énergie plus propre et moins coûteuse que le bunker, sorte de mélasse de résidus de pétrole, et qui pourrait permettre l’arrivée d’industries de deuxième et troisième transformation, comme des aciéries. L’île d’Anticosti a de son côté dévoilé un potentiel d’exploitation de gaz et pétrole de schiste qui pourrait ajouter 2 milliards $ au produit intérieur brut (PIB) du Québec en plus de créer plusieurs emplois.

Le président de la Chambre de commerce de Sept-Îles, Marc Brouillette, est demeuré prudent dans ses commentaires, affirmant qu’il manquait d’informations. «Quelle est exactement la pensée du premier ministre sur les hydrocarbures? Ce n’est pas clair», a-t-il affirmé. Il ajoute que c’est la première fois qu’il entend M. Couillard prendre une telle position, ce qu’il n’a pas entendu de ses ministres.

Le préfet de la MRC Minganie, Luc Noël, affirme que «la réaction de M. Couillard ne change rien». Celui qui doute de plus en plus de la viabilité environnementale de l’exploitation sur Anticosti précise que le premier ministre «n’a pas dit qu’il allait cesser l’exploitation sur Anticosti», mais qu’il ne croyait pas à la filière des hydrocarbures.

«Il a dit ça pour la galerie de presse. Je suis convaincu qu’ils (le gouvernement) vont y aller de l’avant (avec l’exploitation)», a lancé M. Noël.

Celui-ci entretient de plus en plus de doutes sur ce projet à la suite de la consultation publique «à la bonne franquette» du mois dernier sur les hydrocarbures.

Incohérent
La députée de Duplessis, Lorraine Richard, n’est pas tendre envers le premier ministre. M. Couillard a affirmé à Paris qu’il aurait préféré que le dossier d’Anticosti ne se retrouve pas sur sa table à son arrivée au pouvoir et a critiqué le gouvernement péquiste de Pauline Marois pour avoir lancé les travaux d’exploration.

«Je trouve que le premier ministre est difficile à suivre», a lancé Mme Richard. Elle a rappelé que c’est «sous l’ancienne vice-première ministre libérale Nathalie Normandeau» que le gouvernement «a cédé les droits qui appartenaient à Hydro-Québec à Pétrolia» dans une «entente secrète derrière des portes closes». «Quand nous sommes arrivés au gouvernement, nous avons récupéré nos droits», s’est défendu la députée.

Lorraine Richard trouve Philippe Couillard «incohérent» de vouloir remplacer le gaz naturel par une forme d’énergie plus propre d’ici 2050, alors qu’il est pour le pipeline Énergie Est, selon elle. La députée croit que M. Couillard devrait se concentrer à réduire les hydrocarbures dans les transports, rappelant le projet d’électrification des transports de l’ancien gouvernement péquiste.

Luc Dion «pas ébranlé»
De son côté, le président de Développement économique Sept-Îles, Luc Dion, dit ne pas être «ébranlé du tout» des déclarations du premier ministre. Il abonde dans le même sens que Lorraine Richard en affirmant c’est dans le transport qu’il devrait «avoir des efforts de réduction» des gaz à effets de serre avant de s’attaquer aux industries, abordant également la réduction de consommation de gaz naturel pour le chauffage au profit de l’électricité d’Hydro-Québec.

«Je n’ai pas pris cette déclaration-là comme un risque ou un frein au développement dans la région (…) C’est vertueux de l’avancer (la fin de la consommation de gaz naturel en 2050), mais je n’ai pas vu de possibilités de compromettre nos projets», a soupesé M. Dion.

«Pour faire de l’acier, ça va prendre du gaz naturel ou du charbon, donc on élimine le charbon, ça prend du gaz naturel», continue-t-il. D’ici 2050, «essayons d’aller voir des alternatives. Il y a des gens, peut-être, qui travaillent à des alternatives (au gaz naturel)», a affirmé Luc Dion.

Lors de son passage à Sept-Îles pour annoncer une entente de tarif d’électricité avec Aluminerie Alouette à la fin de l’été, le premier ministre Philippe Couillard a vanté l’hydroélectricité produite par Hydro-Québec permettant de produire de l’aluminium. Brandissant un lingot du métal gris, il a lancé devant l’auditoire «c’est notre pétrole à nous».

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Réjean Porlier: Le gaz naturel, «une énergie de transition»

Le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier, n’a pas vu la sortie du premier ministre Couillard comme un désaveu au développement de la filière du gaz naturel en Gaspésie et dans la région, affirmant qu’il s’agit d’une forme d’énergie de «transition». Il remarque cependant que pour M. Couillard, «Anticosti, ce n’est pas pour demain».

Selon le maire, le premier ministre «a deux pentes à remonter» pour Anticosti, puisqu’il doit «remonter la pente de l’opinion publique sur la question de la fracturation» en plus de faire face au «défi majeur» de limiter les émissions de gaz à effets de serre. Limiter les émissions mondiales à 2°C, «ça ne peut juste passer que par des mesures importantes», mentionne M. Porlier.

Celui-ci rappelle toutefois que le gaz naturel «est un passage obligé sur la Côte-Nord». La région «souhaite toujours avoir les mêmes outils que tout le monde», a ajouté Réjean Porlier.


Le gouvernement, en partenariat avec des promoteurs privés, dont Pétrolia, explore le potentiel en hydrocarbure de l’île d’Anticosti.

(Courtoisie)

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