F.-A.-Gauthier: déboires, enquête et avenir

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Par Charlotte Paquet
F.-A.-Gauthier: déboires, enquête et avenir
Le président-directeur général de la Société des traversiers duQuébec, Stéphane Lafaut, en poste depuis quelques mois, donne vraiment l’impression d’avoir appris des choses dans le cadre du reportage d’Enquête. On l’aperçoit au côté de Benoît Cormier, directeur du projet de construction du F.-A.-Gauthier. Photo capture d’écran, Radio-Canada

Problèmes de soudure, installation de pièces rouillées, travaux de peinture non conformes et des employés muselés alors qu’ils tentaient de sonner l’alarme, vraiment, la construction du F.-A.-Gauthier ne s’est pas faite dans les règles de l’art au chantier Fincantieri, et ce, en toute connaissance de cause de la part de la Société des traversiers du Québec (STQ) semble-t-il.

C’est du moins ce qui ressort du reportage diffusé jeudi par l’émission Enquête, à la télé de Radio-Canada.

Des révélations troublantes sont provenues des témoignages d’ex-employés de la STQ, l’inspecteur René Lebrun et le capitaine Martin Saint-Pierre, qui a piloté le Camille-Marcoux et le F.-A-Gauthier. Ils avaient été mandatés par la STQ en Italie pour s’assurer de la qualité des travaux réalisés.

La journaliste Marie-Maude Denis a également donné la parole à Rosaire Jean de Godbout. Passager régulier du F.-A.-Gauthier et ingénieur de formation, il a tenté d’alerter la STQ sur les problèmes de vibration qu’il percevait clairement à l’automne 2018. Il a avoué son étonnement que la société attende le bris du système de propulsion avant de mettre le navire à l’écart, à la mi-décembre.

Depuis neuf mois déjà, le traversier de la liaison Matane-Côte-Nord est hors service. Il était pourtant vu comme le fleuron de la flotte de la STQ à son arrivée en 2015. Il aura coûté 210 millions de dollars aux contribuables québécois, en plus d’imprévus de 60 M$ en frais de toutes sortes depuis décembre 2018. « Et le compteur tourne encore », a rappelé la journaliste.

Pas épaté

Président-directeur général de la STQ depuis juin dernier, après un intérim de quatre mois, Stéphane Lafaut a évidemment été questionné dans le reportage, tout comme deux hauts dirigeants de l’organisation impliqués dans le dossier.

M. Lafaut a avoué ne pas avoir été épaté par la qualité du navire. Selon lui, la qualité attendue n’est tout simplement pas au rendez-vous.

Quant aux problèmes de relations de travail entre les différents intervenants de la STQ associés au dossier de la construction du F.-A.-Gauthier, notamment les conséquences subies par MM. Lebrun et Saint-Pierre pour avoir dénoncé des situations de non-conformité, M. Lafaut a clairement indiqué trouver cela inacceptable.

Regarder vers l’avenir

Le maire de Baie-Comeau, Yves Montigny, a beau déplorer les événements des derniers mois et des dernières années, il n’en demeure pas moins dans son esprit que le passé est le passé et qu’il faut regarder vers l’avenir. « Pour moi, le passé, c’est le passé. L’important, c’est qu’il (le navire) revienne en santé. On ne fera pas l’hiver avec le Saaremaa, il faut que le F.-A.-Gauthier revienne en santé. »

« Je m’aperçois que M. Lafaut est bien en selle. Il a assumé, on voyait bien qu’il n’était pas à la même place que les autres (deux hauts dirigeants). C’est comme s’il y avait un monde avant lui et après lui », a noté le maire.

Il dit avoir confiance dans la volonté claire du PDG à prendre les choses en mains, tout comme dans celle du ministre des Transports, François Bonnardel, dont l’exaspération est à son comble, selon lui.

Enfin, M. Montigny confie avoir l’impression qu’une orientation politique dans l’ancien gouvernement libéral a prévalu pendant la construction du navire entre 2013 et 2015 à l’effet qu’il fallait couper au maximum les frais pour qu’il n’y ait pas de dépassement de coûts.

Scandalisé

Pour sa part, le député péquiste de René-Lévesque, Martin Ouellet, s’est dit scandalisé par les révélations de l’émission Enquête. « Je pense que les Québécois ont été floués », a-t-il lancé.

Il a rappelé que des employés ont tenté d’alerter la STQ sur certaines non-conformités dans les façons de faire, mais qu’ils ont été congédiés injustement.

M. Ouellet se questionne aussi sur le rôle du conseil d’administration de la STQ dans toute cette saga. « Au sein de la gouvernance même, j’ai des doutes que ce qui s’est passé ne se reproduira pas », a-t-il dit.

Aujourd’hui, le député craint pour la durée de vie utile du F.-A-Gauthier et doute qu’il puisse naviguer pendant 25 ans, 30 ans ou même 40 ans comme son prédécesseur, le Camille-Marcoux.

Enfin, lui aussi a confiance dans la volonté de Stéphane Lafaut de rectifier le tir. « On pouvait percevoir que M. Lafaut apprenait des choses en direct. Il hérite d’une situation qui est catastrophique. »

Fait à noter, après avoir refusé depuis plus d’un an de mandater la vérificatrice générale pour qu’elle fasse enquête sur la saga du F.-A.-Gauthier, voilà que le gouvernement du Québec a fait volte-face vendredi. Il demande maintenant à ce que la lumière soit faite.

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