Le gant de velours

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Par Éditions Nordiques
Le gant de velours
Les infirmières ont aussi des familles, ce qui ne les empêchent pas de faire leur travail.

Par Brigitte Lavoie

Nous passons tous entre vos mains, à un moment ou un autre de nos vies. Vous êtes là pour accueillir la vie, la douleur, la fièvre, l’angoisse. À chaque fois, vous avez de la méthode et de la douceur. Un sourire, une phrase, un geste qui fait basculer le corps et l’esprit dans la résilience et l’espoir. Vous êtes un travailleur de la santé. Et ces jours-ci, je m’inquiète pour vous.

Depuis que je vous sais au front, je n’arrête pas de me rejouer toutes ces fois où vous avez été là. Je sais bien que c’est votre travail de soigner et d’accompagner, que vous avez étudié le mot pandémie, mais je m’inquiète quand même. Je préfèrerais qu’on ne soit pas obligés d’envoyer les anges à la guerre.

Il y a quelque temps, j’ai ouvert les yeux dans une grande salle sur laquelle veillait une gentille fille à l’habit mauve. Avec ses collègues, elle allait d’un lit à l’autre, badinait un peu tout en expliquant clairement quoi faire pour s’enfuir de là le plus vite possible. De mon lit, encore embrouillée du sommeil de l’opérée, je me disais que cette fille-là, c’était un ange. J’étais impressionnée.

Stationné dans un lit à côté de moi, un monsieur aux cheveux blanc dans la force de sa jeune vieillesse avait un protocole un peu particulier à suivre. Au fil des minutes, la gentille fille à l’habit mauve s’est faite plus présente, administrant un calmant, insistant sur le respect de la procédure et du temps de traitement malgré la douleur et les gémissements de l’homme, enfilant son gant de velours sur une main de fer, sans compromis. L’ange avait de la rigueur, de la discipline et de la douceur. J’étais subjuguée.

Ces jours-ci, je repense beaucoup à cette infirmière habillée en mauve, mais aussi aux médecins qui tâtent et qui scrutent, aux adjointes administratives et aux infirmières des centres d’appel avec leur téléphone qui sonne, qui sonne, au personnel de l’inscription à l’Urgence qui arrive à sourire même au millième patient, aux infirmières au triage avec leur thermomètre et leurs questions, à celles qui nous accompagnent au petit coin en faisant comme si on allait aux fraises, aux maîtres de la vadrouille et de la désinfection, aux techniciens de toutes ces machines qui nous scannent des cheveux aux orteils et à leurs réparateurs, aux techniciens informatiques et à tous ces travailleurs du réseau de la santé qui sont, chacun leur tour, les anges de quelqu’un.

Je pense à tout ce beau monde et je me demande comment ils vont, dans le contexte actuel. « Actuellement, ça va bien dans Charlevoix. La situation est calme pour le moment et la région semble prête à affronter ce qui s’en vient. Le moral est bon », assure Pierre-Olivier Bradet. Le vice-président du Syndicat des professionnels en soins de la Capitale-Nationale se dit d’ailleurs « très fier » de ses troupes qui rassemblent 4 500 infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes dans la Capitale-Nationale, dont 360 dans Charlevoix . « Il y a une belle solidarité. Les professionnels sont mobilisés. »

Michaël Pilote, conseiller municipal à Baie-Saint-Paul et infirmier rappelle que de suivre « les directives du gouvernement et de la santé publique » est LA chose à faire en ce moment. « Restez chez vous et limitez vos déplacements le plus possible. Économiquement, la situation actuelle fait très mal à notre région. Pour que la crise dure le moins longtemps possible, c’est important de suivre les directives. »

M.Bradet invite aussi les citoyens à faire ce qu’il faut : « Actuellement, ce que nous vivons est une crise sans précédent. La situation met de la pression sur tout notre système de santé. Il faut que la population soit consciente que nos professionnels en soins travaillent très fort depuis plusieurs années déjà et qu’on va leur en demander encore plus dans les semaines à venir. Il faut qu’il y ait une tolérance supplémentaire des usagers envers le réseau et que les gens respectent les consignes et les procédures et qu’ils disent la vérité. C’est aussi une question de sécurité pour nos professionnels de la santé. »

Les travailleurs du réseau de la santé ont une famille, des enfants, un conjoint, des parents âgés. Malgré tout, ils sont là, prêts à faire ce qu’il faut. Je crois que les gants de velours méritent que nous soyons des anges nous aussi. Restons à la maison.

 

 

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