«Ceux qui viendront, l’entendront», un cri d’alarme

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Par Louise Savard
«Ceux qui viendront, l’entendront», un cri d’alarme
Le réalisateur de «Ceux qui viendront, l’entendront », Simon Plouffe.

Fort de deux prix accordés en 2018, soient les Prix du Jury de la 56e édition du Festival de Ann Arbor au Michigan et celui du meilleur documentaire au Festival international autochtone Ficwallmapu au Chili, «Ceux qui viendront, l’entendront », du cinéaste et producteur québécois Simon Plouffe, sera de la programmation du 29e Festival Ciné-7 de Sept-Îles, le 24 janvier prochain.

Le film ouvre sur un magnifique gros plan du visage de Margie Hoff, la dernière Abénakise native du Québec, écoutant un enregistrement dans sa langue maternelle. Puis s’engage avec son fils, une courte conversation. En anglais!

Originaire de Rouyn-Noranda, le réalisateur a d’abord longuement arpenté les communautés autochtones du pays à titre de preneur de son. Ce n’est donc pas sans raison qu’il nous offre un long métrage documentaire qu’il qualifie de «sonore» sur la survivance des langues inuite et autochtone du Québec.

«On parle beaucoup de la disparition des espèces animales, mais très rarement de l’érosion, du déclin des sons et des langues», confie Simon Plouffe. Selon lui, au Canada, quelque trois à quatre langues seulement sur les 60 ou 70 qui se parlent encore, pourraient survivre plus de 50 ou 100 ans.

Armé de caméras, dont une Bolex 16 mm utilisant des pellicules expirées, et d’archives sonores, Simon Plouffe est donc allé à la rencontre du quotidien dans six communautés autochtones et inuites dont celles des Innus de Mani Utenam près de Sept-Îles et des Naskapis de Kawawachikamach au nord de Schefferville. Sa mission étant de rendre compte de la vitalité de leurs langues et des solutions mises en place pour la sauvegarder.

La langue du bois, du territoire

Et malgré un regain d’intérêt pour la conservation de leur langue chez les plus jeunes, et les efforts déployés avec des écoles et des programmes scolaires adaptés, le constat est alarmant.

«C’est très rare que les autochtones vont se le cacher. Ils se rendent comptent que oui, la langue est en déclin et que c’est difficile de la transmettre comme il faut. Les jeunes vont escamoter les mots, intégrer du français ou de l’anglais. Tout le monde le dit, ça appauvrit la langue.»

Pour les plus vieux, et plus particulièrement les anciens, la conservation et la pérennité de la langue passent par la notion de territoire. «Ça a un impact que les jeunes soient moins dans la nature, moins dans le côté traditionnel […] c’est là qu’est la connaissance des anciens. On appelle ça la langue du bois qui n’est pas la même que celle parlée en ville ou dans les réserves parce que plus précis, plus détaillé.»

La langue, archive de l’histoire

Fortement inspiré par ces mots du poète américain Ralph Wando Emerson «la langue est l’archive de l’histoire», le réalisateur est convaincu de la nécessité de préserver les langues autochtones.

«La langue, c’est aussi la connaissance, c’est aussi d’où on vient. Eux c’est la langue qui est leur histoire, c’est la tradition orale, c’est le partage d’histoires qui ne sont pas nécessairement écrites.»

Le réalisateur sera présent dès les premiers jours de la 29e édition du Festival Ciné-7 de Sept-Îles qui débute ce jeudi 24 janvier afin de rencontrer les cinéphiles qui seront, il y a fort à parier, touchés par la qualité et la pertinence de ce documentaire inspirant.

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