2e Symposium de sculpture de Sept-Îles : l’art public incitant au rapprochement

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Par Louise Savard
2e Symposium de sculpture de Sept-Îles : l’art public incitant au rapprochement
Deux visages génériques (sans genre) sculptés dans le granit par Suzanne Ferland.

Pendant dix jours, soit du 5 au 15 septembre, sous le thème Le Rapprochement, six sculpteurs et une artiste en performance ont laissé leur marque dans les parcs, les rues de la ville et dans les deux communautés innues. Ils s’illustraient dans le cadre du 2e Symposium de sculpture de Sept-Îles, qui s’est donné comme objectif dès 2016 de démystifier l’art de la sculpture en favorisant les échanges.

Ce qui a parfois donné lieu à des rencontres surprenantes! Telle l’artiste performeuse Diane Landry qui ramait dans un canot suspendu dans les airs dans la large vitrine de l’ancien Quiznos, coin Laure/Smith. Une performance qui en a intrigué plus d’un!

« Le propre d’une performance artistique c’est de se questionner et d’être déstabilisé. Ça sert à pousser la réflexion et à aller plus loin », de souligner Pascale Malenfant, agente culturelle à la Ville de Sept-Îles, qui a interagi avec plus de 300 personnes qui s’y sont arrêtées et dont la l’étonnement était palpable.

Créer sur le thème du rapprochement

Au très inspirant Jardin Bois-Joli, c’est une œuvre in situ faite de perches de bois et de macramé qu’a conçu le duo d’artistes scénographes, Odrey Bégin et Julie Godin.

« On a fait une anamorphose, soit cinq sections de cercles éparpillés dans l’espace et qui, observés d’un point de vue précis vont donner un cercle ». Et ce point de vue précis, ce sont deux belles chaises de bois installées dans l’angle parfait qui invitent les passants à s’asseoir pour discuter ou simplement se rencontrer. « Aller l’un vers l’autre », ajoutent-elles à l’unisson.

La sculptrice nord-côtière Michelle Lefort s’est d’abord enquise de la perception des uns et des autres sur le thème du rapprochement. « Il est fascinant de voir comment c’était abordé différemment d’une personne à l’autre. Quand on réfléchit au thème, on pense bien sûr à nos amis autochtones, mais j’ai élargi ça aux quatre ethnies fondamentales. » Ce qu’elle illustre sur le terrain du Centre socio-récréatif, par un cercle bordé de rouge d’où s’élèvent en tentant de se joindre, des perches de cèdre gravées de phrases significatives et coiffées d’un embout d’aluminium de quatre couleurs différentes : rouge, jaune, noir et blanc.

Architecte de formation, l’artiste en art visuel Jonathan Roy a cherché à représenter monumentalement la forme la plus simple possible pour évoquer l’idée de rapprochement. Au parc des Aînés sur l’avenue De Quen, s’élève maintenant une grande forme rectangulaire de bois, peinte en noir dont un des coins supérieurs est découpé en forme d’escalier.

« Le coin manquant est placé tout près du grand monolithe, précise-t-il. On est dans l’idée de réconciliation, de rapprochement qui est imminent, qui est réalisable, mais il reste un petit effort à faire pour mettre la dernière pièce au puzzle. »

Dans les communautés innues

Johanne Roussy, Septilienne reconnue pour son franc-parler a matérialisé, au site traditionnel de la communauté innue de Uashat, L’esprit des lieux, un immense panache de caribou tout en acier. Une œuvre politique et magistrale.
« C’est le caribou, c’est la connaissance du territoire qui a fait qu’on a su où étaient les gisements (de fer). C’est là que la compagnie (IOC) est allée claimer, rappelant qu’au même moment, à la création officielle de la Ville de Sept-Îles en 1950, on a voulu déplacer contre leur gré les Innus de Uashat vers la nouvelle réserve de Mani-utenam. Il n’y a pas de rapprochement sans reconnaissance de nos gestes», conclut-elle.

Et justement à Maliotenam, deux visages génériques (sans genre) sculptés dans le granit par Suzanne Ferland se font face devant le dispensaire rue de l’Église . Deux personnes qui se parlent. Une est innue, l’autre allochtone. « Je veux que les gens circulent entre les deux et entendent leur dialogue » insiste-t-elle, ajoutant que « dès les premiers temps la pierre a servi au message, à écrire ».

Ces sculptures, même celle in situ que l’on veut préserver du temps, en ont à raconter sur le rapprochement et sur l’importance de l’art dans la ville. Chacune à sa façon.

 

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