Brian Levasseur, de Sept-Îles aux portes des Juno

Par Léo Langlois 5:00 AM - 2 octobre 2026
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Le DJ Sumatra en performance lors d’un rave à Montréal. Photo Jérémy Gagnon

Le DJ et producteur Brian Levasseur vient de déposer sa candidature aux Juno dans la catégorie Underground Single of the Year. En l’espace d’un an, le Septilien d’origine a vu son projet musical prendre une nouvelle ampleur, jusqu’à l’amener sur des scènes de Berlin.

Pour Brian Levasseur, la musique électronique a longtemps été une échappatoire. Aujourd’hui, son projet prend une dimension qu’il n’aurait peut-être pas imaginée lorsqu’il a commencé à produire ses premiers morceaux à Sept-Îles.

Sa candidature aux Juno s’appuie sur le titre No Sleep Protocol, une pièce qu’il avait commencée en 2012, à Sept-Îles, avant de la laisser de côté pendant plusieurs années. Lorsqu’il la retrouve, il décide de la retravailler avec ses influences actuelles, notamment la schranz.

« Je savais ce que j’avais en tête pour la réaliser. Finalement, je l’ai réalisée. C’est cette track-là qui m’a donné mon premier record deal », raconte-t-il.

La chanson occupe donc une place particulière dans son parcours. Commencée alors qu’il était encore à Sept-Îles, elle est devenue, plus d’une décennie plus tard, celle qui lui a permis de décrocher son premier contrat avec un label.

Le DJ septilien Brian Levasseur, alias Sumatra Photo Jérémy Gagnon

Le morceau devait franchir le cap des 200 000 écoutes au moment de l’entrevue. Pour le producteur, cette progression s’est surtout accélérée au cours de la dernière année.

« En un an, ça a vraiment explosé. Je suis vraiment chanceux », affirme-t-il.

Jusqu’à Berlin

Levasseur produit principalement de la hard groove et de la schranz, deux styles de musique électronique aux tempos rapides. La première tourne autour de 145 battements par minute (BPM), tandis que la seconde se situe plutôt entre 150 et 160 BPM.

Ses morceaux l’ont notamment mené jusqu’à Berlin, où il a eu l’occasion de mixer dans plusieurs endroits. Pour lui, la capitale allemande possède une relation particulière avec la musique électronique.

La techno y dépasse largement le cadre des clubs, estime-t-il. Elle fait partie de la culture et se retrouve dans plusieurs aspects de la vie quotidienne.

« Partout où est-ce qu’on va, les gens consomment cette musique-là », explique-t-il. « Tu vas dans un restaurant, il y a de la techno qui joue. Tu te promènes dans les rues, les gens jouent de la techno. »

Cette présence est particulièrement frappante pour quelqu’un qui arrive de la Côte-Nord. Levasseur compare cette culture à certaines traditions qui sont propres à la région.

« Il y a des choses qui sont propres à la Côte-Nord. Le Festival de la Famille, le Country, l’Acadien à gauche à droite, c’est vraiment propre à la Côte-Nord. Mais là-bas, c’est la même chose, mais pour la techno, c’est vraiment la capitale de ce style », illustre-t-il.

Son univers musical et l’esthétique de ses soirées sont très sombres. Ici, la scène ressemble énormément aux clubs berlinois. Photo Jérémy Gagnon

Son passage à Berlin représente ainsi plus qu’une occasion de jouer à l’étranger. Il lui permet de découvrir un environnement où le style musical qu’il produit occupe une place beaucoup plus importante.

« Dès que tu sors de l’avion, tu mets les pieds directement à Berlin […] tu le ressens, ça fait partie de la vie là-bas », raconte-t-il.

La progression de ses morceaux se mesure également sur les plateformes spécialisées. Son titre Wasting Time s’est récemment hissé au 8e rang du Top hard Techno de Beatport, un site d’achat de musique pour les DJ. Il prévoit également plusieurs nouvelles sorties dans les prochains mois.

Le déclic

Cette nouvelle période dans sa carrière s’est amorcée après une rencontre avec le DJ et producteur Alokin, d’Edmonton. Après avoir entendu les morceaux de Levasseur, celui-ci l’a encouragé à les sortir sous son propre nom.

« Avec ce que tu m’as montré, tu devrais pousser ta musique sous ton nom, puis tu devrais pas être gêné de le pousser », lui a-t-il dit.

Le conseil arrive après plusieurs années où Levasseur avait continué à faire de la musique sans nécessairement chercher à en faire un projet professionnel. Il avait notamment pris une pause de quelques années après son arrivée à Montréal.

Cette fois, il décide de sortir ses morceaux. Les offres commencent à arriver et il signe avec plusieurs labels, dont DSR Digital, basé en Hongrie, Darkground Records et le collectif montréalais Noreiner.

Il sort ensuite son premier microalbum en novembre 2025 et commence à publier de nouvelles productions presque chaque mois.

Sept-Îles comme inspiration

Même si sa musique le mène maintenant jusqu’en Europe, l’histoire de Brian Levasseur commence toujours à Sept-Îles.

Il se lance dans le DJing en 2012 avec son ami Mathieu Turbis. Les deux organisent alors de grandes soirées en collaboration avec le Palais des congrès de Sept-Îles.

Levasseur apprend également auprès de Turbis et du DJ septilien Yann Rivard avant de poursuivre son apprentissage de façon autodidacte.

« J’ai appris pas mal sur YouTube. Il y avait des masterclass, etc., qu’on pouvait rentrer sur le web », explique-t-il.

Il se tourne ensuite vers la production, notamment pour avoir davantage de liberté artistique et pouvoir jouer ses propres morceaux.

Brian Levasseur a appris à mixer à Sept-Îles et a ensuite déménagé à Montréal, la ville au Québec ayant la plus grande scène de rave. Photo Jérémy Gagnon

Il dit encore aujourd’hui puiser dans ses souvenirs de la Côte-Nord pour nourrir sa création. Une de ses premières productions, Sieben Wellen (sept vagues en allemand), faisait d’ailleurs directement référence à la mer et à son environnement d’origine.

« J’ai beaucoup d’inspiration de Sept-Îles, que ce soit des amis que ce soit des moments que j’ai passés avec les gens. C’est sûr qu’on pige beaucoup d’inspiration dans les souvenirs », souligne-t-il.

Pour l’instant, la musique demeure un projet parallèle à son emploi à temps plein. Malgré les sorties, les voyages et les nouvelles occasions, Levasseur ne veut pas nécessairement brûler les étapes.

« Pour moi, ça a toujours été un échappatoire. Moi, c’est ma thérapie. Soit les raves, soit la musique », affirme-t-il.

Mais alors que sa candidature aux Juno vient d’être déposée et que ses morceaux circulent maintenant jusqu’en Europe, le projet commencé à Sept-Îles en 2012 prend une nouvelle direction.

« C’est une fierté que j’ai toujours eue, c’est une fierté que je vais toujours avoir », affirme-t-il.

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