Je me suis amusée cette semaine à fouiller dans les sondages des dernières élections. Je voulais vérifier quelque chose : les sondeurs voient-ils vraiment venir les grandes vagues électorales ? Et une autre question m’est rapidement venue : à force de nous dire qui monte, qui descend et qui pourrait gagner, jusqu’à quel point les sondages peuvent-ils influencer ceux et celles qui hésitent encore ?
Soyons francs. Quand on nous annonce qu’un parti grimpe, qu’un autre chute et qu’un troisième « a le vent dans les voiles », sommes-nous vraiment imperméables à cette information ?
J’ai commencé mes recherches avec la fameuse vague orange de 2011.
À quelques jours du scrutin fédéral, un sondage Ipsos Reid réalisé du 26 au 28 avril 2011 plaçait le NPD de Jack Layton à 42 % au Québec, devant le Bloc québécois à 26 %, les conservateurs à 15 % et les libéraux à 13 %.
Le 2 mai, le Québec est devenu orange. Le NPD a remporté 59 des 75 circonscriptions québécoises. Chez nous, sur la Côte-Nord, Manicouagan a elle aussi été emportée par cette vague avec l’élection de Me Jonathan Genest-Jourdain, avocat innu de la communauté d’Uashat mak Mani-utenam.
Les sondages ont fini par suivre le mouvement, mais le vent avait déjà commencé à tourner.
Et savez-vous combien de personnes avaient été interrogées dans ce sondage ? 1 710 Canadiens. C’est à partir de cet échantillon qu’Ipsos Reid mesurait notamment le NPD à 42 % au Québec. Quelques milliers de personnes peuvent donc donner une photographie assez juste de millions d’électeurs. Mais une fois cette photographie diffusée partout, elle prend aussi énormément de place dans une campagne. Et ça, ça me fait réfléchir.
J’ai ensuite regardé la première victoire de François Legault en 2018. Les données historiques de Léger plaçaient notamment la CAQ à 31 % le 18 septembre.
Puis les Québécois ont voté.
Selon les résultats officiels d’Élections Québec, la CAQ a finalement récolté 37,42 % des voix et 74 des 125 sièges, formant son premier gouvernement majoritaire.
Comme quoi, entre un sondage et le jour du vote, il peut encore s’en passer des choses.
Et c’est là que je reviens à nous.
Lorsque nous ouvrons notre téléphone et qu’un sondage nous annonce qu’un parti s’effondre ou qu’un autre s’envole, est-ce que cela influence notre perception ? Certains finissent-ils par se dire : « Pourquoi voter pour quelqu’un qui n’a aucune chance ? »
Ou encore : « J’aimerais mieux que notre région ait un député du parti qui formera le gouvernement. »
Peu importe le parti, cette réflexion peut certainement peser dans la balance. Et lorsqu’un sondage nous laisse croire à l’avance qui formera le prochain gouvernement, peut-il finir par influencer notre choix plus qu’on ne le pense ?
Personnellement, je me sens vraiment interpellée. Notre décision le jour du vote n’est pas banale. Elle a des conséquences sur notre quotidien, notre avenir et celui de nos enfants. Avec les réseaux sociaux, les manchettes, les sondages et les algorithmes qui sélectionnent une partie de ce que nous voyons, sommes-nous toujours en train de nous faire notre propre opinion ou, parfois, de nous en faire suggérer une ?
Alors, le jour du vote, ne laissez personne vous dicter votre choix. Informez-vous, questionnez, réfléchissez et décidez par vous-même, avec votre cœur, vos convictions et les meilleures intentions pour ceux et celles que vous aimez et surtout pour l’avenir de nos enfants.
Parce qu’au bout du compte, les sondages peuvent nous indiquer dans quelle direction souffle le vent. Mais notre choix, lui, nous appartient. Sur le territoire comme dans la vie, chacun doit choisir le sentier qu’il croit juste.
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