Bar rayé : quatre ans de retard parce qu’Ottawa « manque de personnel »

Par Félix Côté 7:05 AM - 30 septembre 2026
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Le COSEPAC a réévalué en 2019 la population historique du bar rayé comme " disparue ". Photo Facebook : ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs

Après des mois de représentations auprès d’Ottawa, le député de Montmorency–Charlevoix, Gabriel Hardy, croit avoir finalement identifié l’un des principaux freins dans le dossier du bar rayé du Saint-Laurent. L’élu conservateur tourne maintenant son attention vers la ministre fédérale de l’Environnement, Julie Dabrusin, et réclame une ouverture graduelle de la pêche récréative.

Gabriel Hardy affirme avoir rencontré la ministre de l’Environnement, du Changement climatique et de la Nature, Julie Dabrusin, au Parlement, quelques jours avant son entretien avec Le Charlevoisien. 

Une rencontre qui lui aurait permis, dit-il, de mieux comprendre le chemin administratif derrière la réévaluation du bar rayé. « Je ne savais pas jusqu’à très récemment que c’est elle finalement qui peut faire la différence » soutient le député. Julie Dabrusin est effectivement la ministre responsable du portefeuille d’Environnement et Changement climatique Canada, auquel est rattaché le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC).

Un statut qui traîne

Le cas du bar rayé du Saint-Laurent comporte une particularité réglementaire puisque la population historique du fleuve a disparu dans les années 1960. Une nouvelle population a ensuite été réintroduite à partir de poissons provenant du sud du golfe du Saint-Laurent. Depuis 2019, la population du fleuve demeure juridiquement inscrite comme « en voie de disparition » en vertu de la Loi sur les espèces en péril.

Or, le COSEPAC a réévalué en 2019 la population historique comme « disparue », puisqu’il ne considérait plus la population réintroduite comme appartenant à cette population sauvage originale. Le gouvernement fédéral a ensuite renvoyé le dossier au COSEPAC afin d’obtenir davantage d’information avant de modifier éventuellement le statut légal applicable. C’est précisément cette situation que Gabriel Hardy veut voir débloquée.

Selon le député, l’évaluation attendue accuse maintenant plusieurs années de retard. « On apprend que ça fait quatre ans qu’on est en retard, puis que c’est une question de ressources », déplore-t-il. Hardy affirme que le manque de personnel lui a été présenté comme une explication du délai. Le Charlevoisien n’a toutefois pas été en mesure de confirmer indépendamment cette explication auprès du COSEPAC au moment d’écrire ces lignes.

Québec constate un rétablissement

Les données québécoises montrent néanmoins une amélioration de la situation. Dans son Plan de gestion du bar rayé 2026, Québec considère la population du fleuve Saint-Laurent comme étant « sur la voie du rétablissement ».

Le gouvernement rapporte notamment une production annuelle de jeunes poissons, des taux de survie favorables, une augmentation du nombre de grands reproducteurs et un retour de l’espèce dans l’ensemble de son aire historique. La pêche de cette population demeure cependant interdite.

Hardy soutient pour sa part que les observations des pêcheurs devraient peser davantage dans les décisions scientifiques. « Quand ta science du terrain crie à l’aide, elle n’est pas folle à temps plein », lance-t-il. Selon lui, les pêcheurs constatent désormais une présence importante du prédateur et s’inquiètent de ses interactions avec les autres ressources du Saint-Laurent.

Le député va toutefois plus loin que ce que permettent actuellement d’établir certaines données scientifiques. Pêches et Océans Canada décrit le bar rayé comme un prédateur opportuniste, mais indique notamment qu’aucune preuve ne démontre actuellement qu’il cible spécifiquement le saumon atlantique. Des travaux sont toujours en cours pour mesurer cette prédation.

Une pêche récréative avec quotas

Gabriel Hardy demande maintenant au fédéral de passer à une nouvelle étape : permettre une pêche récréative limitée et utiliser celle-ci pour suivre l’évolution de la population. « On l’enlève des espèces en voie d’extinction […] et on met des quotas », résume-t-il.

L’élu imagine une ouverture graduelle permettant de recueillir des données pendant quelques années avant d’envisager un élargissement. « On va la rendre en pêche récréative avec quotas pour continuer notre étude de la faisabilité de la rouvrir peut-être un petit peu plus large graduellement », propose-t-il.

Il cite notamment l’expérience de la population du sud du golfe du Saint-Laurent. Après avoir frôlé l’extinction dans les années 1990, celle-ci s’est suffisamment rétablie pour permettre le retour d’une pêche récréative limitée en 2013. La situation biologique et juridique de cette population demeure toutefois différente de celle réintroduite dans le fleuve.

« Il faut rebalancer »

Au-delà du bar rayé, Hardy estime que le dossier expose un problème plus large dans la manière dont Ottawa produit et utilise ses connaissances scientifiques.

Il réclame une collaboration accrue entre chercheurs, gouvernements provinciaux et personnes qui travaillent quotidiennement sur l’eau. « Moi, j’aimerais qu’on reconnecte le monde du terrain avec la science qui est dans un bureau », affirme-t-il. Selon lui, pêcheurs et scientifiques devraient avoir davantage l’occasion de confronter leurs observations autour de la même table.

Après sa rencontre avec Julie Dabrusin, Gabriel Hardy dit avoir été invité à transmettre de nouveau les informations et échanges accumulés dans le dossier. Il espère maintenant voir le processus avancer « rapidement ». À défaut, le député affirme être disposé à rendre publics certains des échanges effectués avec Ottawa.

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