Les trois ressources d’hébergement Humanis, Humania et le Hâvre de Paix sont sous administration provisoire depuis le 1er juin à Baie-Comeau, une intervention contestée devant la Cour supérieure par leurs propriétaires, Annie Audet et Éric Berthelot.
La mesure touche Humanis, Humania et le Hâvre de Paix, trois ressources intermédiaires totalisant 52 places d’hébergement à Baie-Comeau.
Concrètement, depuis le 1er juin, le CISSS de la Côte-Nord* assume la gestion clinique, administrative et des ressources humaines des trois ressources.
Annie Audet et Éric Berthelot demeurent propriétaires et conservent les responsabilités qui ne sont pas visées par l’administration provisoire, notamment la gouvernance financière.
Les résidences ne sont donc pas fermées. Santé Québec Côte-Nord (SQCN) affirme que les résidents peuvent demeurer dans leur milieu de vie et que les services sont maintenus.
SQCN explique que cette mesure a été instaurée après la constatation « d’éléments préoccupants », afin d’assurer la sécurité et le bien-être des usagers ainsi que la continuité des services.
Ils n’ont toutefois pas précisé publiquement la nature de ces éléments.

Des préoccupations dès 2025
Les documents judiciaires, consultés par le Journal au palais de justice de Baie-Comeau, permettent de remonter au 16 octobre 2025, lorsque Mme Audet et M. Berthelot disent avoir été informés qu’une enquête administrative était en cours.
Des échanges et des rencontres avec le CISSS de la Côte-Nord ont suivi.
Le 22 décembre, les propriétaires ont signé des engagements qui limitaient leur rôle dans les ressources.
Selon les procédures judiciaires, Mme Audet ne pouvait notamment plus avoir de contacts avec les résidents et leurs proches ni intervenir dans les décisions cliniques et clinico-administratives.
Des restrictions touchaient également les interactions de M. Berthelot avec les résidents, le personnel et le CISSS.
Les documents judiciaires ne permettent toutefois pas d’établir les faits précis ayant mené à chacune de ces restrictions.
Dans leur recours, Mme Audet et M. Berthelot soutiennent avoir respecté les engagements pris en décembre. Le 1er juin, le CISSS de la Côte-Nord a néanmoins placé les trois ressources sous administration provisoire.
SQCN confirme que des plaintes et des signalements avaient été reçus et qu’une enquête administrative avait été menée.
L’organisation refuse toutefois de dévoiler le contenu détaillé de ces plaintes et signalements ou les éléments particuliers recueillis au cours de ses vérifications, invoquant notamment ses obligations de confidentialité.
Contacté par le Journal, M. Berthelot a indiqué qu’il ne souhaitait pas commenter davantage la situation, puisque le dossier est judiciarisé.

Les propriétaires contestent
Mme Audet et M. Berthelot demandent à la Cour supérieure d’annuler la décision de placer leurs ressources sous administration provisoire ainsi que les engagements signés en décembre 2025.
Dans leur demande en contrôle judiciaire, ils reprochent notamment au CISSS de la Côte-Nord de ne pas leur avoir suffisamment fait connaître les reproches formulés à leur endroit ni permis de présenter pleinement leur version avant d’intervenir.
Ils soutiennent également avoir signé les engagements de décembre sous la menace de voir leurs ententes résiliées et affirment avoir respecté les conditions qui leur avaient été imposées.
Il s’agit des prétentions formulées par les propriétaires dans leur recours. Elles n’ont pas été tranchées sur le fond par le tribunal.
Le plumitif civil confirme qu’une demande introductive d’instance et les déclarations sous serment de Mme Audet et de M. Berthelot ont été déposées le 30 juin. Après plusieurs remises, le dossier doit revenir devant la Cour supérieure le 26 octobre à Baie-Comeau.
Sept anciennes employées
Le Journal a recueilli séparément les témoignages de sept anciennes employées, à visage couvert, ayant travaillé dans les ressources à différentes périodes.
Toutefois, pour l’instant, leurs récits et doléances ne permettent pas d’établir que les situations qu’elles rapportent font partie des motifs ayant directement conduit à l’administration provisoire.
Santé Québec ne commente pas
Le Journal a soumis à SQCN les principales préoccupations rapportées par les anciennes employées.
L’organisation n’a pas souhaité commenter davantage ces témoignages.
Santé Québec Côte-Nord indique par ailleurs avoir réalisé, depuis le 1er juin, différentes évaluations et mesures de suivi afin de déterminer les ajustements requis et d’apporter les correctifs nécessaires.
Le Journal a déposé des demandes d’accès à l’information afin d’obtenir les documents entourant les interventions effectuées dans les trois ressources.
* Depuis le 15 juin 2026, le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Côte-Nord porte le nom de Santé Québec Côte-Nord. Dans ce texte, l’appellation CISSS de la Côte-Nord est conservée lorsqu’elle réfère à des événements ou à des documents antérieurs à ce changement de nom.
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