Deux tentes, un toit de fortune sur Arnaud

Par Léo Langlois 10:45 AM - 16 septembre 2026
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Les deux tentes et leurs installations près de la Caisse Desjardins. Photo Léo Langlois

Entre vêtements suspendus, nourriture récupérée et accès à une boîte électrique, deux personnes en situation d’itinérance ayant installé leurs tentes près de la Caisse Desjardins sur l’avenue Arnaud tentent de maintenir une certaine routine, dans un quotidien marqué par l’incertitude.

Quelques mégots de cigarette jonchent le sol devant les deux tentes. Une petite table fabriquée à la main est installée à proximité. Des vêtements sèchent à l’air libre, tandis qu’un panier d’épicerie Maxi, qui sert de mur d’intimité, traîne près du campement. Un petit entrepôt de bois complète l’installation visible depuis plus d’une semaine.

Il n’y a pas grand-chose, mais tout semble avoir sa place.

Les deux occupants, qui souhaitent rester anonymes expliquent avoir choisi cet endroit après avoir été invités, par la Ville et la police, à quitter leur précédent emplacement.

« On essaie juste de se débrouiller avec ce qu’on a. Ce n’est pas chez nous, mais pour l’instant, c’est notre endroit », raconte l’un des occupants. « La police et la Ville nous ont demandé de changer d’endroit. On ne voulait pas faire de problèmes, donc on a décidé de venir ici, puisqu’on est tranquille et qu’on ne pense pas se faire demander de quitter ici tout de suite », explique-t-il.

Le nouvel emplacement possède toutefois une caractéristique importante pour eux : une boîte électrique à laquelle ils peuvent avoir accès.

« L’électricité est vraiment importante, on peut faire charger nos téléphones, avoir du café grâce à notre cafetière et même par temps froids, avoir une chaufferette », dit l’homme.

Pour le moment, deux tentes leur servent de domicile.

Mais derrière cette installation précaire se trouve une réalité plus large, celle d’un réseau de services qui peine à suivre la hausse des besoins.

« On n’est pas au bout de nos peines »

Vivre dans une tente signifie également devoir trouver chaque jour de quoi manger. L’un des occupants peut compter sur l’aide de sa mère. Certains restaurants leur donnent également des surplus d’inventaires plutôt que de les jeter. Lorsque ces solutions ne suffisent pas, la quête devient une option.

« Je dois dire que les commerçants sont gentils et généreux. Par contre, quand ils n’ont rien, on doit se retourner vers d’autres solutions, comme la quête ou fouiller dans les déchets », dit l’un des occupants du campement.

Cette débrouille est devenue une partie du quotidien.

« Quand tu n’as pas de logement, tu penses beaucoup à des affaires que tu ne pensais jamais devoir penser. Où dormir, où manger, où aller demain. »

L’intérieur d’une des tentes l’occupant utilise un réchaud qui peut être dangereux pour des incendies. Photo Léo Langlois

Le Rond-Point s’inquiète aussi de la période hivernale qui approche. L’organisme travaille notamment à mettre en place des haltes-chaleur pour permettre aux personnes sans domicile de se protéger du froid.

« Le but, c’est vraiment de prévenir des décès. »

Le poids des regards

Au-delà du manque de logement et de ressources, vivre dans une tente signifie aussi devoir composer avec le regard des autres.

L’un des occupants ne décrit pas les passants comme méprisants. Certains regards demeurent toutefois difficiles à encaisser.

« Les gens ne sont pas forcément méprisants. Mais quand tu vois quelqu’un te regarder comme si t’étais pas à ta place, ça fait mal à l’ego. »

Dans cet espace improvisé, chaque geste du quotidien devient visible : faire sécher ses vêtements, préparer de la nourriture ou simplement s’asseoir devant sa tente.

« Quand t’as pas de logement, tu penses beaucoup à des affaires que tu ne pensais jamais devoir penser. Où dormir, où manger, où aller demain. »

Quitter la tente

L’un des deux occupants ne souhaite pas rester dans cette situation. Il attend le premier jour du prochain mois pour tenter de trouver un nouveau logement.

« Je veux juste pouvoir me trouver un appartement. Mais les loyers sont rendus tellement chers que c’est difficile. Le gouvernement devrait faire plus pour contrôler les prix. » Dit-il, « Sinon, je vais retourner chez ma mère et commencer une thérapie. »

Il admet aussi être en proie à une dépendance aux jeux, ce qui complique ses efforts.

Pour le Rond-Point, la crise du logement demeure directement liée à la hausse de l’itinérance.

Dans l’immédiat, les deux tentes de la rue Arnaud restent leur toit.

« J’espère que le mois prochain, je vais pouvoir commencer à chercher quelque chose et ne plus avoir besoin de cette tente trouée. »

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