Des synthétiseurs, des sonorités inspirées des jeux vidéo et même une harpe laser : Ping Pong Go ne fait pas vraiment dans la musique instrumentale traditionnelle. Le duo formé de Vincent Gagnon et Pierre-Emmanuel “P.E.” Beaudoin sera de passage sur la Côte-Nord avec les Lunatiques, une occasion de présenter au public leur univers qu’ils décrivent comme du “gamer jazz”.
Le projet, qui passera par Sept-Îles le 18 septembre et à Baie-Comeau le 19, est né pendant la pandémie, alors que les deux musiciens, habitués à accompagner d’autres artistes, comme Ariane Roy, Lou-Adrianne Cassidy ou Hubert Lenoir, ont enfin eu le temps de concrétiser une idée qui leur trottait dans la tête depuis longtemps.
« Ça faisait longtemps que Vincent et moi on voulait faire un projet instrumental ensemble. Puis là, vu qu’il fallait se mettre en quarantaine, on a décidé de faire la quarantaine chez Vincent », raconte P.E. Beaudoin.
Avec des claviers, une batterie et du matériel d’enregistrement trouvé auprès d’amis, les deux musiciens ont commencé à travailler sur leur premier album : Ping Pong Go.
Une musique pour jouer
Loin des contraintes de l’accompagnement, Ping Pong Go leur permet de laisser davantage de place à l’expérimentation. Le duo mélange notamment jazz, rock progressif, pop, influences punk et sonorités de synthétiseurs des années 1980 et 1990.
« Quand tu écoutes une pièce chantée, 80 % du temps, ce sur quoi l’attention doit être, c’est la voix. Tandis que là, on peut s’amuser à envoyer l’attention de l’auditeur d’un instrument à l’autre », explique Vincent Gagnon.
Le groupe voulait également éviter de créer une musique instrumentale qui servirait uniquement d’ambiance.
« On aime beaucoup les belles mélodies et les beaux rythmes. C’était vraiment important qu’on ait des pièces instrumentales, mais aussi avec des mélodies accrocheuses », poursuit-il.
Cette approche se reflète dans leur façon de composer. Plusieurs pièces sont nées d’improvisations et d’expérimentations avec des sampler. Les musiciens ont notamment enregistré leurs propres voix, ainsi que celles de collaborateurs comme Lou-Adrianne Cassidy et Ariane Roy, pour créer de nouveaux sons avec les synthétiseurs.
« De pouvoir faire des pièces de virtuosité, mais avec des sons complètement wack », résume Gagnon.
Le côté ludique ne disparaît toutefois pas au moment de finaliser les morceaux. Une fois les idées trouvées, le duo resserre les arrangements et porte une attention particulière au groove et à la qualité sonore.
Une harpe laser sur scène
L’expérimentation se poursuit sur scène avec un instrument pour le moins inhabituel : une harpe laser.
Composée de 13 faisceaux lumineux reliés à un synthétiseur, elle permet à Vincent Gagnon de jouer différentes notes en passant sa main dans les lasers. Le musicien porte des lunettes de protection et des gants blancs lorsqu’il l’utilise.

L’instrument, qui avait notamment été popularisé par Jean-Michel Jarre, a été retrouvé par le groupe dans une église du Tennessee.
« Ça crée un mode rétrofuturiste. C’est la cerise sur le sundae », dit Gagnon.
L’objet contribue aussi à rendre le spectacle accessible à ceux qui ne connaissent pas nécessairement la musique du groupe.
« Le monde ne croit pas que c’est un vrai instrument. Ils pensent que c’est juste une chorégraphie sur des lasers », raconte-t-il.
À la rencontre du public nord-côtier
La tournée avec les Lunatiques est née après une vitrine présentée au ROSEQ, où des diffuseurs ont eu un coup de cœur pour les deux formations.
Même s’il s’agit d’une première tournée de Ping Pong Go avec ce projet sur la Côte-Nord, les deux musiciens connaissent déjà bien la région pour y avoir accompagné d’autres artistes.
Pour P.E. Beaudoin, les passages en région représentent surtout une occasion de rejoindre des spectateurs qui découvrent le groupe pour la première fois.
« Si on joue devant 30 personnes, on va jouer comme si on jouait devant 500. On va donner tout ce qu’on a », assure-t-il.
Le duo mise sur cette énergie pour développer son public à l’extérieur des grands centres.
« Il faut commencer quelque part », ajoute Beaudoin.
Et les réactions des nouveaux spectacles semblent lui donner raison. Après les spectacles, le groupe entend souvent que sa musique est à la fois accessible et surprenante.
Une place pour la musique instrumentale
Ping Pong Go fait également partie des premières signatures de Popop Records, un label montréalais qui cherche à mettre de l’avant la musique instrumentale qui sort des catégories plus traditionnelles.
Le lien entre le duo et le label s’est créé naturellement. Vincent Gagnon et P.E. Beaudoin connaissaient déjà Éric Harvey et Fred Poulin, les fondateurs de la maison de disques, grâce à différents projets musicaux. À la sortie de la pandémie, Gagnon a présenté Ping Pong Go à Harvey, alors que ce dernier travaillait à mettre sur pied Popop.

Le premier extrait du duo lancé par le label a été Corvette.
Pour Éric Harvey, l’objectif de Popop Records est notamment de créer un espace pour des projets instrumentaux qui ne trouvent pas nécessairement leur place dans les circuits traditionnels.
« On réalisait qu’il y avait beaucoup d’artistes au Québec avec des projets talentueux dans la musique instrumentale, mais qui manquaient peut-être d’une direction claire ou se retrouvait dans des bassins d’artistes plus traditionnels », explique Éric Harvey.
Pour Gagnon, l’existence d’un label qui mise sur différentes formes de musique instrumentale témoigne d’un intérêt grandissant pour ce type de projet.
« Il y a un renouveau et un engouement envers la musique instrumentale de toutes sortes », estime-t-il.
Le label cherche également à créer des ponts entre ses différents artistes afin d’amener les auditeurs à découvrir plusieurs projets plutôt qu’un seul.
« Avoir un label clair qui fait la promotion de la musique instrumentale d’une manière différente devient une source de découverte. On veut que si quelqu’un écoute Patche, il aille écouter Ping Pong Go par la suite », ajoute Éric Harvey.
Cette démarche comporte toutefois son lot de défis, notamment parce que la musique instrumentale repose moins sur les revenus traditionnels associés à la chanson.
« La rentabilité de la musique instrumentale est un défi constant. Ce n’est pas uniquement en streaming qu’on y arrive ; c’est pourquoi on développe des partenariats avec des compagnies de jeux vidéo, de cinéma et de télévision », conclut-il
Avec leur passage sur la Côte-Nord, les deux musiciens espèrent maintenant transformer quelques curieux en nouveaux adeptes.
« C’est du fun, du pur fun », résume simplement Gagnon.
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