Qui respecte encore les règles ?

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Par Manuel Paradis 5:35 AM - 9 septembre 2026 Initiative de journalisme local
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Une allée d'épicerie. Crédit photo : iStock

Ma collègue Nadia écrivait dans les derniers jours à propos de Radar Sauvage, un drôle d’énergumène qui s’amuse à faire des vidéos d’automobilistes qui dépassent (parfois largement) les limites de vitesse. Petite incartade s’il en est une, mais qui m’amène à me demander réellement : qui respecte encore les règles ?

On apprenait dans les derniers jours que la FTC, la « Federal Trade Commission », une organisation gouvernementale américaine équivalente au Bureau de la concurrence du Canada, poursuit Amazon aux États-Unis pour pratique frauduleuse.

Essentiellement, la poursuite explique que la célèbre compagnie a triché dans les enchères qu’elle coordonne pour vendre des espaces publicitaires aux commerçants qui souhaitent transiger sur la plateforme.

La version simple : Amazon participait en secret à ses propres enchères pour gonfler les prix. Pas chic.  

Est-ce qu’on s’attend à mieux des GAFAM, qui depuis plus de 15 ans, volent les données de leurs utilisateurs, contribuent à influencer des élections et admettent maintenant leurs responsabilités quant aux problèmes de santé mentale de leurs utilisateurs ? Probablement pas.

Sauf que ce qu’on réalise, c’est que ces grandes entreprises trichent, mentent et enfreignent la loi. Et puisqu’elles sont dirigées par les gens les plus riches et les plus douées de la planète, difficile d’imaginer que ce sont des erreurs ou des maladresses.

Rapprochons-nous un peu. Récemment, Le Journal de Montréal racontait les mésaventures d’une famille bloquée au Mexique à cause de la grève des agents de bord de West Jet. Ce qui me frappe dans cet article n’est pas la triste histoire des membres de cette famille laissée à elle-même dans un tout inclus qui ne veut plus d’elle. C’est plutôt la petite section au bas de l’article qui s’intitule « vos droits en bref ». On y apprend que la compagnie aérienne est dans l’obligation de rembourser l’hôtel, les frais de restaurant et le vol de retour pour tout vol annulé durant ou pendant la grève. D’autres conseils sont livrés dans ce petit encadré, mais celui qui me percute est le suivant : « Ne vous arrêtez pas au premier refus ». Autrement dit, il semble entendu que la compagnie tentera de se défiler de ses obligations légales.

C’est quand même quelque chose quand on y pense. Les pauvres employés qui répondent par téléphone au client n’ont certainement pas décidé conjointement de tenter de défier la loi canadienne et de flouer les clients. Nécessairement, il s’agit de pratiques codifiées dans des façons de faire dont l’objectif est de minimiser les pertes, quitte à enfreindre les règles. Et la victime de cette entaille aux règlements ? Le client. 

Rapprochons-nous encore plus. Boulevard Laure, Sept-Îles.

Avertissement : je vais parler ici de mon expérience personnelle. Et je pourrais certainement dire la même chose, peu importe où je me trouverais au Québec.

Dans les trois dernières années, je l’avoue, je suis allé à l’épicerie. Souvent. Probablement chaque semaine. Pire, je suis polygame alimentaire. Je les fréquente tous, peu importe la bannière. J’essaie de suivre les soldes, et parfois j’en vois trois différentes par semaine.

Je suis peut-être malchanceux, mais j’ai observé une constante, peu importe qu’elle soit super, au max ou autre : lorsqu’un item « scanne » au mauvais prix, que je le fais savoir au ou à la caissier/ère, systématiquement, on me propose d’ajuster celui-ci en s’excusant de l’erreur.

Le problème ?

C’est que dans une épicerie, si un item est « scanné » à la caisse à un prix plus élevé que celui qui est affiché dans les allées, le commerçant est dans l’obligation de vous le remettre gratuitement s’il est d’une valeur de moins de 15 $, ou d’appliquer un rabais de 15 $ si celui-ci est plus dispendieux.

Et ici aussi, prétendre l’ignorance du règlement ou d’en détourner le sens est bien futile : à chaque caisse, une affiche résume très exactement ce que je viens de voir dire (voir photo en preuve).

Encore une fois, je suis peut-être malchanceux. Mais chaque fois que ça m’arrive, je dois m’obstiner pour obtenir mon jus de banane ou mon paquet de Singles Kraft gratuitement. Et je doute fort que ce soient les employés ou les gestionnaires qui, de leur propre chef, décident de ne pas respecter le règlement.

Je pense plutôt que c’est encore une fois le même problème : une entreprise qui tente de ne pas respecter les règles, en se justifiant probablement à l’autel de la toute puissante maximisation des profits.

Donc, je vous le redemande : qui respecte encore les règles ?

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