Vents et marées : les résidents sur la corde raide
Marie Émélie Morel, 92 ans, est résidente à Vents et marées depuis deux ans. Photo Nadia Dorval
Le 3 septembre, midi. Nous sommes un peu plus de 24 heures après l’annonce du report de l’audience devant le Tribunal administratif du logement (TAL). La trentaine d’aînés résidents à Vents et marées sont réunis dans la cafétéria du bâtiment. Ils écoutent attentivement des proches leur expliquer les prochaines étapes à venir pour la paperasse entourant le renouvellement de leurs baux et la suite du processus judiciaire. L’anxiété et l’incompréhension sont palpables.
« On a l’impression qu’on est absolument délaissés. Tout est négligé, il n’y a plus rien. On a l’impression qu’ils [l’administration de la résidence] veulent nous éliminer, c’est le mot. Au moins, nous bousculer », martèle Marie Émélie Morel, 92 ans, résidente depuis deux ans de Vents et marées.
Les résidents vont une fois de plus devoir attendre avant d’être fixés quant au maintien ou non du service de repas dans leurs baux. Déception, colère, incompréhension et anxiété font partie de la gamme d’émotions qu’ils vivent depuis le 8 janvier, date à laquelle ils ont appris le retrait du service de repas.
Mme Émélie Morel déplore le manque de présence et de transparence de l’administration Codelo dans ses communications avec les résidents.
« Ça fait qu’on vient qu’on ne sait plus sur quel pied danser. (…) C’est absolument un grand manque de respect pour les personnes âgées. On s’aperçoit que ça se dégrade vraiment le moral », dit Marie Émélie Morel.
Cette dernière explique que les résidents espéraient que le 2 septembre, ils connaîtraient enfin la fin de l’histoire.
« Mais là, c’est encore en attente. On attend. Puis là, aller ailleurs, il n’y a pas de place, il n’y a rien », dit la résidente.
Le fait de ne pas savoir ce qu’il adviendra du service de repas pour encore plusieurs semaines lui donne l’impression d’être sur les freins, de ne pas savoir où elle se retrouvera. Celle qui espérait que le service de repas reprendrait définitivement à Vents et marées explique que d’avoir une résidence de la sorte est un réel besoin à Sept-Îles.
Pour elle et pour plusieurs, soutient-elle, c’est un intermédiaire avant le CHSLD ou une RPA, qui accueille plus de gens. Vents et marée est plus intime, avec une capacité d’une quarantaine de résidents. Ce que Mme Émélie Morel aimerait, c’est de pouvoir rester et que les services de repas reviennent comme avant.
« À 92 ans, je n’ai pas envie de déménager, de changer de milieu, de recommencer. J’ai été 63 ans dans la même maison. Puis tu ne laisses pas ça par caprice. Je ne suis pas venue par caprice. Je suis venue parce que j’avais été malade, puis ma maison c’était trop », souffle-t-elle.
Peur de se faire mettre à la porte
En plus de craindre la perte définitive du service de cuisine, les résidents vivent dans la peur de se faire mettre à la porte. Le manque de communication et les menaces de fermeture de la résidence de la part de l’administration Codelo, advenant le fait que le service de cuisine soit maintenu, ont généré de l’insécurité auprès des résidents depuis les derniers mois. Plusieurs peinent à dormir.
« À notre âge, ça ne prend pas grand-chose pour nous déstabiliser. On est sur la corde raide », dit Marie Émélie Morel.
Nicole Vibert est locataire à Vents et marées depuis neuf mois. Elle vit très mal la situation.
« J’ai peur, parce qu’ils sont hypocrites. On dirait qu’ils gigotent juste par en dessous », dit Mme Vibert.

Rose Alice Côté, elle aussi résidente de Vents et marées, déplore le manque de considération envers les aînés.
« On ne sait pas sur quoi vivre. On est là, mais en attendant, en attendant quoi ? Ce n’est pas drôle de jouer avec les nerfs des gens âgés comme ça. Je n’en reviens pas. Qu’ils nous le disent directement qu’ils ne veulent plus nous voir la face », dit Mme Côté. « J’ai travaillé toute ma vie. J’ai payé des taxes, j’ai aidé la ville à se développer et c’est le remerciement qu’on a. C’est terrible », dit-elle.
Difficile aussi pour les proches aidants
Depuis l’annonce du retrait du service de repas au mois de janvier, de nombreux proches aidants se sont mobilisés pour empêcher le retrait du service. Plusieurs ont multiplié les visites pour s’assurer que leurs proches se portent bien.

Pour Sendra Hamilton et Stéphane Ringuette, deux proches aidants d’un aîné à la résidence Vents et marées, la situation actuelle est une source d’inquiétude et de frustration.
« Je travaille 50 heures par semaine. En plus, tous les jours, je viens voir papa, je l’aide, je fais ses commissions », explique Mme Hamilton. « Lui, il a un stress énorme et il nous demande toujours s’il va pouvoir manger. Ça affecte beaucoup les ainés qui sont ici, mais ça affecte aussi le moral des proches. »
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