L’environnement s’invite dans la campagne électorale dans Duplessis
La rivière Moisie. Photo courtoisie
À n’en point douter, l’économie sera un des grands thèmes de la campagne électorale qui débute. Qu’en est-il de la place qui sera dévolue aux enjeux environnementaux, s’inquiètent les représentants des organisations qui œuvrent en environnement sur la Côte-Nord.
Marc Normand, directeur général de la Corporation de protection de l’Environnement de Sept-Îles, suivra de près la campagne.
« Dans le contexte actuel, où les paliers gouvernementaux se déresponsabilisent au niveau environnemental et où la charge revient aux citoyens, entreprises et organismes comme le nôtre, on pense que l’environnement doit avoir une place centrale dans la campagne ».
La CPESI est prête à soutenir les entreprises dans leur transition écologique, mais il faudra des moyens, et ce, plus tôt que tard.

« Tout ce qui touche les enjeux environnementaux, il semble plus facile de pelleter par en avant parce qu’on parle d’impacts à moyens et longs termes, mais il faut faire de la prévention, travailler en amont. Ce serait bien de savoir quelles sont les priorités de nos candidats. »
Le recul, notable au niveau fédéral, ne passe pas inaperçu, mais un élu provincial a tout de même une certaine latitude pour agir. « Les aires protégées, la gestion des matières résiduelles, la sensibilisation, l’accompagnement des entreprises, ce sont des choses, au niveau provincial, qui méritent qu’on s’y attarde et on s’attend à ce qu’un ou une future députée se positionne », indique-t-il.
Il faut cesser d’opposer environnement et économie, avance M. Normand. « Ce n’est pas incompatible », insiste-t-il.
André Michel, biologiste pour le conseil de la nation innue de Uashat mak Mani-utenam (ITUM), a hâte d’entendre les candidats aux élections provinciales se prononcer sur les enjeux environnementaux.
« J’espère que les partis politiques vont s’engager à protéger l’environnement, mais j’ai des doutes. Au Québec, les forestières sont pas mal mieux protégées que les forêts… »
Il craint que, dans le contexte qui prévaut, l’économie prime encore une fois sur l’environnement.

« On ressent vraiment un recul. Là, les évaluations environnementales des grands projets sont confiées exclusivement au Québec, sauf exception, et selon moi, il y a un risque. J’aime faire l’analogie avec la double paroi des réservoirs à essence. Si la première est percée, la deuxième protège… »
Les ressources naturelles du territoire ne devraient pas être vues exclusivement comme une source de retombées économiques, mais comme une richesse naturelle à préserver pour les générations futures.
« J’aimerais que l’environnement prenne une vraie place dans la campagne. Qu’est-ce qui se passe avec le caribou ? Avec les projets d’aires protégées ? Nous, on a soumis deux projets qu’on a autodéclarés aires protégées, mais ce serait vraiment bien que les futurs élus les priorisent. On veut les entendre là-dessus. »
Sébastien Caron, directeur général d’Environnement Côte-Nord, attend des candidats de la circonscription de Duplessis qu’ils aient la « conscience de l’urgence d’agir dans certains dossiers environnementaux ».
« Malgré une performance moyenne du parti au pouvoir, il y a quand même eu beaucoup d’investissement dans les dernières années. C’est plus d’un milliard qui a été investi pour les Plans Climat. C’est un bel effort sur ce dossier précis, mais je m’attends à ce qu’on ait la même vision au niveau de la protection de la biodiversité, ce qui n’est pas le cas. ll faut que les dossiers comme celui du caribou avancent. »
Caron est conscient que la place de certains enjeux, économiques principalement, sera « énorme », mais y voit une occasion de réfléchir aux façons de faire.
« Les échanges changent au niveau du flux de matière. On exporte plus vers l’Asie, l’Europe, il y a des coûts environnementaux. Est-ce que ça peut amener des gains positifs ? »
Il faudra avoir les énergies fossiles dans la mire. « La donne politique a changé beaucoup. On dirait que je crois plus ou moins à l’analyse des politiciens par rapport aux grands projets. Tout ce qui est lié aux hydrocarbures, aux énergies fossiles, on dirait que ce sont des projets d’une autre époque. Espérons qu’ils vont rester dans les cartons… »
Le Québec, estime-t-il, a la chance d’avoir « un panier énergétique diversifié en énergies propres et renouvelables », mais le travail n’est pas terminé et la place dévolue à l’environnement dans la prochaine campagne devra être « extrêmement importante ».
« On est dans une région où il y a énormément de ressources renouvelables. Il faut être capable de pratiquer des activités économiques en utilisant les bénéfices de ces ressources-là, en ayant une vision à long terme et, surtout, que ces activités économiques permettent de répondre aux enjeux locaux. »
Le Regroupement des Conseils régionaux en environnement participe à la campagne Vire au vert. « C’est une campagne que les grands groupes environnementaux utilisent pour passer des messages à tous les niveaux d’élections : municipal, provincial, fédéral. On parle d’une même voix. »
Aurélie Le Hénaff, directrice générale de l’Organisme de bassin versant Duplessis, compte sur le Réseau pour porter la voix de son organisation.
« On est 40 au Québec et on a un réseau qui fait davantage de représentation politique que nous. Nos attentes sont élevées, mais sont assez simples : qu’on nous donne les moyens de remplir nos mandats ! »

L’OBV est mandataire pour le ministère de l’Environnement, de la Lutte aux changements climatiques, de la Faune et des Pars.
« Notre mandat a évolué, notre expertise s’est développée, mais notre enveloppe au fonctionnement est la même depuis 2018. »
Plus largement, elle estime que la crise économique ne doit pas occulter une crise tout aussi importante, sinon plus, celle des changements climatiques.
« Tout est lié. Les inondations, les sécheresses, ce sont des enjeux qui vont coûter très cher si on ne les prend pas en compte rapidement. »
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