Guerre commerciale : une leçon pour Sept-Îles
Vue sur la baie et la ville de Sept-Îles. Photo Port de Sept-Îles
Les nouveaux tarifs américains impacteront peu les entreprises d’ici et la guerre tarifaire aura des impacts sur le niveau des prix de l’énergie et de l’alimentation avant de provoquer des pertes d’emploi dans la région. On peut par contre prendre acte de cette situation inédite et en tirer des apprentissages. Et surtout, saisir l’occasion pour tenter une fois pour toutes de faire du vœu pieux de la diversification économique une réalité.
Revenons 15 ans en arrière. Le président Obama est au pouvoir aux États-Unis. La relation avec notre voisin du sud n’est pas parfaite. Toutefois, les échanges sont cordiaux et la bonne foi est présente dans les négociations. Surtout, les objectifs de nos deux pays sont communs, dans une perspective de développement économique mutuelle. Approximativement 75 % des exportations canadiennes se font en direction des États-Unis. Rien n’indique que cette situation est problématique, compte tenu des ententes en place et de la nature de notre rapport avec notre allié.
Quinze ans plus tard, en 2026, et contre toute attente, nous nous retrouvons dans une guerre commerciale avec le pays qui était jusqu’à récemment notre plus proche allié. Le président Trump menace ouvertement de faire de nous le 51e état américain.
Avant l’entrée du 47e président à la Maison-Blanche au début de l’année 2025, c’est toujours approximativement 75 % des exportations canadiennes qui partent en direction des États-Unis.
Les bénéfices de la diversification
Votre conseiller financier, ou vos lectures sur la finance personnelle vous auront certainement déjà amené à considérer l’idée de la diversification. Essentiellement, il s’agit simplement de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
Concrètement, dans le cas de votre épargne, élaborer un portefeuille diversifié signifie répartir ses avoirs dans plusieurs types d’actifs financiers différents (secteurs, industries, géographie, niveau de risque, etc.). L’objectif de cette approche est de diminuer l’exposition au risque que chaque actif individuellement peut comporter et ainsi réduire les effets des fluctuations de chacun de ses actifs sur votre avoir total.
Ce principe s’applique aussi en affaire. Pour un entrepreneur, il vaut mieux avoir plusieurs clients qu’un seul ! En effet, les entreprises qui font affaire avec un seul client s’exposent à un niveau risque élever. Elles dépendent de la performance et de la saine gestion d’une seule entreprise, et sont donc à la merci des décisions et de l’environnement de celle-ci.
On peut faire la même analogie auprès des fournisseurs. Dépendre d’un seul fournisseur dans son processus de production expose l’entrepreneur à un niveau de risque élevé, pour les mêmes raisons. Le même principe s’applique encore lorsqu’on réfléchit aux catégories de client. Pour une entreprise, avoir l’ensemble de ses clients dans un secteur, qu’il soit industriel ou géographique, représente un niveau de risque élevé.
Au Canada, on le savait sans réellement y croire. Faire affaire principalement avec les États-Unis représentait un risque réel. Mais on estimait que l’idée d’une détérioration des relations avec notre allié était tellement saugrenue qu’on pouvait, pour une fois, faire fi des principes de bases de diversification.
Et aujourd’hui, au moment d’écrire ces lignes, nous sommes ouvertement en guerre commerciale avec les États-Unis, tandis ce que le premier ministre Carney parcourt la planète à la recherche de nouveaux partenaires commerciaux.
La leçon
Il y a une leçon à tirer pour une région comme la Côte-Nord, et pour une ville comme Sept-Îles.
Le développement de notre région se fait principalement par l’industrie lourde (aluminium, fer) et à travers le potentiel immense que représente la fosse du Labrador. Et c’est en partie une bonne chose ! Nous devons exploiter nos richesses et nos avantages comparatifs. La proximité avec la ressource et la présence d’infrastructures, comme le Port de Sept-Îles et la Société ferroviaire et portuaire de Pointe-Noire, sont des atouts d’envergure mondiale pour notre ville, et la collectivité doit extraire le maximum de ces avantages.
Cependant, les bouleversements mondiaux devraient nous amener à réfléchir. En faisons-nous assez pour nous prémunir contre le risque d’une trop grande concentration de nos activités dans le secteur minier et de l’aluminium ?
J’aime prendre l’exemple du téléphone intelligent pour illustrer mon propos. Si on revient 25 ans en arrière, ce magnifique objet n’existait pas. Bien habile celui qui aurait pu prédire, en 2001, que la ligne fixe serait un vestige du passé 25 ans plus tard, et que pratiquement chaque Québécois aurait dans sa poche un moyen de communication à la fine pointe de la technologie qui permet non seulement de faire des appels, mais de communiquer par courriel, de s’orienter via un GPS, et que ces fonctions ne seraient que la pointe de l’iceberg des capacités de ce petit objet.
Le fer et l’aluminium ne sont pas à l’abri d’innovations qui pourraient, plus rapidement qu’on le pense, en diminuer drastiquement l’utilité.
La situation mondiale actuelle, les chocs géopolitiques, climatiques et technologiques dont nous sommes témoins présentement devraient finir de nous convaincre. Toute en préservant et en continuant d’améliorer notre avantage comparatif dans l’industrie lourde, la diversification de nos activités économiques régionales devrait être au centre des priorités de nos dirigeants.
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