Des Gardiens du territoire innus initiés à l’ADN environnemental
La rivière Moisie. Photo Lucas SANNITI, archives.
Un simple échantillon d’eau de rivière peut devenir une impressionnante mine d’informations lorsqu’on le soumet à une analyse ADN. Et des Gardiens du territoire de la nation innue de Uashat Mak Mani-utenam sont désormais formés pour effectuer l’échantillonnage de manière adéquate grâce à Génome Québec.
Noémie Poirier Stewart est conseillère en éducation et vulgarisation à Génome Québec. C’est elle qui a transmis à une dizaine de personnes de la communauté d’Uashat Mak Mani-utenam, dont plusieurs gardiens du territoire, les principes de base pour une cueillette d’échantillon optimale.
« Tous les organismes vivant dans l’eau ou autour de l’eau vont perdre des cellules -peau, urine, fèces, sang… — ce qui va laisser du matériel génétique dans l’eau. L’ADN va rester un certain temps alors quand on récolte de l’eau, on peut recueillir ces informations », explique Mme Poirier Stewart.
Celles-ci pourront servir à divers usages, notamment la détection et le suivi des espèces envahissantes (parasites, algues, espèces floristiques ou animales…).
« Pour le moment, la technique que nous utilisons donne un portrait global, mais l’étape suivante, la PCR quantitative, permet d’aller davantage dans le détail et d’éventuellement, mettre des choses en place », ajoute -t-elle.
La formation récemment offerte à Sept-Îles est celle mise en place par Génome Québec pour son projet ADN-Eau.

« Le but de la formation était de maîtriser la technique, de se l’approprier, de l’imaginer dans d’autres projets afin que ce soit un outil qu’ils pourront intégrer dans leurs démarches pour étudier telle rivière, telle espèce de poisson, même les caribous », explique Mme Poirier Stewart.
La formation a été appréciée. « C’était une super belle journée ! On a fait de l’échantillonnage sur deux sites de la rivière Moisie, les gens étaient contents, curieux, ils ont posé des questions, ont demandé d’autres trousses pour refaire de l’échantillonnage », se réjouit-elle.
Génome Québec, l’antenne québécoise de Génome Canada est un OBNL qui fait du financement et de la recherche en génomique. L’organisation finance non seulement des recherches en environnement, mais également en agronomie, en foresterie et en santé humaine.
« Mon travail est de tenter de faire des ponts entre la recherche qu’on finance et l’utilisation qu’on peut en faire concrètement », explique Mme Poirier Stewart.
Présentement, il faut compter environ 15 à 20 ans entre une découverte et son utilisation sur le terrain. « Je travaille à ce que le “gap” entre les innovations et les utilisations se réduise », résume-t-elle.
Mme Poirier Stewart a rencontré André Michel dans le cadre d’une activité de la Table sur l’ADN environnemental du Québec (TAQ),créé en 2025, « un guichet unique pour l’accès à des protocoles standardisés, des outils de formation, un réseautage collaboratif et un partage de connaissances entre les différents partis », selon la définition qu’en fait sa directrice Valérie Langlois (source : site web de la TAQ).
« On veut s’assurer qu’on utilise tous les mêmes méthodes pour partager les données et qu’elles puissent être comparables les unes aux autres », résume Noémie Poirier Stewart.
D’autres communautés autochtones participent également au projet ADN-EAU, dont des communautés Cris de l’est de la Baie-James et les Wolastoquey du Bas-Saint-Laurent.
« Présentement, on recueille tous les échantillons et on va les analyser avant de remettre les données aux communautés » explique Mme Poirier Stewart.
Les Gardiens du territoire ayant participé à la formation effectueront d’autres relevés de manière autonome dans les prochaines semaines. Les résultats des analyses devraient être connus en novembre. Ils pourront, si tel est le souhaite d’ITUM, être intégrés dans une base de données nationale.
« La génomique est très collaborative », conclut Noémie Poirier Stewart.
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