Sur le papier, la rentrée scolaire s’annonce bien à Sept-Îles. Du primaire au secondaire, les établissements rencontrés ont réussi à pourvoir leurs postes à l’approche du retour en classe. Une bonne nouvelle dans un réseau souvent marqué par la pénurie de personnel.
Mais une rentrée réussie ne signifie pas pour autant que tous les défis ont disparu. Entre le recrutement en cours d’année, les besoins grandissants des élèves et le manque de temps et de ressources, les intervenants rencontrés imaginent encore un réseau qui aurait les moyens de regarder plus loin.
À quoi ressemblerait donc une rentrée idéale à Sept-Îles ?
Une rentrée réussie, pour l’instant
Pour Marc-André Masse, directeur général du Centre de services scolaire du Fer, le fait d’avoir le personnel en place constitue déjà une partie importante d’une rentrée de rêve.
« On est en train de la vivre ! Tout le personnel en poste, les budgets bien alignés pour faire la réalisation de tous nos projets […] que nos élèves arrivent en forme, tout le monde est heureux, ce serait une rentrée de rêve », dit-il.
Le CSS du Fer arrive donc à la rentrée avec des équipes complètes et un climat de travail que son directeur décrit comme positif.
Cette situation demeure toutefois fragile. Le recrutement continue de représenter un défi dès qu’un poste se libère en cours d’année.
« Le recrutement fait toujours partie de nos défis. Pas pour l’instant, mais on a toujours des gens qui quittent en cours d’année. Ça devient des défis pour nous à recombler ces postes-là avec la pénurie qu’on vit dans le réseau. »
Même constat à l’école secondaire Jean-Du-Nord Manikoutai, où la nouvelle directrice Karina Deraspe se réjouit d’avoir réussi à pourvoir tous les postes avant la rentrée.
« J’ai atteint ma rentrée de rêve. On a travaillé très fort avec les ressources humaines, mais c’est complété. Je peux dire que c’est mission réussie. »
Le personnel en place, mais après ?
Pour la présidente du Syndicat des enseignants de la région du Fer, Monica Chiasson, le fait que les écoles puissent compter sur leurs équipes à la rentrée constitue une bonne nouvelle, mais ne devrait pas masquer les difficultés sur le terrain.
« Oui, c’est positif d’avoir les gens en poste au début de l’année. Mais il ne faut pas penser que, parce qu’on a réussi à remplir les postes en août, tous les problèmes sont réglés. La réalité, c’est qu’il suffit d’un départ pour que la pression retombe sur le reste de l’équipe. »
Elle estime que les difficultés liées au manque de personnel se font souvent sentir autrement que par une simple case vide dans une organisation scolaire.
« Quand il manque quelqu’un, ce n’est pas seulement une question de trouver un remplaçant. Il faut redistribuer les tâches, demander aux autres de s’adapter et parfois faire avec moins de services. À la longue, c’est ça qui contribue à alourdir la charge de travail. »

Selon elle, la rentrée idéale serait donc une rentrée où les équipes seraient non seulement complètes, mais également suffisamment nombreuses pour répondre à l’ensemble des besoins.
« Une école de rêve, ce serait une école où on n’est pas constamment en train de calculer ce qu’on peut faire avec les ressources qu’on a. On pourrait se demander : qu’est-ce qui serait le mieux pour les élèves ? »
Elle souhaiterait notamment voir davantage de ressources professionnelles et de temps accordé aux enseignants.
« On demande aux enseignants de répondre à des besoins de plus en plus variés. Il y a des difficultés d’apprentissage, les enjeux de violence de plus en plus grandissants, les besoins psychosociaux. Les enseignants font leur part, mais ils ne peuvent pas être tout à la fois. Il faut que les autres ressources soient là aussi. »
Le temps constitue également un enjeu, selon elle. Si les directions souhaitent davantage de collaboration entre les équipes, encore faut-il permettre aux enseignants de se rencontrer et de préparer ces projets.
« On parle beaucoup d’innover et de développer de nouveaux projets, mais ça prend du temps. Si chaque minute est déjà consacrée à répondre aux urgences du quotidien, il reste peu d’espace pour penser à l’école de demain. »
Tout commence au primaire
À l’école du Boisé, Marie-Josée Thibault voit elle aussi une rentrée idéale comme celle où les élèves peuvent recevoir les services dont ils ont besoin.
« La réussite, ce n’est pas seulement la réussite avec des notes, c’est aussi le fait d’aimer être à l’école, le fait que, dans notre école, on y a un lien d’appartenance tant pour le personnel que pour les élèves », explique-t-elle.
Mais pour aller plus loin, il faudrait également pouvoir développer de nouveaux projets. Si davantage de financement était disponible, la directrice aimerait notamment créer un programme particulier destiné aux élèves de sixième année.
« Qu’est ce qu’on peut trouver qui ferait qu’il y ait des jeunes qui aient envie de dire : “Moi, j’ai envie d’un projet spécial, du Boisé l’offre, je me lance là-dedans !”
Les besoins changent au secondaire
À Jean-du-Nord Manikoutai, le défi est différent. Une fois les équipes en place, il faut notamment s’assurer de pouvoir accompagner les adolescents dans une période marquée par de nombreux changements.
“Surtout notre clientèle adolescente, il y a quand même des enjeux particuliers : plus d’écoute, plus de soutien pour vivre ses émotions, la transition primaire-secondaire », souligne Karina Deraspe.

Si elle disposait de ressources supplémentaires, la directrice aimerait également dégager davantage de temps pour permettre aux équipes de travailler ensemble et d’assurer une meilleure continuité dans le parcours scolaire.
« C’est de s’assurer qu’il y a une belle continuité […] j’essaierais de dégager du temps pour que mes spécialistes puissent s’asseoir ensemble et travailler ça. »
Pour Monica Chiasson, ce besoin illustre justement l’une des limites actuelles du réseau.
« Tout le monde veut faire mieux pour les élèves. Les enseignants aussi veulent avoir le temps de travailler ensemble, de préparer des projets et de réfléchir à de nouvelles façons de faire. Mais il faut arrêter de penser qu’on peut simplement ajouter ces choses-là à une journée déjà bien remplie. »
Attirer les jeunes au cégep
Au Cégep de Sept-Îles, la question du personnel demeure présente, notamment dans certains domaines techniques plus difficiles à pourvoir.
Mais le principal défi est ailleurs : attirer suffisamment d’étudiants dans un contexte démographique défavorable.
« Notre grand défi actuellement, c’est vraiment l’attraction d’étudiants. […] Nous, on doit vraiment investir pour être attractif et aussi faire de la rétention pour que les jeunes, non seulement étudient au Cégep de Sept-Îles, mais qu’ils s’installent à Sept-Îles », explique son directeur général, David Beaudin.

Le cégep souhaite ainsi bénéficier de financements davantage adaptés à la réalité des régions et dans la recherche. Il poursuit également plusieurs projets, dont la transformation de son bloc sportif.
Voir plus loin
À Sept-Îles, la rentrée 2026 commence donc avec une bonne nouvelle : les établissements ont, pour l’instant, réussi à mettre leurs équipes en place.
Mais pour les intervenants rencontrés, l’école idéale ne s’arrêterait pas à cette réussite.
Elle disposerait aussi de suffisamment de personnel pour ne pas être fragilisée au premier départ. Elle offrirait davantage de services spécialisés aux élèves. Elle donnerait aux enseignants le temps de collaborer et aux directions les moyens de développer les projets qu’elles imaginent.
Pour le syndicat, la question est finalement de savoir si le réseau peut se permettre de penser à l’avenir alors qu’une grande partie de son énergie est encore consacrée à gérer les besoins du quotidien.
« On est capables de faire de belles choses et les équipes le prouvent tous les jours. Mais il ne faudrait pas que le fait de réussir malgré les difficultés devienne une raison pour ne pas donner davantage de moyens au réseau. »
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