Discrète, mais bien présente, la communauté métal de la Côte-Nord rassemble des musiciens et des passionnés de Sept-Îles à Baie-Comeau, malgré les longues distances qui séparent les différents acteurs de la scène.
Pour Maxime Tremblay, cette communauté commence d’abord par une passion pour la musique. Le guitariste de 22 ans, originaire de Port-Cartier, pratique son instrument depuis neuf ans. Il fait partie d’une relève qui cherche à trouver sa place dans un milieu où les occasions de jouer ensemble peuvent être limitées.
« C’est assez compliqué sur la Côte-Nord de trouver des musiciens avec qui jouer et qui prennent le projet au sérieux. Les batteurs et les chanteurs sont particulièrement rares ici », explique-t-il.
Après avoir joué pendant plusieurs mois avec StrutR, un groupe de reprises rock et métal des années 1980, Maxime Tremblay travaille maintenant sur des projets originaux inspirés du metalcore et du deathcore.
Même lorsqu’il ne trouve pas de musiciens avec qui jouer, il continue de faire vivre sa passion.
« Aujourd’hui, il est possible de tout programmer par ordinateur, la batterie, la basse, ce qui facilite grandement la création autonome », souligne-t-il.
Le guitariste partage aussi des reprises et des vidéos de guitare sur les réseaux sociaux. Il reprend notamment des morceaux de Megadeath, Psycroptic ou Avenged Sevenfold. Certaines de ses publications atteignent entre 4000 et 5000 vues.
Cette présence en ligne lui permet de rejoindre des amateurs de métal aux États-Unis et en Australie, mais aussi de rester connecté avec la communauté musicale d’ici.
Une communauté qui se connait
Sur le terrain, les membres de la communauté se retrouvent également malgré les kilomètres.
La formation Evil Dead, un groupe hommage au death metal actif depuis 2017-2018, en est un exemple. Ses membres sont répartis entre plusieurs municipalités de la Haute-Côte-Nord et de la Manicouagan.
« On est éparpillés. Moi, je suis de Franquelin, un guitariste est à Ragueneau, un autre est Portneuf-sur-Mer et le batteur est à Colombier », raconte le bassiste du groupe, Jason Pilote.
Les membres du groupe doivent également composer avec leurs emplois. Ils réussissent néanmoins à se retrouver les fins de semaine pour répéter.

Cette réalité géographique n’empêche pas les liens de se créer. Au contraire, la petite taille du milieu fait en sorte que les amateurs de différent sous-genre se retrouvent souvent aux mêmes spectacles.
« Ce qui est cool, c’est que, même si quelqu’un est plus adepte de death metal, il va quand même aller voir le spectacle de black metal, et vice-versa. On se connaît tous entre nous autres. C’est une communauté marginale, mais extrêmement tissée serrée », raconte le guitariste du groupe, Jeff Grendel Tremblay.
À Sept-Îles, des groupes comme Feast of Corpses, Althotas, Neige Éternelle et Killing Daisies participent notamment à cette scène.
Une passion qui se partage
Pour Vincent Bellavance, la communauté métal représente justement plus qu’un rassemblement de musiciens.
Le batteur et passionné de métal a découvert le genre très jeune, notamment grâce à son père guitariste. Sa passion l’a amené à accumuler une imposante collection de CD, de vinyles et plus d’une centaine de chandails de groupes.

Il retrouve cette même passion chez les autres amateurs lorsqu’il assiste à des spectacles.
« En concert, tu vois la complicité des musiciens, la technicité de la batterie et l’énergie dans la salle. C’est là que les gens comprennent la démarche et attrapent la piqûre. »
Pour lui, les spectacles deviennent aussi des lieux de rencontre où les amateurs peuvent découvrir de nouveaux groupes, échanger sur leur musique et soutenir les formations locales.
« La communauté au Québec et sur la Côte-Nord est forte et soudée. À chaque spectacle à Sept-Îles ou dans des festivals comme le Vieux-Quai en fête, on se rassemble tous. On échange de la musique, on supporte les groupes locaux. C’est avant tout une histoire de partage et d’amitié. »
Une scène qui rassemble
Cette volonté de se réunir se retrouve également du côté de la Manicouagan. Luc Landry, membre de Black’oz, évolue dans le milieu depuis plusieurs années.
Il organise pour la première fois cette année un événement métal à Franquelin.
« On voulait souligner les 20 ans du groupe en invitant des groupes d’amis à venir jouer avec nous », raconte-t-il.
Ce type d’initiative permet aussi de faire découvrir le métal à des personnes qui connaissent moins le genre.
Car, malgré la présence de la communauté, le métal demeure associé à plusieurs préjugés. Les guitares très distordues, les voix criées et l’esthétique parfois sombre peuvent donner l’impression d’une musique agressive ou difficile d’accès.
Pour les passionnés rencontrés, cette perception ne représente toutefois qu’une petite partie du genre.
À la guitare, la précision du jeu demande notamment beaucoup de pratique.
« Le plus grand défi technique, c’est la propreté du jeu. Avec beaucoup de distorsion, il faut un contrôle parfait des deux mains pour étouffer les cordes indésirables et garder un son net », explique Max Tremblay.
Pour lui le meilleur moyen de dépasser les préjugés est de prendre le temps d’écouter.
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