Pointe de la rivière Moisie : lieu d’histoire et d’avenir

Par Emelie Bernier 5:00 AM - 19 août 2026 Initiative de journalisme local
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Activité de nettoyage à la pointe de la rivière Moisie. Sur le site de Production Manitu, on accède à plusieurs capsules vidéo et documentaires qui relatent la riche histoire de Mishta-Shipu. Eddy Malenfant, cofondateur de Production Manitu, rappelle que cette pointe a longtemps été un lieu de cohabitation. Sur le site de Production Manitu, on accède à plusieurs capsules vidéo et documentaires qui relatent la riche histoire de Mishta-Shipu. Eddy Malenfant, cofondateur de Production Manitu, rappelle que cette pointe a longtemps été un lieu de cohabitation. Photo courtoisie

L’embouchure de la Mishta-Shipu, ou rivière Moisie, est un lieu emblématique de ce secteur de la Côte-Nord. Depuis deux ans, la pointe fait l’objet de toutes les attentions. Nettoyage, collecte de récits, activités d’échanges, conférences, revégétalisation et plus encore ont permis de mettre en valeur ce site d’une valeur historique indéniable, voire sacrée pour les Autochtones. Le projet Nettoyons la Pointe de Moisie culminera le 22 août, lors de l’événement Moisie en lumière auquel tous les amoureux du lieu sont conviés.

« C’est un endroit assez emblématique, avec un accès public, des sentiers de sable… Les gens peuvent y circuler pour accéder aux plages, faire de la cueillette de petits fruits : fraises, graines rouges, bleuets… Allochtones et Autochtones fréquentent le site et c’est une des choses que les partenaires du projet voulaient valoriser, toute cette histoire, très riche, de cohabitation, mais aussi bien avant, parce que les Innus fréquentent le site depuis toujours », relate Jihane Benbahtane, chargée de concertation et mobilisation à l’Organisme de bassin versant (OBV) Duplessis.

D’un point de vue écologique, la pointe a également une valeur exceptionnelle. Les opérations de nettoyage, fer de lance du projet Nettoyons la pointe, ont d’ailleurs permis d’extraire une quantité impressionnante de déchets, dont des carcasses de voitures ensevelies.

« Au départ du projet, l’OBV a été approché par Johanne Roussy, une artiste locale qui habite le secteur. Elle nous a fait part du fait que des morceaux de véhicules étaient visibles sur le territoire… Avec sa collègue Annie Pelletier, Mme Roussy souhaitait revaloriser des morceaux de carcasses pour en faire des œuvres artistiques. On a voulu faire quelque chose de multidisciplinaire qui permettrait de valoriser non seulement l’importance écologique, historique et culturelle de la pointe, mais sensibiliser aussi à avoir une pointe sans pollution. À l’OBV, on a de l’expertise dans ce volet », poursuit Jihane Benbahtane.

Les œuvres de Mmes Roussy et Pelletier seront dévoilées le 22 août (voir l’encadré pour les détails).

Un lieu sacré chargé d’histoire

Saviez-vous que la pointe de Moisie a déjà abrité un village ? Au détour des 19e et 20siècles, Blancs et Innus y cohabitaient en harmonie. Le village s’est éteint, mais le lieu est toujours prisé par les deux communautés.

« Il y a une très longue histoire autochtone avant l’histoire allochtone. Dans les récentes années, on a entendu de beaux récits de cohabitation allochtone et autochtone à travers les échanges qu’on a », relate Jihane Benbahtane.

Uapushkuss, une organisation qui se consacre à la protection et à la mise en valeur de huit importants sites sacrés innus, a d’ailleurs été impliqué dans le projet puisque le site sacré de Mishta-shipit se trouve à la pointe de Moisie. Le site est encore utilisé pour des rituels.

Au fil des ans, la pointe de Moisie a fait l’objet de plusieurs capsules vidéos et documentaires par Production Manitu dont un des fondateurs, Eddy Malenfant, rappelle l’importance historique. 

« Quand on descendait par la Mishta-shipu, c’est là qu’on posait nos tentes pour l’été, et ça, depuis des milliers d’années. Dans la cosmogonie innue, c’est un lieu important où il y avait une tente tremblante, un tribunal traditionnel entre les maîtres des animaux et les chasseurs. Le site sacré, c’est pas juste la pointe. Ça commence en bas de la côte à Shipit, c’était un portage avant… la rivière est toute croche. Souvent, ils prenaient des portages tout ça est un site sacré. La route est encore visible. Selon moi, c’est un site important, comme l’ensemble des huit sites qu’Uapushkuss veut protéger », relate M. Malenfant.

La mission de Production Manitu est de « documenter le plus possible le patrimoine culturel innu ». « La meilleure façon qu’on a trouvé pour le partager est d’aller dans les écoles, d’aller vers les enfants, tant Autochtones qu’Allochtones, qui n’ont pas de préjugés », avance M. Malenfant.

À 80 ans, il sait que la mission lui survivra. « Idéalement, ce serait les enfants des gens qui vivaient là qui devraient poursuivre », lance-t-il.

Si le projet Nettoyons la pointe se termine, les partenaires souhaitent qu’il serve de tremplin à une suite à définir.

« Notre souhait, c’est que le projet qui se termine ouvre des portes à des projets futurs. Le fait que le projet ait été un succès peut plaider en faveur de l’importance du site. Il y aurait tellement de façons de bien valoriser ce site. Le site a un très grand potentiel. Est-ce qu’on pourrait y faire un centre d’interprétation ? Si le contexte le permet, ce serait quelque chose de merveilleux de voir cette partie de l’histoire mise de l’avant pour les visiteurs et la population locale ! », indique Jihane Benbahtane.

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