Il cherchait un site de camping, il découvre un cratère météoritique en Minganie
Le lac Marsal, où a été trouvé le cratère, est situé en Minganie, au nord de Magpie. Photo Google Maps
Il cherchait simplement un endroit où camper. Quelques mois plus tard, Joël Lapointe se retrouvait au cœur d’une découverte géologique qui pourrait marquer l’histoire scientifique de la Côte-Nord.
L’astronome amateur de Trois-Rivières a identifié une imposante structure circulaire, près du lac Marsal en Minganie, alors qu’il explorait des cartes satellites pour préparer un voyage. Après plusieurs mois de démarches, des chercheurs ont confirmé qu’il s’agissait bien d’un ancien cratère d’impact météoritique datant d’environ 390 millions d’années.
« Je suis quelqu’un de très curieux qui aime explorer. Je fais du camping en voiture et, quand j’explore, je regarde des cartes. Des fois, je me perds dans les cartes, parce que j’aime ça regarder tout simplement », raconte Joël Lapointe.
C’est en changeant l’affichage des images satellites qu’il remarque une forme inhabituelle dans le paysage.
« Je regardais en couche avec la végétation dans Google Maps. Je voyais des décolorations rondes dans la végétation. J’ai changé la carte en “relief” et là, j’ai vu le relief du cratère. »
Son expérience en astronomie lui permet rapidement de remarquer que cette structure pourrait être particulière.
« Je suis astronome amateur, j’ai comme un œil pour les cratères. Dans ma tête, je me disais : c’est surement découvert, tu n’as rien trouvé, Joël laisse faire ça. Mais il y a un petit côté obsessif qui chatouille dans la tête. »
Une découverte qui prend forme
Même sans formation en géologie, Joël Lapointe décide de poursuivre ses recherches. Il contacte plusieurs institutions scientifiques, afin de partager son hypothèse.
« J’ai envoyé des courriels à la Commission géologique du Canada et au département de géologie de l’Université Laval. Ils m’ont dit qu’ils ne faisaient pas vraiment de recherche là-dessus. »
C’est finalement un laboratoire spécialisé en géosciences, en France, qui manifeste de l’intérêt pour la structure.
Les premières observations à distance ne suffisent toutefois pas. Pour confirmer l’origine du cratère, les chercheurs doivent se rendre directement sur le terrain, afin de retrouver des traces laissées par l’impact.
Une expédition est donc organisée en octobre 2025.
« C’est là qu’ils ont vu les cônes de choc sur place et qu’ils m’ont confirmé qu’il s’agissait bien d’un impact de météorite », explique M. Lapointe.
Pour Joël Lapointe, la confirmation représente l’aboutissement d’une démarche basée principalement sur la curiosité.
« Pour un astronome amateur, c’est le Saint-Graal. Tu ne peux pas espérer mieux. »
Les traces d’un impact vieux de millions d’années
Pour confirmer qu’une structure provient d’un impact de météoritique, les scientifiques doivent retrouver des preuves précises. Dans ce cas-ci, deux éléments ont permis de confirmer l’hypothèse : des cônes de percussion et une ancienne couche de roche fondue.
Michael Higgins, géologue spécialisé dans l’étude des impact et professeur émérite à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), explique que ces traces sont particulièrement importantes.
« Quand une météorite frappe la Terre, la vitesse d’impact est énorme. Ça produit une onde de choc qui traverse les roches et crée des fractures avec une texture très caractéristique. »
Pour la couche de roche fondue, il explique : « Quand il y a un impact, il y a fusion de la roche avec l’énergie. Ça produit un lac de roches fondues qui va ensuite se solidifier. »
Selon les analyses, le cratère aurait un diamètre de 25 kilomètres et serait âgé de 390 millions d’années, soit plus vieux que le célèbre cratère Manicouagan.
La datation a notamment été réalisée grâce au champ magnétique conservé dans les roches ainsi qu’à l’analyse de cristaux de zircon.
Les résultats complets de l’étude du groupe de recherche seront présentés durant la fin de semaine du 8 au 11 août, en Allemagne, dans le cadre du congrès annuel de la Meteoritical Society.
Une nouvelle richesse géologique pour la Côte-Nord
Cette découverte s’ajoute à plusieurs autres témoins du passé géologique de la région, dont le cratère de Manicouagan et celui du Corossol, situé sous les eaux du golfe du Saint-Laurent.
Selon Michael Higgins, la Côte-Nord possède des conditions favorables à la conservation de ces structures.
« Au Québec et en Ontario, on a beaucoup de sites d’impact préservés parce que c’est un terrain qui n’est pas beaucoup érodé. »
Le chercheur rappelle toutefois que ces découvertes demeurent rares. Les impacts météoritiques ne sont pas plus fréquents dans une région qu’une autre, mais certaines structures sont mieux conservées et plus faciles à identifier.
Pour Joël Lapointe, cette découverte démontre surtout l’importance de garder un regard curieux sur son environnement.
« C’est sûr qu’il y a d’autres choses à découvrir. Ça dépend de l’œil de chacun. Moi, j’ai un œil là-dessus, mais quelqu’un pourrait voir autre chose avec un regard différent. »
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Qu’en est-il du lac Caribou à une quinzaine de kilomètres au nord de Tête-à-La-Baleine!? Il est parfaitement rond et on peut même voir les stries dune possible onde de choc…mais je suis loin d’être un expert.