Rivière-au-Tonnerre souffle ses 100 bougies
Village de Rivière-au-Tonnerre. Photo site Web Municipalité Rivière-au-Tonnerre
Rivière-au-Tonnerre s’apprête à célébrer ses 100 ans. Du 7 au 9 août, le village soulignera le centenaire de la fondation officielle de sa municipalité en même temps que le 175e anniversaire de Sheldrake. Ces trois jours de festivités seront l’occasion de revenir sur une histoire marquée par la pêche, l’exode et la résilience, mais aussi de réfléchir aux défis qui attendent la communauté pour les prochaines années.
Si Rivière-au-Tonnerre est habité depuis 1853 et Sheldrake depuis 1851, c’est le 14 décembre 1925 que les deux communautés ont officiellement été réunies pour former une municipalité.
Selon Nathalie Cloutier, membre du comité histoire et patrimoine, la construction d’un quai a joué un rôle important dans cette décision. À l’époque, le ravitaillement du village dépendait des bateaux, mais l’absence d’une infrastructure capable d’accueillir des navires à fort tonnage compliquait les choses.
Le curé Louis Garnier, arrivé dans la communauté en 1918, a multiplié les démarches pour obtenir un quai. Les autorités lui ont alors répondu que le projet, évalué à 125 000 $, ne pouvait être réalisé, puisque le village n’avait pas de municipalité reconnue.
Cette situation a finalement poussé la communauté à entreprendre les démarches nécessaires pour officialiser la municipalité.
Pour Étienne Francis, auteur de plusieurs livres sur l’histoire de Rivière-au-Tonnerre, le curé Garnier a joué un rôle majeur dans le développement du village.
« C’est lui qui a fait faire la route, c’est lui qui a réussi à avoir un quai et qui a permis au village de s’ouvrir sur le monde », raconte-t-il.
Le quai a ensuite permis au village de se développer. Les marchandises et les automobiles pouvaient notamment être livrées plus facilement et les services pouvaient être offerts directement à la population.
De la pêche à l’exode
Pendant plusieurs décennies, l’économie de Rivière-au-Tonnerre a été fortement liée à la pêche. L’usine de transformation du poisson faisait travailler des résidents du village et des communautés voisines.
« Cette usine-là amenait beaucoup de va-et-vient, ça aidait l’économie. Dans le temps, il y avait cinq dépanneurs à Rivière-au-Tonnerre », se souvient Étienne Francis. « Présentement, il y en a juste un. »
La fermeture de l’usine a laissé un vide important dans l’économie locale. Plusieurs résidents ont alors quitté la communauté pour trouver du travail ailleurs, notamment à Sept-Îles, Port-Cartier et Baie-Comeau.
L’ouverture de la 138 en 1976 a toutefois changé le quotidien des habitants, en mettant fin à une partie de l’isolement du village.
Mais le développement de grands centres et le départ des jeunes pour les études ont continué de peser sur la démographie du village.
Garder ses racines
Malgré l’exode, certains anciens résidents reviennent s’installer à Rivière-au-Tonnerre, après plusieurs années passées ailleurs. C’est notamment le cas de Nathalie Cloutier.
« Ça faisait 40 ans que j’étais partie. Je suis revenue. Pour moi, ça a toujours été clair qu’un jour, je reviendrais m’installer dans mon village », raconte-t-elle.
Le village accueille également de nouveaux résidents, ce qui contribue à changer progressivement le visage de la communauté.
Pour Étienne Francis, cette transformation est particulièrement visible.
« Je suis parti depuis longtemps, puis, quand je retourne au village, je ne connais plus personne, ou presque », observe-t-il.
L’avenir demeure toutefois une source d’inquiétude pour l’auteur. La fermeture de plusieurs services de proximité et la baisse de fréquentation de l’église Saint-Hippolyte témoignent, selon lui, des difficultés auxquelles fait face la communauté.

« Disons que je suis plus inquiet », admet-il.
De son côté, Nathalie Cloutier mise sur la mobilisation des citoyens et sur la transmission de l’histoire locale, pour maintenir une certaine vitalité au village.
« On espère développer un engouement pour notre histoire, la faire connaître et qu’il y ait un intérêt d’en apprendre encore plus », explique-t-elle
Trois jours pour célébrer un siècle d’histoire
C’est notamment dans cet objectif qu’un comité a été créé pour organiser les célébrations du centenaire. Une trentaine de bénévoles participent à la préparation des festivités.
C’est la chanteuse Kristel Bossé qui lancera les festivités le vendredi 7 août, à l’église Saint-Hippolyte.
La journée de samedi sera marquée par un café-causerie avec Étienne Francis, qui donnera l’occasion au public d’en apprendre davantage sur le passé du village. Les célébrations se poursuivront à Sheldrake, avec un afternoon tea qui rendra hommage aux racines anglophones de la communauté.
Le dimanche, un brunch communautaire et une messe en hommage aux bâtisseurs et aux défunts viendront clore les festivités.
Au-delà des célébrations, ce centenaire représente une occasion de rappeler l’histoire d’une communauté qui a dû s’adapter à plusieurs reprises pour survivre. Alors que Rivière-au-Tonnerre se tourne vers les 100 prochaines années, la question demeure : comment continuer à attirer des familles, maintenir des services et faire vivre le village ?
Pour Étienne Francis, la réponse passe d’abord par l’attachement à son coin de pays.
« C’est l’amour du village, c’est tout. »
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