Une amie m’annonçait récemment qu’elle emménagerait à Sept-Îles ! Évidemment, elle souhaite trouver une maison avec une chambre d’amis. Un choix qui semble logique, si on n’y pense pas trop longtemps.
Outre les défis que cela représente (les prix, la disponibilité, etc.), acheter une maison est, la plupart du temps, la plus importante transaction financière qu’un individu réalisera dans sa vie. Et bizarrement, on n’y pense pas toujours très logiquement, lorsque vient le temps de finaliser l’offre d’achat.
C’est vrai dans plusieurs domaines : on prend souvent des décisions majeures en fonction de critères marginaux et de projections biaisées, plutôt que par rapport à ce qui organise réellement notre quotidien.
Dans le cas de mon amie, elle insiste pour trouver une maison qui aura une chambre d’amis : elle veut pouvoir loger familles et amis lorsqu’ils viendront inévitablement la visiter presque au bout de la 138.
En réalité, il est assez facile de démontrer que c’est un choix irrationnel d’un point de vue économique et financier. Pour preuve, il suffit de faire un calcul relativement simple : estimer combien il en coûterait annuellement pour loger tous ses invités à l’hôtel et comparer ce résultat aux coûts annuels engendrés par (1) l’hypothèque et les intérêts supplémentaires résultant d’un emprunt plus élevé, (2) les taxes foncières supplémentaires résultant d’une valeur immobilière plus élevée, (3) les coûts énergétiques engendrés par un bâtiment d’une plus grande superficie.
Ceux qui prennent le temps de faire cette réflexion arrivent souvent à la même conclusion : la pièce « de trop » coûte trop cher par rapport aux alternatives.
Et ce n’est pas que mon amie qui fait trop rapidement l’examen de ses besoins : plus de 65 % des Canadiens ont une ou des pièces « de trop » dans leur maison.
Économie comportementale et rationalité
Pourquoi je vous parle de ça ? Non, ce n’est pas une énième chronique sur la crise du logement ou sur la crise de l’abordabilité, bien que ce soient des sujets qui me préoccupent beaucoup.
Je veux plutôt aborder une question délicate : nous ne sommes pas toujours (pas souvent même) rationnels, et tant individuellement que collectivement, cette réalité nous amène à parfois faire de mauvais choix.
L’économie est fondamentalement l’étude des choix. Plus précisément, l’étude des choix dans un contexte de rareté. Et au cœur des différents modèles développés par la science économique se trouve l’Homo Economicus (l’homme économique) un être de pure rationalité qui fait toujours les choix les plus sensés, en évaluant parfaitement les coûts et les bénéfices de chaque situation, afin de maximiser son bien-être (économique…).
Or, plusieurs économistes (j’en suis) admettent, depuis les 30 dernières années, que l’homo economicus est un mythe utile, une chimère nécessaire, mais qu’il faut plutôt étudier l’irrationalité de l’être humain pour le comprendre, et non pas généraliser une fiction qui permet, au mieux, de comprendre approximativement les comportements en moyenne.
Les biais cognitifs
Revenons à mon amie et au dilemme de la pièce « de trop ». D’où vient l’impulsion de vouloir une chambre d’amis, surtout si on admet que la décision est illogique d’un point de vue économique ? Difficile à dire pour un cas particulier, mais en s’attardant aux biais cognitifs, on peut trouver un début de réponse.
Les biais cognitifs sont des raccourcis mentaux qui influencent notre façon de penser et peuvent nous amener à commettre des erreurs de jugement. Comprendre leurs impacts est essentiel pour quiconque s’intéresse aux choix individuels, collectifs et aux conséquences de ces choix sur le bien-être des individus et des communautés.
Le « zoom-in effect » ou « l’illusion de focalisation » est un phénomène par lequel on se concentre sur un élément ou un événement particulier, en ignorant le contexte général.
Mon amie se préoccupe certainement beaucoup d’accueillir ses parents et ses proches lorsqu’ils viendront inévitablement visiter sa nouvelle demeure. Pendant ce temps, elle ne porte peut-être pas assez attention au fait que Sept-Îles, c’est loin en tabarouette et que visiter la région quand on vient de loin, c’est un véritable projet. Il y a fort à parier qu’après les premiers partys, ils visiteront la Côte-Nord avec parcimonie.
Le biais de projection est une autre erreur cognitive qui nous fait faussement croire que notre « moi futur » aura les mêmes goûts et les mêmes préoccupations que notre « moi présent ». Évidemment, il est complexe de gérer les visites de nos proches sans avoir de chambre d’amis lorsqu’ils restent avec nous plusieurs jours. Et certainement que durant une période à la base anxiogène (chercher et acheter une maison), il est rassurant d’imaginer que ladite chambre d’amis procurera une solution permanente à ce problème hypothétique.
Mais en réalité, une fois la décision prise, qu’est-ce qui aura plus d’impact dans la vie quotidienne de mon amie : le soulagement qu’apporte la pièce « de trop » ou le stress qu’entrainent les paiements d’hypothèque mensuels ?
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