Par Charlotte, votre humble narratrice (im)pertinente préférée
Mes très chers lecteurs,
Je l’avoue, lorsqu’on me parle d’activités estivales, mon cerveau pense rarement « musée » en premier. Il pense plutôt baleines, crème glacée, longues soirées dehors et escapades improvisées. Les musées arrivent généralement beaucoup plus bas dans la liste, quelque part entre le lavage de l’auto et le grand ménage du cabanon. Et pourtant, ils méritent bien mieux que cette injuste réputation.
J’ai toujours trouvé curieux que l’on puisse parcourir des centaines de kilomètres pour admirer un paysage sans chercher à connaître les histoires qui l’ont façonné. Après tout, un territoire n’est pas seulement une succession de montagnes, de forêts et de rivages. Il est aussi composé de récits, de traditions, de personnages et d’événements qui lui donnent toute sa profondeur.
La Côte-Nord en est un parfait exemple.
Sous ses airs de région sauvage et indomptable se cache une histoire vieille de plusieurs millénaires. Une histoire que l’on découvre peu à peu en poussant les portes de ses musées, véritables gardiens de mémoire disséminés le long de la Route 138.
Prenons par exemple le Musée de la Côte-Nord, à Sept-Îles. Avec sa nouvelle exposition permanente Terres de sens : le grand voyage, il propose un fascinant retour dans le temps sur près de 9 000 ans d’histoire régionale. Oui, vous avez bien lu : neuf mille ans. Lorsque l’on réalise que nos propres souvenirs d’enfance nous semblent déjà appartenir à une autre époque, cette échelle temporelle a de quoi donner le vertige.
À travers l’archéologie, les récits historiques et les œuvres visuelles, on découvre les multiples peuples qui ont occupé ce territoire, les transformations qu’il a connues et les liens profonds qui unissent encore aujourd’hui ses habitants à leur environnement. Soudainement, les paysages que l’on croyait connaître prennent une tout autre dimension.
Et impossible de parler de l’histoire nord-côtière sans évoquer la culture innue, qui constitue l’une des pierres angulaires de l’identité régionale.
Le Shaputuan, à Sept-Îles, est l’un de ces endroits que l’on devrait visiter au moins une fois. Bien sûr, on y découvre des objets, des outils et des éléments du mode de vie traditionnel. Mais ce sont surtout les récits qui marquent l’esprit. Les histoires transmises, les témoignages et les explications permettent de mieux comprendre la relation unique qu’entretiennent les Innus avec leur territoire depuis des générations.
La même richesse culturelle se retrouve à la Maison de la Culture Innue de Longue-Pointe-de-Mingan. Face à l’archipel et au fleuve, ce lieu offre une immersion authentique dans l’histoire et les traditions de la communauté d’Ekuanitshit. On y ressort avec le sentiment d’avoir appris quelque chose d’essentiel sur la région que l’on parcourt.
Mais la Côte-Nord ne s’est pas construite uniquement autour de ses peuples. Elle s’est également bâtie grâce au travail acharné de générations de pionniers, de forestiers, de pêcheurs, de travailleurs industriels et de bâtisseurs.
Au Village Forestier d’Antan, à Franquelin, les visiteurs plongent dans le quotidien des anciens camps forestiers. On découvre les conditions parfois extrêmement difficiles dans lesquelles vivaient les travailleurs de l’époque. Après une telle visite, je dois avouer que mes propres plaintes concernant le manque de réseau cellulaire en camping me paraissent soudainement beaucoup moins dramatiques.
Du côté de Port-Cartier, le Centre d’interprétation de l’histoire locale et le Musée Louis Langlois racontent quant à eux l’évolution d’une ville profondément marquée par les grands chantiers forestiers, miniers et industriels qui ont contribué au développement de toute la région.
Et parce que la Côte-Nord est intimement liée au fleuve, plusieurs institutions nous invitent également à découvrir les fascinants habitants qui peuplent ses eaux.
Le Centre d’interprétation des mammifères marins de Tadoussac figure parmi mes coups de cœur. Voir de près le squelette complet d’un cachalot de 13 mètres procure toujours une étrange sensation. On réalise soudainement à quel point les géants que l’on aperçoit parfois souffler au large sont réellement gigantesques. C’est à la fois impressionnant, fascinant et légèrement intimidant.
Aux Bergeronnes, le centre Archéo Topo nous fait remonter le fil du temps à travers les vestiges laissés par les premiers occupants du territoire et les chasseurs de mammifères marins. À Godbout, le Musée Amérindien et Inuit présente une remarquable collection d’artéfacts et d’œuvres autochtones, tandis que le Centre d’interprétation des oiseaux de proie sensibilise les visiteurs à la protection de ces impressionnants rapaces qui partagent notre ciel.
Ce que j’aime particulièrement des musées nord-côtiers, c’est leur capacité à rendre les choses vivantes. Ils ne se contentent pas d’exposer des objets derrière des vitrines. Ils racontent des histoires. Ils donnent une voix à ceux qui nous ont précédés. Ils permettent de comprendre pourquoi les villages sont là où ils sont, pourquoi certaines traditions perdurent et pourquoi cette région possède une identité aussi forte.
Alors cet été, entre une excursion en kayak, une visite au quai pour observer les baleines ou une journée à la plage, accordez-vous quelques heures pour pousser la porte d’un musée ou d’un centre d’interprétation.
Vous n’y trouverez peut-être pas l’adrénaline d’une aventure en pleine nature. Mais vous y découvrirez quelque chose d’encore plus précieux : les clés pour mieux comprendre la Côte-Nord et les nombreuses histoires qui l’habitent.
Et entre nous, mes très chers lecteurs, une région devient toujours plus belle lorsqu’on connaît les récits qu’elle a à raconter.
Bien à vous,
Charlotte, collectionneuse de petites histoires, curieuse professionnelle et convaincue qu’il n’existe pas de meilleur voyage que celui qui permet de remonter le temps sans quitter la Côte-Nord.
À découvrir
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Excellent résumé des possibles, j’ajouterai le Phare de Pointe Des Monts et le Centre des Naufragés tous les deux à Baie-Trinité.
Bonne route
Marc